XIX. MACHIAVEL HISTORIEN
aussi pour voir si l'ennemi, en résistant sur quelque point, ne donnerait pas lieu à quelque incident auquel il dût être remédié sur-le-champ ; car il pensait que le devoir d'un bon capitaine est d'être le premier à monter à cheval et le dernier à en descendre. C'est pourquoi, restant exposé à un vent qui s'élève ordinairement de l'Arno vers le milieu de la journée et qui a coutume d'être quasi toujours pestiféré, il en fut tout glacé. Il n'y prit point garde, habitué qu'il était à de pareils désagréments, ce qui fut cause de sa mort. La nuit suivante, il fut assailli d'une fièvre violente, laquelle augmentant toujours, et tous les médecins ayant jugé qu'il fût en mal de mort, Castruccio s'en rendit compte. Il fit pour lors appeler Pagolo Guinigi et lui adressa ces paroles :
« Si j'avais cru, mon fils, que la fortune voulût me couper, au milieu de la course, le chemin vers cette gloire que je m'étais promise de tant de succès heureux, je me serais fatigué moins, et à toi, j'aurais laissé moins d'états sans doute, mais aussi moins d'ennemis et d'envieux ; satisfait de la souveraineté de Lucques et de Pise, je n'aurais point subjugué les habitants de Pistoia, ni, par tant d'offenses, irrité les
qualche luogo avessino fatto testa, potere essere pronto a remediare ; giudicando 1' officio d' un buon capitano essere montare il primo a cavallo, ed ultimo scendere. Dondechè, stando esposto ad uno vento che il più délie volte a mezzo di si lieva d' in su Arno. e suole essere quasi sempre pestifero agghiacciô tutto. La quai cosa non essendo stimata da lui, corne quello che a simili disagi era assueto, fu cagione délia sua morte. Perché, la notte seguente, fu d' una grandissima febbre assalito : la quale andando tuttavia in augumento, ed essendo il maie da tutti i medici giudicato mortale, ed accorgendosene Castruccio, chiamô Pagolo Guinigi, e li disse queste parole : — Se io avessi, figliuolo mio, creduto che la fortuna mi avessi voluto troncare nel mezzo del corso il cammino per andare a quella gloria ch' io mi avevo con tanti miei felici successi promessa, io mi sarei affaticato meno, ed a te arei lasciato, se minore stato, anco meno nimici e meno invidia : perché, contento dell' imperio di Lucca e di Pisa. non avrei soggiogati i Pistolesi, e con tante ingiurie irritati i Fiorentini ; ma fattomi 1' uno e 1' altro di questi duoi popoli amici, arei
Florentins ; mais, ayant gagné l'amitié de ces deux peuples, j'aurais mené une vie, sinon plus longue, du moins plus tranquille, et je t'aurais laissé, à toi un Etat moins vaste assurément, mais plus sûr et plus affermi. Mais la fortune, qui veut être l'arbitre de toutes choses humaines, ne m'a point donné assez de discernement pour la connaître d'avance, ni assez de temps pour en triompher.
Tu as sans doute appris, pour l'avoir ouï dire à plusieurs — et moi-même je ne te l'ai jamais caché — comment je vins, tout jeune encore, en la maison de ton père, et que, privé de toutes ces espérances qui doivent enflammer une âme généreuse, je fus nourri par lui, et aimé avec plus de tendresse que si je fusse né de son sang ; de sorte que sous sa gouverne, je suis devenu valeureux, et capable d'arriver à ce haut degré de fortune où tu m'as vu et vois encore. Et comme, à l'heure de mourir, il a confié à ma fidélité toi et tous ses biens, je t'ai nourri avec cet amour, et j'ai accru ses richesses avec cette bonne foi auxquels j*étais et suis encore tenu. Et afin que tu eusses un jour, non pas seulement ce que ton père t'a laissé, mais encore ce que la fortune et mon courage m'ont
menata la mia vita, se non più lunga al certo più quieta, ed a te arei lasciato lo stato, se minore, senza dubbio più sicuro e più fermo. Ma la fortuna, che vuole essere arbitra di tutte le cose iimane, non mi ha dato tanto giudizio, ch' io 1' abbia prima potuta conoscere, ne tanto tempo ch' io 1' abbi potuta superare. Tu liai inteso, perché molti te 1' hanno detto ed io non 1' ho mai negato, corne io venni in casa di tuo padre ancora giovanetto, e privo di tutte quelle speranza che debbono in ogni generoso animo capire, e come io fui da quello nutrito ed amato più assai che se io fussi nato del suo sangue : donde ch' io sotto " '1 governo suo divenni valoroso, ed atto ad essere capace di quella fortuna che tu medesimo hai veduta e vedi. E perché, venuto a morte, ei commesse alla mia fede te e tutte le fortune sue, io ho te con quell' amore nutrito ed esse con quella fede accresciute, ch' io ero tenuto, e sono. E perché non solamente fussi tuo quello che da tuo padre ti era stato lasciato, ma quello ancora che la fortuna e la virtù mia si guadagnava,