‹ La pensée de Nicholas MachiavelliChapitre 161 sur 175 · XIX. MACHIAVEL HISTORIEN · texte numérisé non relu

XIX. MACHIAVEL HISTORIEN

fait acquérir, je n'ai jamais voulu prendre femme\ de peur que l'amour paternel ne m'eût empêché en quelque chose de montrer envers le sang de ton père la gratitude que je me faisais un devoir de montrer. M Je te laisse donc un grand état, ce qui me contente fort, mais de ce que je te laisse faible et mal affermi je suis dolent outre mesure. Il te reste la cité de Lucques, qui sera toujours malcontente de vivre sous ta domination ; il te reste Pise, dont les habitants sont mobiles et pleins de dol, laquelle, malgré l'accoutumance qu'elle a, dès longtemps, de servir, s'indignera néanmoins d'être à un seigneur lucquois. Pistoia encore te reste, de peu de fidélité, parce qu'elle est divisée en factions et qu'elle est irritée contre nous à cause des récentes injures. Tu as pour voisins les Florentins offensés, injuriés par nous de mille manières, et non détruits, auxquels l'annonce de ma mort sera plus agréable que ne leur serait la conquête de Toscane. Ni sur les princes de Milan, si sur l'empereur, tu ne peux compter : ils sont loin, et paresseux, et lents à secourir. Tu ne dois

non ho mai voluto prendere donnai acciocchè 1' amore de' figliuoli non mi avesse ad impedire che in alcuna parte io non mostrassi verso del sangue di tuo padre quella gratitudine che mi pareva essere tenuto di mostrare. Io ti lascio, pertanto, un grande stato, di che io sono molto contento, ma perché io te io lascio debole ed infermo, io ne sono dolentissimo. E' ti rimane la città di Lucca, la quale non sarà mai contenta di vivere sotto 1' imperio tuo. Rimanti Pisa, dove sono uomini di natura mobili e pieni di fallacia ; la quale, ancora che sia usa in vari tempi a servire, nondimpno sempre si sdcgnerà di avère uno signore lucchese. Pistoia ancora ti resta poco fedele, per essere divisa, e contre al sangue nostro dalle fresche ingiurie irritata. Hai per vicini i Fiorentini offesi, ed in mille modi da noi ingiuriati, e non spenti ; ai quali sarà più grato Io avviso délia morte mia, che non sarebbe Io acquisto di Toscana. Nelli principi di Milano e nello imperadore non puoi confidare, per essere discosti, pigri, e li loro soccorsi tardi. Non dêi pertanto

* En réalité, Castruccio se maria et eut neuf enfants auxquels il légua son pouvoir, mais ceux-ci, par impéritie, le laissèrent échapper de leurs mains.

donc fonder ton espérance en aucune chose, sauf dans ton habileté, dans le souvenir de ma valeur, et dans le renom que t'apporte cette dernière victoire, laquelle, si tu sais en user avec sagesse, facilitera ton alliance avec les Florentins. Car, effrayés qu'ils sont par leur déroute présente, ils y devront condescendre avec empressement. Et alors que moi, je cherchais à me les rendre ennemis, pensant que leur inimitié dût me rapporter puissance et gloire, toi, il te faut chercher, de toute ta force, à te les rendre amis, parce que leur amitié te rapportera sûreté et profit.

C'est chose importante en ce monde, que de se ■ connaître soi-même et savoir mesurer ses forces à la grandeur de son état ; et qui se connaît inapte à la guerre, se doit efforcer de régner par les arts de la paix. Il est bon, me semble-t-il, que tu te tournes de ce côté-là, et t'efforces par cette voie de jouir du fruit de mes fatigues et dangers ; à quoi tu réussiras sans peine, pourvu que tu croies mes conseils fondés. Tu m'auras alors deux obligations : la première de t'avoir laissé des états, la seconde de t'avoir appris à les conserver. »

Puis, ayant fait venir les citoyens de Lucques, de Pise et de Pistoia, qui combattaient avec lui, il leur

sperare in alcuna cosa, fuora che nella tua industria, e nella memoria délia virtù mia, e nella riputazione che ti arreca la présente vittoria ; la quale se tu saperai con prudenzia usare, ti darà aiuto a fare accordo con i Fiorentini. I quali sendo sbigottiti per la présente rotta, doverrano con desiderio condescendere : i quali dove io cercavo farmi nimici, e pensavo che la inimicizia loro mi avesse a recare potenza e gloria, tua hai con ogni forza a cercare di fartegli amici, perché 1' amicizia loro ti arrecherà sicurtà e comodo. È cosa in questo mondo d' importanza assai conoscere se stesso, e sapere misurare le forze dello animo e dello stato suo ; e chi si conosce non atto alla guerra, si debbe ingegnare con 1' arti délia pace di regnarc. A che è bene, per il consiglio mio, che tu ti volga, e 1' ingegni per questa via di goderti le fatiche e pericoli miei : il che ti riuscirà facilmente, quando stimi esser veri questi miei ricordi. Ed arai ad avère meco duoi obblighi : V uno, che io ti ho lasciato questo regno ; 1' altro, che io te Io ho insegnato mantenere. — Dipoi, fatti venire quelli cittadini che di Lucca,

Page 1