XIII. PEUPLES ET PRINCES
ils mettent en avant l'un d'entre eux et le font prince pour pouvoir, à l'ombre de son autorité, assouvir leur ambition.
De son côté, quand le peuple voit qu'il ne peut résister aux grands, il élève sur le pavois un simple particulier et le fait prince, pour être défendu par sa puissance. Celui qui est parvenu à la principauté par la faveur des grands a plus de peine à s'y maintenir que celui qui doit son élévation au peuple. Le pr mier, en effet, se trouve entouré d'hommes qui se croient ses égaux ; partant, il ne les peut ni manier ni commander à sa guise. Mais celui qui arrive à la principauté par la faveur du peuple s'y trouve seul et n'a autour de lui personne ou presque personne qui ne soit prêt à lui obéir. De plus, il n'est pas possible de satisfaire les grands sans commettre d'injustice, sans léser les autres en quelque chose. Il n'en va pas de même avec le peuple, dont le but est plus équitable que celui des grands, ceux-ci voulant opprimer, et lui, ne voulant pas d'oppression. Le prince ne se peut mettre en garde contre l'inimitié de tout un peuple : il est trop nombreux ; mais il se peut garantir contre la haine des grands, vu leur
riputazione ad un di loro, e lo fanno Principe per poter sotto r ombra sua sfogare 1' appetito loro. Il popolo ancora volta la riputazione a un solo, vedendo non poter resistere alli grandi e lo fa Principe per essere con 1' autorità sua difeso. Colui che viene al principato con 1' aiuto de' grandi, si mantiene con più difficulté, che quello che diventa con 1' aiuto del popolo ; perché si trova Principe con di molti intorno che a loro pare essere cguali a lui, e per questo non gli puô ne maneggiare ne comandare a suo modo. Ma colui che arriva al principato col favor popolare. vi si trova solo, ed ha intorno o nessuno o pochissimi che non sieno parati ad ubbidire. Oltre a questo, non si puA con onestà satisfare a' grandi, e senza ingiuria d' altri ; ma sibbene al popolo : perché quello del popolo è più onesto fine che quel de' grandi, volendo questi opprimere, c quello non esser oppresso. Aggiungesi ancora, che del popolo inimico il Principe non si puô mai assicurare, per essere troppi : de' grandi si puo assicurare, per esser pochi. 11 peggio che possa aspettare un Principe dal popolo inimico, è 1' essere abbando nato da lui : ma da' grandi inimici, non solo debbe temer di
petit nombre. Le pis que puisse redouter un prince de la part de son peuple, c'est d'en être abandonné ; des grands, il peut craindre, non seulement qu'ils ne l'abandonnent, mais qu'ils lui viennent contre ; car ayant en propre plus de clairvoyance et d'habileté, ils savent toujours se ménager des voies de salut, et ils cherchent à se mettre bien avec celui qu'ils supposent le plus fort. Remarquons, au surplus, que le peuple avec lequel un prince est forcé de vivre est sans cesse le même et qu'il ne le saurait changer, au lieu que, en ce qui concerne les grands, il en peut changer comme il lui plaît, pouvant tous les jours en faire ou défaire, et pouvant à son gré ôter ou donner réputation et crédit. Prince, IX.
Les hommes en masse ont souvent le courage de se plaindre hautement des décisions de leur prince ; mais lorsqu'ils voient le châtiment en face, n'ayant plus de confiance les uns dans les autres, ils se précipitent pour obéir. Aussi ne faut-il attacher trop 1 d'importance aux dires d'un peuple sur ses bonnes ou mauvaises dispositions, pourvu que, lorsqu'il est bien disposé, vous puissiez le maintenir ainsi, et lorsqu'il l'est mal, vous puissiez l'empêcher de vous nuire. Discours, I, 57.
essere abbanclonato, ma che ancor loro gli venghino contro ; perché, esscndo in quelli più vedere e più astuzia, avanzano i sempre tempo per salvarsi, e cercano gradi con quelle che ; sperano che vinca. E necessitato ancora il Principe vivere i sempre con quel medesimo popolo : ma puô ben fare senza ♦ quelli medesimi grandi, potendo farne e disfarne ogni dî, e » tôrre e dare, quando gli piace, reputazione loro.
Principe, IX.
La moltitudine è audace nel parla re moite volte contro aile deliberazioni del loro principe ; dipoi corne vcggono la pena in viso, non si fidando 1' uno dcll' altro, corrono ad ubbidire. Tal chè si vede certo che di quel che si dica un popolo. circa la mala o buona disposi/ione sua, si dcbbe tenere non gran conto, quando tu sia ordinnto in modo di poterlo mantenere, s' egli è ben disposto : se egli 6 mal disposto, da potere provve- j dere che non ti offenda. Discorsi, I, 57.