‹ La pensée de Nicholas MachiavelliChapitre 70 sur 175 · XIII. PEUPLES ET PRINCES · texte numérisé non relu

XIII. PEUPLES ET PRINCES

dis-je ? il le sera plus encore que le prince le plus estimé pour sa sagesse. D'un autre côté, un prince, libre de lois, sera plus ingrat, plus mobile, plus imprudent que le peuple. La différence qu'on observe dans leur conduite ne vient pas du caractère, qui est semblable chez tous les hommes, et qui sera même meilleur dans le peuple ; mais de ce qu'ils n'ont pas un égal respect pour les lois sous lesquelles ils vivent... Quant à la prudence et à la stabilité, je soutiens qu'un peuple est plus prudent, plus stable et de meilleur conseil qu'un prince. Et ce n'est pas sans raison qu'on dit que la voix du peuple est la voix de Dieu. Car on voit parfois l'opinion universelle produire des effets si merveilleux dans ses prévisions qu'il semble qu'une puissance occulte lui fasse prévoir son mal et son bien. Quant au jugement du peuple sur les affaires, il est fort rare, lorsqu'il entend deux orateurs qui soutiennent des opinions opposées, mais avec un égal talent, qu'il n'adopte pas la meilleure, et ne se montre capable de discerner la vérité qu'il entend. Si, comme je l'ai dit, il se laisse séduire par les résolutions hardies, ou qui paraissent avantageuses, combien plus souvent encore un prince n'est-il

meglio che un principe, eziandio stimato savio : e dall' altra parte, un principe sciolto dalle leggi, sarà ingrato, vario ed imprudente più che uno popolo. E che la variazione del procedere loro nasce non dalla natura diversa, perché in tutti è ad un modo : e se vi è vantaggio di bene, è nel popolo ; ma dallo avère più o meno rispetto aile leggi, dentro aile quali r uno e r altro vive...

... Ma quanto alla prudenza ed alla stabilità, dico, come uno popolo è più prudente, più stabile e di miglior giudicio che un principe. E non senza cagione si assomiglia la voce d' un popolo a quella di Dio : perché si vede una opinione universale fare effetti meravigliosi ne' pronostichi suoi ; talchô pare che per occulta virtù e' prevegga il suo maie ed il suo bene. Quanto al giudicare le cose, si vede rarissime volte, quando e' sono di egual virtù, che non pigli la opinione mighore, e che non sia capace di quella verità ch' egli ode. E se nelle cose gagliarde, o che paiano utili, come di sopra si dice, egli erra ; moite volte erra ancora un principe nelle sue proprie

pas entraîné par ses propres passions, qui sont bien plus nombreuses que celles du peuple ! Dans l'élection de ses magistrats, on le voit encore faire de beaucoup meilleurs choix qu'un prince ; et jamais on ne persuadera à un peuple d'élever à une dignité un homme corrompu et de mœurs dissolues, tandis qu'il y a mille moyens de le persuader à un prince. Lorsqu'un peuple a pris une institution en horreur, on le voit persister des siècles dans sa haine, ce qui en un prince ne se peut voir...

Si l'on dénombre tous les excès des peuples et tous ceux des princes, toutes les gloires des peuples, et toutes celles des princes, on verra combien le peuple est supérieur aux princes en valeur et gloire.

Si les princes sont supérieurs aux peuples pour établir des lois, créer des règles de la vie civile, fonder des institutions et ordres nouveaux, les peuples, de leur côté, sont tellement supérieurs dans le maintien de l'ordre établi qu'ils ajoutent même à la gloire de leurs législateurs. Enfin, pour épuiser ce sujet, je dirai que si des monarchies ont duré de longs siècles, des républiques n'ont pas duré moins longtemps, mais que les unes et les autres ont eu besoin d'être régies

passioni, le quali sono moite più che quelle de' popoli. Vedesi ancora, nelle sue elezioni ai magistrat!, fare di lunga migliore elezione che uno principe ; ne mai si persuadera ad un popolo, che sia bene tirare alla degnità uno uomo infâme e di corrotti costumi : il che facilmente e per mille vie si persuade ad un principe. Vedesi un popolo cominciare ad avère in orrore una cosa, e molti secoli stare in quella opinione : il che non si vede in uno principe...

... se si discorreranno tutti i disordini de' popoli, tutti i disordini de' principi, tutte le glorie de' popoli, tutte quelle de' principi, si vedrà il popolo di bontà e di gloria essere di lunga superiore. E se i principi sono superiori a' popoli nello ordinare leggi, formare vite civili, ordinare statuti ed ordini nuovi ; i popoli sono tanto superiori nel mantenere le cose ordinate, ch' egli aggiungono senza dubbio alla gloria di coloro che 1' ordinano. Ed in somma, per epilogare questa materia, dico come hanno durato assai gli stati de' principi, hanno durato assai gli stati délie repubbliche, e 1' uno e 1' altro ha avuto bisogno d'essere regolato dalle leggi : perchô un prin-

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par des lois : car un prince qui peut faire tout ce qu'il veut est un fou, et un peuple qui peut faire tout ce qu'il veut n'est point sage.

Si donc il s'agit d'un prince soumis aux lois et d'un peuple enchaîné par elles, on verra plus de vertus dans le peuple que chez le prince ; mais s'ils sont l'un et l'autre affranchis de toute contrainte, on verra que les erreurs du peuple sont moins nombreuses que celles du prince, qu'elles sont moins graves, et qu'il est plus facile d'y porter remède. Pour ramener dans la bonne voie un peuple égaré, et livré à tous les désordres, il suffit des discours d'un homme sensé, tandis qu'aucune voix n'ose parler à un méchant prince et qu'il n'y a d'autre remède que le fer. Veut-on savoir maintenant de quel côté le mal est le plus grave ? Puisqu'il suffit de paroles pour guérir celui du peuple et que, pour celui du prince il est besoin d'employer le fer, il n'est personne qui ne juge que là où il faut le remède le plus violent, là ne soit le mal le plus grave.

Quand un peuple est dans l'anarchie, ce ne sont pas ses déchaînements qu'on redoute ; on ne craint pas le mal présent, mais celui qui peut en résulter, car d'une confusion semblable, un tyran peut surgir.

cipe che puô fare ciô che vuole, è pazzo ; un popolo che puô fare ciô che vuole, non è savio. Se, adunque, si ragionerà d' un principe obbligato aile leggi, e d' un popolo incatenato da quelle, si vedrà più virtù nel popolo che nel principe : se si ragionerà dell' uno e dell' altro sciolto, si vedrà meno errori nel popolo che nel principe ; e quelli minori, ed aranno maggiori rimedi. Perché ad un popolo Hcenzioso e tumultuario, gli puô da un uomo buono esser parlato, e facilmente puô essere ridotto nella via buona : ad un principe cattivo non è alcuno che possa parlare, ne vi è altro rimedio che il ferro. Da che si puô far coniettura délia importanza délia malattia dell'uno e dell'altro : chè se a curare la malattia del popolo bastano le parole, ed a quella del principe bisogna il ferro, non sarà mai alcuno che non giudichi, che dove bisogna maggior cura, siano maggiori errori. Quando un popolo è bene sciolto, non si temono le pazzie che quello fa, ne si ha paura del mal présente, ma di auello che ne puô nascere, potendo nascere in fra tanta confusione un tiranno. Ma ne* prlncipi tristi interviene il contrario ;

Sous un mauvais prince, c'est le contraire qui se passe : on a peur du mal présent, on espère dans l'avenir, les hommes se disant que de sa méchante vie pourra naître la liberté. Vous voyez donc la différence de l'un et de l'autre : toute la différence qu'il y a entre les choses présentes et les choses futures.

La cruauté de la multitude s'exerce contre ceux qu'elle soupçonne de vouloir usurper le bien de tous, celle du prince, contre ceux qu'il soupçonne d'en vouloir à son bien particulier. Mais l'opinion contraire au peuple vient de ce qu'on peut en dire du mal sans crainte, même lorsque c'est lui qui gouverne ; des princes, on ne peut parler sans mille dangers et mille précautions.

Discours, I, 58.

che si terne il maie présente, e nel future si spera ; persuadendosi gli uomini che la sua cattlva vita possa far surgere una libertà. Si che vedete la differenza dell' uno e dell' altro, la quale è quanto dalle cose che sono, a quelle che hanno ad essere. Le cnideltà délia moltitudine sono contra a chi ei temono che occupi il ben comune : quelle d' un principe sono contra a chi ei temono che occupi il bene proprio. Ma la opinione contra ai popoli nasce perché de' popoli ciascuno dice maie senza paura e liberamente, ancora mentre che regnano : de' principi si parla sempre con mille paure e mille rispetti.

Discorsi, I, 58.

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