‹ La pensée de Nicholas MachiavelliChapitre 88 sur 175 · XIV. LE PRINCE · texte numérisé non relu

XIV. LE PRINCE

ses voisins. Et son expulsion eût été aussi difficile que celle d'Agathocle, s'il ne se fût pas laissé tromper par César Borgia, et attirer à Sinigaglia où, un an après le parricide commis, il fut pris avec les Orsini et les Vitelli, comme il a été dit ci-dessus, et étranglé ainsi que Vitellozzo, son maître de courage et de scélératesse.

Quelqu'un pourra demander pourquoi Agathocle ou tel autre tyran comme lui put, malgré une infinité de trahisons et de cruautés, vivre longtemps en sûreté dans sa patrie, et se défendre contre ses ennemis extérieurs, sans que jamais aucune conspiration de ses concitoyens ne s'élevât contre lui, tandis que plusieurs autres, pour avoir été cruels, n'ont pu se maintenir ni en temps de paix ni en temps de guerre. Je crois que cela tient aux cruautés, employées bien ou mal à propos. Les cruautés sont bien employées — s'il est permis d'appeler bien ce qui est mal — lorsqu'on les commet toutes à la fois, par besoin de pourvoir à sa sûreté, lorsqu' ensuite on n'y persiste point et qu'on les fait tourner, autant qu'il est possible, à l'avantage des sujets. Les cruautés mal employées sont celles qui, peu nombreuses au début, multiplient avec le temps au lieu de s'éteindre.

vicini : e sarebbe stata la sua espugnazione difficile, corne quella di Agatocle, se non si fusse lasciato ingannare da Cesare Borgia. quando a Signigaglia, corne di sopra si disse, prese gli Orsini e Vitelli ; dove preso ancor lui, un anno dopo il commesso patncidio, fu, insieme con Vitellozzo, il quale aveva avuto maestro délie virtù e scelleratezze sue, strangolato. Potrebbe alcuno duhitare, donde nascesse che Agatocle ed alcuno simile, dopo infiniti tradimenti e crudeltà, potette vivere lungamente sicuro nella sua patria, e difendersi dagl' inimici esterni, e da' suoi cittadini non gli fu mai conspirato contra : conciossiachè molti altri mediante la crudeltà non abbino mai possuto ancora ne' tempi pacifici mantenere lo stato, non che ne ' tempi dubbiosi di guerra. Credo che questo awenga dalle crudeltà maie o bene usate. Bene usate si possono chiamar quelle (se del maie è lecito dir bene) che si fanno una sol volta per nécessita dell' assicurarsi, e dipoi non vi s' insiste dentro, ma si convertîssono in più utilità de* sudditl che si

Ceux qui useront des premières peuvent, avec l'aide de Dieu et des hommes, remédier quelque peu à leurs conséquences ; ce qui eut lieu pour Agathocle. Ceux qui en usent autrement, il leur est impossible de se maintenir.

A ce propos, il est à observer que celui qui usurpe un état doit déterminer et exécuter tout d'un coup toutes les cruautés nécessaires, pour qu'il n'ait pas à y revenir tous les jours, et qu'il puisse, en évitant de les renouveler, rassurer ses sujets, et se les gagner par des bienfaits. Celui qui se conduit autrement, ou par timidité ou par mauvais conseil, se trouve dans la nécessité d'avoir toujours le glaive en main, et il ne peut jamais compter sur ses sujets, ceux-ci ne pouvant, à cause des injures continuelles et récentes, avoir confiance en lui.

Les cruautés doivent se commettre toutes à la fois pour qu'en durant moins, elles blessent moins ; mais les bienfaits doivent se succéder un à un, pour qu'on les savoure davantage.

Sur toutes choses, le prince doit vivre avec ses sujets de telle manière que nulle circonstance, favorable ou défavorable, ne le fasse varier. Si vous attendez d'être contraint par la nécessité à faire le

puô. Le maie usate son quelle, quali, nncora che da principio sian poche, crescono pluttosto col tempo che le si spenghino. Coloro che osserveranno quel primo modo, possono con Dio e con gli uomlni avère allô stato loro qualche rimedio ; corne ebbe Agatocle. Quelli altri, è impossibiîe che si mantenghino. Onde è da notare, che nel pigliare uno stato, debbe 1' occupatore d' esso discorrere e far tutte le crudeltà in un tratto, e per non avère a ritornarvi ogni di, e per potere non le innovando assicurare gli uomini, e guadagnarseli con beneficarli. Chi fa altrimente o per timidità o per mal consiglio, è sempre necessilato tenere il coltello in mano. ne mai si puù fondare sopra i suoi sudditi ; non si potendo quelli, per le continue e freschc ingiurie, assicurar di lui. Ferchè le ingmrie si debbono tare tulle insieme, acciocchè, assaporandosi meno, offendino meno : li beneficii si deb])ono fare a poco a poco. acciocchè si assal^orino meglio. V. dc\e, sopra tutto, un principe viVv re con li suoi sudditi in modo, che nissuno accidente o di maie o di

Xrv. LE PRINCE 173

mal ou le bien, il adviendra ou qu'il ne sera plus temps de faire le mal, ou que le bien que vous ferez ne vous profitera point, car on le croira fait par force et on ne vous en saura aucun gré. Pnnce, VIII.

La guerre, ses institutions et sa discipline, sont le seul objet auquel un prince doive donner ses pensées et son application, et dont il doive faire son métier ; car c'est là le vrai métier de quiconque gouverne ; et cet art est de telle vertu que par lui non seulement ceux qui sont nés princes se peuvent maintenir, mais encore ceux qui sont nés simples particuliers peuvent souvent devenir princes. C'est pour avoir négligé les armes, et leur avoir préféré la mollesse, qu'on a vu des princes perdre leurs états. Mépriser l'art de la guerre, c'est le bon moyen de perdre le pouvoir, et le posséder parfaitement, c'est le bon moyen d'acquérir. Francesco Sforza, pour avoir suivi la carrière des armes, de simple particulier devint duc de Milan ; et ses enfants, pour avoir fui les ennuis et fatigues militaires, de ducs, dont devenus simples particuliers. Car une des fâcheuses consé-

licne lo abbia a far variare : perché venendo per li tempi avversi la nécessita, tu non sei a tempo al niale ; ed il bene che tu fai non ti giova, perché è giudicat. forzato, e non grado alcuno ne riporti. Principe, VIII.

Quello che al principe si apparienga circa la milizia.

Deve adunque un principe non avère altro oggetto né altro pcnsiero, né prendere cosa alcuna per sua arte, fuora délia guerra ed ordini e disciplina di essa ; perché quella è sola arte che si aspetta a cbi comanda ; ed é di tanta virtù, che non solo mantiene quelli che son nati principi, ma moite volte fa gli uomini di privata fortuna salire a quel grado. E per contrario si vede, che quando i principi hanno pensato più aile delicatezze che air armi, hanno perso lo Stato loro. E la prima cagione che ti fa perdere quellj, è il disprezzar questa arte ; e Ja cagione che te lo fa acquistare, l' essere professo di questa arte. Francesco Sforza, per essere armato, diventô, di privato, duca di Milano ; e li figli, per fugir le fatiche i disagi dell' armi, di duchi, diventarono privati. Perché intra le altre cagioni di

quences, pour un prince, de n'être pas armé, c'est qu'on en vient à le mépriser ; déshonneur dont ii doit se garantir sur toute chose, comme je le dirai tout à l'heure. En effet, entre un homme armé et un homme désarmé, il n'y a nulle proportion ; et il n'est point naturel que celui qui est armé obéisse de bon cœur à celui qui ne l'est point, et que le désarmé vive en sécurité parmi des serviteurs en armes. Car les uns sont en proie au dédain, et l'autre l'est aux soupçons ; dès lors, il est impossible qu'ils vivent en bonne intelligence. Un prince qui n'entend rien au militaire, outre les autres malheurs qui en résultent pour lui, ne peut être estimé de ses soldats, ni se fier à eux. Il ne doit donc point détacher sa pensée de cet art, mais s'y exercer, principalement durant la paix, ce qu'il peut faire de deux manières : et par l'action et par la pensée. Pour ce qui est de l'action, il doit non seulement veiller à ce que ses troupes soient bien exercées et disciplinées, mais se rendre constamment aux chasses, grâce auxquelles il rompra son corps à la fatigue, ce qui lui apprendra en même temps à connaître la nature des divers lieux, l'élévation des montagnes, la direction des vallées, le gisement des plaines, la nature des rivières et

maie che t' arreca 1' essere disarmato, ti fa contennendo : la quale è una di quelle infamie, délie quali il principe si debbe guardare ; come di sotto si dira. Perché da uno armato a un disarmato non è proporzione alcuna ; e la ragione non vuole che chi è armato ubbidisca volentieri a chi è disarmato, e che il disarmato stia securo intra i servitori armati. Perché, essendo nell' uno sdegno, e nell' altro sospetto, non è possibile operino bene insieme. E perô, un principe che délia milizia non s' intende, oltre ail' altre infelicità, come è detto non pu m essere stimato da' suoi soldati, ne fidarsi di loro. Non deve, pertanto, mai levare il pensiero da questo esercizio délia guerra; e nella pace \i si deve più esercitare che nella guerra ; il che puô fare in duoi modi : 1' uno con 1' opère, 1' altro cou la mente. E quanto ail' opère, deve, oltre al tener bene ordinati ed esercitati li suoi, star semi»re in su le caccie, c mediante quelle assuefare il corpo a' disagi ; e parte imparar la natura de'siti. e conoscere come surgono i monti, come imboccano le valli. come giacciono i piani, ed intendere la natiira de' fiumi e delle

Page 1