II. LA DESTINÉE
aller contre sa complexion, soit parce que, lorsqu'on a longtemps prospéré en suivant une voie, on ne se peut persuader qu'il soit bon d'en prendre une autre. L'homme circonspect, quand le moment est venu d'être impétueux, ne le sait point être, c'est pourquoi il tombe. Mais si l'on pouvait changer de caractère selon les temps et les circonstances, la fortune ne changerait point.
Le pape Jules II procéda en chacune de ses actions impétueusement, et il trouva les temps et les circonstances tellement conformes à cette manière d'agir qu'il réussit toujours. Considérez sa première entreprise, celle qu'il mena contre Bologne du vivant de messer Giovanni Bentivoglio. Les Vénitiens la voyaient d'un mauvais œil ; c'était un sujet de discussion entre le roi d'Espagne et la France, et lui, néanmoins, avec sa résolution et son impétuosité naturelles, se rendit en personne à cette expédition, et, par telle hardiesse, tint en respect les Vénitiens et l'Espagne, s' bien que personne n'osa se mouvoir: les Vénitiens, par frayeur, et l'Espagne parce qu'elle désirait recouvrer le royaume de Naples en entier. D'autre part il entraîna le roi de France à son aide, car le roi, voyant
che si sappi accordare a questo ; si perché non si pu6 devlare da quello a che la natura ci Inchlna ; si ancora perché avendo uno sempre prosperato camminando per una via, non si pud persuadere che sia bene partirsi da quella : e perô 1' uomo respettlvo. quando gli è tempo di venire ail' impeto, non lo sa fare, donde egli rovina : che se si mutasse natura con li tempi e con le cose, non si muterebbe fortuna. Papa Giulio II procedette in ogni sua azione impetuosamente, e trovô tanto i tempi e le cose conformi a quel suo modo di procedere, che sempre sorti felice fine. Considerate la prima Impresa che fece di Bologna, vivendo ancora messer Giovanni Bentivogli. I Vinlziani non se ne contentavano, il re di Spagna similmente con Francia aveva ragionamento di taie impresa ; e lui nondimanco, con la sua ferocità ed impeto, si mosse personalmente a quella espedizione : la quale mossa fece star sospesl e fermi e Spagna e i Vinizianl ; quelli per paura, quell' altro per il desiderio dl ricuperare tutto il regno di Napoli : e dall'altra parte si tirô dietro il re di Francia, perché vedutolo quel
que le pape s'était mis en marche et souhaitant gagner son amitié afin d'abaisser les Vénitiens, jugea qu'il ne lui pouvait refuser ses troupes sans l'offenser manifestement.
Ainsi donc, grâce à son action impétueuse, Jules II obtint ce que nul autre pontife n'eût obtenu avec toute la prudence humaine, car s'il avait attendu pour partir de Rome, comme tout autre pontife aurait fait, que toutes choses eussent été convenues, arrêtées, préparées, jamais il n'eût réussi. Le roi de France, en effet, aurait trouvé mille excuses et les autres lui auraient suscité mille frayeurs.
Je ne parlerai point des autres actions de ce pontife, qui, toutes, furent semblablement conduites et toutes eurent même succès. D'ailleurs, la brièveté de sa vie ne lui a point laissé connaître les revers, parce que, s'il fût survenu des temps où il eût fallu se conduire avec circonspection et prudence, il aurait trouvé sa ruine, car il n'eût jamais pu se départir de ces moyens violents auxquels sa nature le portait.
Je conclus donc que 1 1 fortune changeant, et les hommes s'obstinant dans leurs manières d'agir, ils
re mosso, e desiderando farselo amico per abbassare i Vinlzlani, gludlcô non poterli negare le sue genti senza ingiuriarlo mânllestamente. Condusse, adunque, Giullo con la sua mossa impetuosa quello che mal altro ponteflce con tutta 1' umana prudenza avrla condotto : perché, se egli aspettava di partirei da Roma con le conclusioni ferme e tutte le cose ordinale, come qualunque altro pontefice arebbe fatto, mai non gli riusciva. Perché il re di P^ancia avria trovate mille scuse, e gli altri gli arebbero messo mille paure, lo voglio lasciare stare le altre sue azionl, che tutte sono statc simili, e tutte gli sono successe bene ; e la brevità délia vita non gli ha lasciato sentire il contrario : perché, se fossere sopravvenutl templ che fusse blsognato procedere con respettl. ne segulva la sua rovlna, perché mai non arebbe deviato da quelli modi, a' quali la natura lo Inchinava. Conchludo, adunque, che variando la fortuna e gli uomini stando nci loro modi ostlnati, sonofelicl mentre concordano Insleme ; c come discordano, sono infellci. lo giudico ben questo, che sia megllo essor Impetuoso che respettivo ; perché la fortuna è d nna, ed è necessario, volendola