XIV. LE PRINCE
rapace ; l'un cruel et un autre miséricordieux ; l'un félon et un autre loyal ; l'un efféminé et craintif, et un autre ferme et courageux ; l'un débonnaire et un autre superbe; l'un débauché et un autre chaste; l'un franc et un autre artificieux ; l'un dur et un autre facile ; l'un religieux et un autre incrédule, et ainsi de suite.
Je sais bien, et chacun le reconnaîtra, que ce serait chose fort louable que toutes les bonnes qualités précédentes se trouvassent réunies en un prince. Mais comme cela n'est guère possible de les avoir et pratiquer toutes, l'humaine condition ne le permettant point, il faut qu'il ait au moins la prudence de fuir le reproche des vices qui lui feraient perdre son pouvoir et se garder de ceux qui ne le lui feraient point perdre, s'il le peut ; mais ne le pouvant, il lui est loisible de s'y laisser aller avec moins de retenue. Même il ne doit se mettre en peine s'il encourt le reproche de certains défauts sans lesquels il pourrait difficilement sauver l'Etat, parce que, tout bien considéré, telle complexion qui semble vertu, serait sa ruine, et de telle autre qui semble vice résultent sa sécurité et son bien-être. Prince, XV.
alcuno rapace, alcuno crudele, alcuno pietoso ; 1' uno fedifrago, l'altro fedele ; l'uno effeminato e pusillanimo, l'altro féroce ed animoso ; l'uno umano, l'altro superbo ; l'uno lascivo, l'altro casto ; l'uno intero, l'altro astuto ; l'uno duro, l'altro facile ; l'uno grave, l'altro leggiere ; l'uno religioso, l'altro incredulo; e simili. lo so che ciascuno confessera, che sarebbe laudabilissima cosa, in un principe trovarsi, di tutte le sopraddette qualità quelle che sono tenute buone : ma perché non si possono avère, ne mteramente osservare, per le condizioni umane che non lo consentonj, gli è necessario essere tanto prudente, che sappia fuggir 1' infamia di quelli vizi che gli torrebbono lo Stato, e da quelli che non gllene tolgano, guardarsi, se egli è possibile ; ma non potendovi, si puô con minor rispetto lasciar andare. Éd ancora non si curi d' incorrere nell' infamia di quelli vizi, senza i quali possa difficilmente salvare lo Stato ; perché se si considéra ben tutto, si troverà qualche cosa che parrà virtù, e seguendola sarebbe la rovlna sua ; e qualcun' altra che parrà vizio, e seguendola ne résulta la sicurtà ed il ben essere suo. Principe, XV.
De la cruauté et de la clémence, et s'il vaut mieux être
aimé que craint.
Continuant à suivre les autres qualités précédemment énoncées, je dis que tout prince doit désirer d'être réputé clément et non cruel. Il doit néanmoins prendre garde de ne point user mal à propos de la clémence. César Borgia passait pour cruel, mais sa cruauté réunit la Romagne à ses c tats et ramena cette province à l'ordre et à la tranquillité. Aussi devra-t-on dire, en considérant bien les choses, qu'il fut plus clément que le peuple florentin qui, pour éviter le reproche de cruauté, laissa détruire la ville de Pistoia.
Un prince ne doit donc pas se mettre en peine de ce reproche, quand il s'agit de contenir ses sujets dans l'union et l'obéissance. En faisant un petit nombre d'exemples de rigueur, il sera plus clément que ceux qui, par trop de pitié, laissent s'élever des désordres d'où s'ensuivent meurtres et rapines ; parce que ces désordres bouleversent la société tout entière, au lieu que les exécutions ordonnées par le prince ne tombent que sur des particuliers.
Délia crudeltà e clemenzia, e s' egli è meglio essere amato o iemulo.
Descendendo appresso aile altre qualità preallegate, dico che ciascimo principe deve desiderar d' essere tenuto pietoso e non crudele. Nondimanco, deve avvertire di non usar maie questa pietà. Era tenuto Cesare Borgia crudele ; nondimanco quella sua crudeltà aveva racconcia la Romagna, unitola e ridottola in pace e in fede. Il che se si considerrà bene, si vedrà quello essere stato molto più pietoso che il popolo fiorentino, il quale, per fuggire nome di crudele, lasciô distruggere Pistoia. Deve pertanto un principe non si curar deir infamia di crudele, per tenere i sudditi suoi uniti ed in fede: perché con pochissimi esempi sarà più pietoso che queUi li quali, per troppa pietà, lasciano seguire i disordini. onde naschino occisioni o rapine ; perché queste sogliono of fendere una università intera ; e cruelle esecuzioni che vengono dal principe, offendono un partlculare. E intra tutti i principl, al