XIV. LE PRINCE
Mais cela est vrai surtout d'un prince nouveau, qui ne peut guère éviter le reproche de cruauté, toute domination nouvelle étant pleine de dangers. C'est pour cela que Didon, dans Virgile, s'excuse de la sévérité de son gouvernement, sur le fait qu'il est nouveau, en disant :
Res dura et regni novitas, me talia coguni Moliri, et late fines custode tueri. ^
Toutefois, un prince doit être lent à croire et lent à agir, ni ne doit s'effrayer lui-même, mais suivre en tout les conseils de la prudent e et de l'humanité ; en sorte qu'il ne soit pas imprévoyant par trop de confiance, et qu'une défiance exagérée ne le rende pas intolérable.
A ce sujet s'élève une discussion pour savoir s'il vaut mieux être aimé que craint, ou être craint qu'aimé. On peut répondre que le meilleur serait d'être l'un et l'autre ; mais comme il est très difficile que les deux choses aillent ensemble, si l'une doit manquer, il est plus sûr d'être craint que d'être aimé. On peut dire généralement des hommes qu'ils sont ingrats,
principe nuovo è impossibile fuggire il nome di crudelc, per essere gli Stati nuovi pieni di pericoli. Onde Virgilio, per la bocca di Didone, escusa V inumanità del suo regno per essere quelle nuovo, dicendo :
Res dura et regni novitas me talia cogunt Moliri, et late fin<.s custode tueri,
Nondimeno, deve esser grave al credere ed al muoversi, ne si deve far paura da se stesso, e procedere in modo temperato con prudenza ed umanità, che la troppa confidenza non lo faccia incauto, e la troppa diffidenza non lo renda intollerabile. Nasce da questo una disputa : .S" egli è meglio essere amato che temiito, o tcmuto che amato. Rispondesi, che si vorrebbe essere l'uno e l'altro ; ma perché gli è difficile che gli stiano insieme, è molto più securo l'esser temuto che amato, quando s' abbi a mancare dell' un de' duoi. Perché degli uomini si pu6 dir questo generalmente, che sieno ingrati,
* Une dure nécessité et l:i nouveauté de mon ^régne exigent ces rigueurs et cette garde qui veille au loin surmes frontières.
Virgile, Enéide, I, v. 563-564.
inconstants, simulateurs, fuyant les dangers, et cupides. Tant que vous leur faites du bien, ils sont à vous ; ils vous offrent leur sang, leur bien, leurs enfants, tant — comme je l'ai dit, déjà, — que l'occasion est éloignée, mais qu'elle se présente, ils se révoltent contre vous. Le prince qui se fonde sur leurs paroles et néglige de prendre d'autres précautions contre les événements, se perd ; car les amitiés acquises à prix d'argent, on a beau les mériter, on ne les possède pas, et au moment de les employer, elles se dérobent. Or, les hommes redoutent beaucoup moins d'offenser celui qui se fait aimer que celui qui se fait craindre ; parce que l'amour est tenu par un lien de reconnaissance qui, à cause de la mauvaiseté des hommes, rompt à la moindre occasion d'intérêt personnel ; tandis que la crainte dépend de la peur du châtiment, et cette peur dure toujours.
Cependant, le prince qui veut se faire craindre doit s'y prendre de telle manière que, s'il ne gagne point l'affection, il échappe du moins à la haine ; car on peut fort bien tout à la fois être craint et n'être pas haï ; et c'est à quoi il parviendra aisément, en s'abstenant d'attenter soit aux biens de ses sujets, soit à l'honneur de leurs femmes. Et s'il faut absolument
volubili, simulatori, fuggitori de' pericoli, cupidi di guadagno : e mentre fai lor bene, sono tutti tuoi, ti offeriscono il sangue, la roba, la vita, ed i figli, corne di sopra dissi, quando il bisogno è discosto ; ma quando ti si appressa, si rivoltano. E quel principe che si è tutto fondato in su le parole loro, trovandosi nudo d' altri preparamenti, rovina : perché 1' amicizie che si acquistano con il prezzo, e non con grandezza e nobiltà d' animo, si meritano, maie non s' hanno, ed a' tempi non si possono spendere. E gli uomini hanno men rispetto d' of fend ère uno che si facci amare, che uno che si facci temere : perché 1' amore è tenuto da un vinculo d' obbligo. il quale, per esser gli uomini tristi, da ogni occasione di propria utiUtà è rotto ; ma il timoré è tenuto da una paura di pena, che non abbandona mai. Deve, nondimeno, il principe farsi temere in modo, che se non acquista 1' amore. e' fugga 1' odio ; perché puô molto bene stare insieme esser temuto c non odiato : il che farà sempre che s' astenga dalla robba de suoi cittadini e de' suoi sudditi e délie donne loro. Quando pure gli bisognasse proce-