‹ La pensée de Nicholas MachiavelliChapitre 93 sur 175 · XIV. LE PRINCE · texte numérisé non relu

XIV. LE PRINCE

qu'il porte atteinte à la vie de l'un d'entre eux, il ne doit le faire que pour une raison suffisante et une cause manifeste. Mais, sur toute chose, se garder de toucher aux biens d'autrui, parce que les hommes oublient plus vite la mort de leur père que la perte de leur patrimoine. D'ailleurs, les tentations de prendre les biens d'autrui ne manquent jamais, et le prince qui s'est une fois livré à la rapine trouve toujours des raisons pour s'emparer du bien de ses sujets ; alors que, pour verser leur sang, les raisons sont plus rares, et manquent plus vite.

Mais lorsque le prince est à la tête de son armée, et qu'il a le commandement d'une multitude de soldats, alors moins que jamais il ne doit craindre d'être réputé cruel ; car sans ce renom on ne tient point une armée dans l'ordre et sans factions.

Entre les actions admirables d'Annibal, on a remarqué en particulier que, malgré que son armée fût très nombreuse et composée d'un mélange de races fort diverses, faisant la guerre sur le territoire d'autrui, il ne s'y éleva, ni dans la bonne ni dans la mauvaise fortune, aucune dissension entre les troupes, aucune révolte contre le chef. Ce qu'on ne peut attribuer qu'à son extrême cruauté, qui, jointe à ses

dere contro al sangue di qualcuno, farlo quando vi sia giustificazione conveniente e causa manifesta : ma soprattutto asternersi dalla roba d' altri ; perché gli uomini dimenticano più presto la morte del padre, che la perdita del patrimonio. Dipoi, le cagioni del tôrre la roba non mancano mai ; e sempre colui che comincia a vivere con rapina, trova cagion d'occupare quel d'altri : e, per avverso, contro al sangue sono più rare e mancano più presto. Ma quando il principe è con gli eserciti, ed ha in governo moltitudine di soldati, allora è al tutto necessario non si cura del nome di crudele : perché senza questo nome non si tiene un esercito unito ne disposto ad alcuna fazione. Intra le mirabili azioni di Annibale si connumera questa, che avendo un esercito grossissimo. misto d' infinité generazioni d' uomini, condotto a militare in terre d' altri, non vi surgesse mai una dissensione, né infra loro né contro il principe, cosi nella trista come nella sua buona fortuna. Il che non potè nascere da altro che da quella sua inumana cru-

autres grandes qualités, le fit craindre et respecter de ses soldats, et sans laquelle toutes les autres eussent été insuffisantes. Ils ont donc bien peu réfléchi, ces auteurs qui célèbrent d'une part les hauts faits d'Annibal et condamnent d'autre part ce qui en a été la principale cause.

Pour se convaincre que les autres qualités d'Annibal n'auraient point suffi, il n'y a qu'à considérer ce qui advint à Scipion, homme rare non seulement pour son temps, mais pour tous les temps connus. Les troupes qu'il commandait se révoltèrent, ce qui n'est venu d'autre chose que de son trop de clémence, qui avait laissé prendre aux soldats beaucoup plus de licence que n'en comportait la discipline militaire. Et c'est ce que Fabius Maximus lui reprocha en plein Sénat, en l'appelant corrupteur de la milice romaine.

De plus, les Locriens ayant été saccagés par un de ses lieutenants ne purent obtenir justice, et l'insolence du lieutenant resta impunie ; toujours à cause de son naturel facile. Si bien que quelqu'un voulant l'excuser au Sénat dit que beaucoup d'hommes savaient mieux ne point commettre de fautes que corriger celles des autres. Cette complexion trop

delta ; la quale insieme con infinité sue virtù lo fece sempre nel cospetto de' suoi soldati venerando e terril;ile ; e senza quella i' altre sue virtù a far quello effetto non gli bastavano. E gli scrittori poco considerati dall' una parte ammirano queste sue azioni, e dall' altra dannano la principal cagione d' esse. E che sia il vero che 1' altre sue virtù non gli saricn bastate, si puô considerare in Scipione (rarissimo non solamente ne' tempi suoi, ma in tutta la memoria délie cose che si sanno), dal quale gli eserciti suoi in Ispagna si ribellarono : il che non nacque da altro che dalla sua troppa pietà, la quale aveva dato a' suoi soldati più licenza che alla disciplina militarc non si conveniva. La quai cosa gli fù da Fabio Massimo nel Senato rimproverata, chiamandolo corruttore délia romana milizia. I Locrensi essendo stati da un legato di Scipione distrutti, non furono da lui vendicati ; ne 1' insolenza di quel legato corretta, nascendo tutto da quella sua natura facile : talmentechè, volendolo alcuno in Senato escusare, disse corne egll erano molti uomini che sapevano nieglio non errare, che correggere gli errori d' altri. La quai natura arebbe con il

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