XIV. LE PRINCE
les raisons qui l'ont déterminé à promettre n'existent plus. Les hommes fussent-ils tous gens de bien, je n'aurais garde de donner un tel précepte, mais comme ils sont méchants, et qu'assurément ils ne vous tiendraient pas leur parole, pourquoi leur tiendriez-vous la vôtre? Et d'ailleurs, un prince manqua-t-il jamais de raisons légitimes pour colorer son manque de foi ? A ce propos, on peut citer une foule d'exemples modernes et montrer combien de traités de paix, combien d'accords de toute espèce ont été rendus vains et inutiles par l'infidélité des princes, dont le plus heureux est toujours celui qui sait le mieux faire le renard. Mais il est nécessaire de savoir bien cacher cette nature, et il y faut être grand simulateur et dissimulateur. Les hommes sont si simples, et tellement sujets à la nécessité du moment, qu'un trompeur trouve toujours quelqu'un qui se laisse tromper.
Parmi les exemples du temps présent, il en est un que je ne veux point taire.
Alexandre VI ne fit jamais que tromper ; il ne pensait à autre chose et il en eut toujours l'occasion et le moyen. Jamais homme n'affirma avec tant de force, ne promit avec plus de serments, et n'en fit moins de cas. Et pourtant ces tromperies lui réussi-
osservar la fede, quando taie osservanza gli torni contro, £ che sono spente le cagioni che la feciono promettere. E se gli uomini fossero tutti buoni, questo precetto non saria buono ; ma perché son tristi, e non 1' osserverebbono a te, tu ancora non 1' bai da osservare a loro. Ne mai a un principe mancarono cagioni legittime di colorare 1' inosservanza. Di questo se ne potrien dare infiniti esempi moderni, e mostrare quante paci, quante promesse siano state fatte irrite e vane per la infedelità de' principi : ed a quello che ha saputo mcglio usar la volpe, è meglio successo. Ma è necessario questa natura saperla ben colonre, rd essere gran simulatore e aissimulatore : e sono tanto semplici gli uomini, e tanio obbediscono aile nécessita presenti, che colui che inganna, troverà sempre chi si lascerà ingannare. lo non vogUo degli esempi freschi tacerne uno. Alessandro VI non fect mai altro che ingannar uomini, ne mai pensô ad altro, e trovô soggetto aa poterlo fare ; e non fu mai uomo che avesse maggiore efficacia in asseverare, c che con maggiori giuramenti affermasse una cosa, e che
rent toujours, parce qu'il était passé maître en cet art-là.
Il n'est donc point nécessaire à un prince d'avoir toutes les bonnes qualités précédemment énoncées, mais il est indispensable qu'il les paraisse avoir. Même je m'enhardirai jusqu'à dire que ces qualités, à les avoir et pratiquer toujours, sont dangereuses, mais qu'il est utile de les paraître avoir. Par exemple, il est bon de sembler clément, fidèle, humain, religieux, intègre, et de l'être en effet, mais il faut être en même temps assez maître de soi pour pouvoir et savoir au besoin montrer les qualités contraires.
On doit bien comprendre qu'il n'est pas possible à un prince, surtout à un prince nouveau, d'observer dans sa conduite tout ce qui fait que les hommes sont réputés gens de bien, étant souvent obligé, pour maintenir l'état, d'agir contre la bonne foi, contre la charité, contre l'humanité, contre la regligion. Aussi doit-il avoir un caractère capable de se tourner selon que le vent et les variations de fortune le commandent ; et, comme je l'ai déjà dit, ne point s'écarter du bien lorsqu'il le peut, mais savoir entrer dans le mal lorsque c'est nécessaire. Il doit, par suite, avoir
r osservasse meno : nondimanco gli succederono sempre gl' inganni, perché conosceva bene questa parte del monao. A un principe, adunque, non è necessario avère tutte le soprascritte qualità ; ma è ben necessario parer d' averle. Anzi, ardirô di dir questo, che avendole ed osservanoole sempre, sono dannose ; e parendo d' averle, sono utili : conie parer pietoso fedele, umano, religioso, intero, ed essere ; ma stare in modo edificato con 1' animo, che bisognando non essere, tu possi e sappi mutarc il contrarie, Ed hassi da intcndcr questo : che un principe, e massime un principe nuovo, non puô osserv'are tutte quelle cose per le quali gh uomini son ritenuti buoni : essendo spesso nccessitato, per mantener lo Stato operare contro alla dede, contro alla carità, contro alla umanità, contro alla religione. E perô, Lisogna che egli abbia uno animo disposto a volgersi sccondo che i venti e le varia/ioni aella fortuna gli comandano ; e, corne di soprn dissi. non partirsi dal bene, potendo ; ma sapcre entrare nel maie, necessitato. Deve adunque avère un principe gran cura, che non gli csca