XIV. LE PRINCE
grand soin de ne laisser échapper aucune parole qui ne soit pleine des cinq qualités ci-dessus nommées, en sorte qu'à le voir et entendre, on le croie tout compassion, tout fidélité, tout intégrité, tout humanité, tout religion. Cette dernière qualité est celle qu'il lui importe le plus de paraître avoir, car les hommes, en général, jugent plus par leurs yeux que par leurs mains, tous étant à portée de voir et peu de toucher. Tout le monde voit ce que vous paraissez, peu de gens savent ce que vous êtes, et ce petit nombre n'osera point s'opposer à l'opinion du grand nombre, défendu par la majesté du pouvoir souverain. Or, dans les actions des hommes, et surtout des princes, où l'on ne peut avoir recours au jugement d'aucun tribunal, c'est le résultat qu'il faut considérer. Que le prince songe donc à conserver sa vie et maintenir son autorité : les moyens seront toujours jugés honorables, et loués de chacun, car le vulgaire se prend toujours aux apparences, et ne juge que par l'événement. Or, le vulgaire, c'est quasi tout le monde, et le petit nombre ne compte que lorsque le grand nombre ne sait où s'appuyer.
Tel prince de notre temps ^ qu'il ne convient pas
mai di bocca una cosa che non sia piena délie soprascritte cinque qualité ; e paia, a vederlo e udirlo, tutto pietà, tutto îe& , tutto intégrité, tulto umanità, tutto religione. E non è cosa più necessaria a parer d' avère ch . questa ultima qualità : perché gli uomini, in universale, giudicano più agli occhi che aile mani ; perché tocca a vedere a ciascuno, a sentira a pochi. Ognun vede qu*.l che tu pari, pochi sentono quel che tu sei ; e quelli pochi non an.iscono opporsi alla opinione de' molti, che abbino la maestà dello Stato che gli difenda ; e nelle azioni di tutti gli uomini, e massime de' princif.!, dove non è giudicio da reclamare, si guarda al fine. Facci adunque un principe conto di \ivere e mantenere lo Stato : i mezzi saranno sempre giucUcati onorevoli, e da ciascuno lodati ; f erchè il \ulgo ne va sempre preso con quello che pare, e con lo evento délia cosa ; ( nel mondo non è se non vulgo, e gli pochi han loco quando gh assai non hanno dove appoggiarsi. Alcun
' Ferdinand le-Catholique, roi d'Aragon et de Castille.
de nommer, ne prône jamais que paix et bonne foi, mais il n'en est pas moins Tennemi juré de l'une et de l'autre, et les eût-il pratiquées, il eût plusieurs fois perdu ses états et sa réputation.
Prince, XVIII.
Les princes ne pouvant éviter d'être haïs de quelqu'un, doivent premièrement chercher à ne pas l'être par la multitude ; et s'ils ne peuvent y réussir, ils doivent s'ingénier à ne pas l'être par la classe la plus puissante.
Prince, XIX.
Un prince qui est bien vu de son peuple n'a pas à tenir compte des conjurations ; mais, s'il en est haï, tout, choses et gens, est pour lui à redouter. Aussi les gouvernements bien réglés et les princes judicieux prennent-ils toujours très grand soin, et de ne point faire tomber les grands dans le désespoir, et de satisfaire le peuple : c'est un objet de la plus haute importance pour un prince.
Prince, XIX.
principe di questi tempi, il quale non è bene noninare, non predica mai altro che pace e fede ; e dell' una e dell' altra è inimicissimo ; e 1' una e 1' altra quando e' 1' avesse osservata. gli arebbe \,iù volte tolto lo Stato e la reputazione.
Principe, XVIII.
... non potendo i Principi mancara di non essere odiati da qualcuno, si debhon prima sforzare di non essere odiati dall' université ; e quando non possono conseguir questo, si debbono mgegnare con ogni industria fuggir 1' odio di quelle universit'^ che sono più potenti. Principe, XIX.
... un Principe deve tenere délie congiure poco conto, quando il popolo gli sia benivolo ; ma quando gli sia inimico, ed abbilo in odio, deve temere d' ogni cosa e di ognuno. E gli stati bene orclinati, e li Principi savi hanno con ogni diligenza pensato di non far cadere in disperazione i grandi, e di satisfare al popolo e tenerlo contento ; perché questa è una délie più Imporlanti materie che abbi un Principe.
Principe, XIX.