XIV. LE PRINCE
Les princes doivent se décharger sur autrui de tout ce qui a trait aux punitions, et se réserver tout ce qui a trait aux grâces. Prince, XIX.
Quelques princes, pour maintenir sûrement leurs ctats, ont désarmé leurs sujets; quelques autres ont tenu dans la division les pays qu'ils gouvernaient ; d'autres encore ont fomenté et nourri des inimitiés contre eux-mêmes ; il y en a aussi qui se sont appliqués à gagner ceux qui, au commencement de leur régne, leur étaient suspects ; enfin quelques-uns ont construit des forteresses, et d'autres les ont démolies.
Prince, XX.
... Le prince qui emploie de tels moyens décèle sa faiblesse ; et un gouvernement fort ne toléra jamais les divisions: car, si elles sont de quelque utilité en temps de paix, en permettant de contenir les sujets plus commodément, la guerre venue, elles montrent combien elles sont funestes. Prince, XX.
Les princes, et particulièrement les princes nouveaux, ont toujours trouvé plus de fidélité et d'utilité
... i Principi debbono le cose di carico metter sopra d' altri, e le cose di grazia a se medesimi. Principe, XIX.
Alcuni principi, per tenere securamente lo Stato, hanno disarmato l lor sudditi ; alcuni altri hanno tenute divise in parti le terre suggette ; alcuni altri hanno nutrito inimicizie contro a se medesimi ; alcuni altri si sono volti a guadagnarsi quelli que gli erano sospetti nel princlpio del suo Stato ; alcuni hanno edificato fortezze ; alcuni le hanno rovinate e distrutte.
Principe, XX.
Arguiscono, pertanto, simili modi debolezza del Principe perché in un principato gagliardo mai si permetteranno tah dlvisioni, perché le fanno solo profltto a tempo di pace, potendosi mediante quelle più facilmente manegpiare i sudaiti ; ma venendo la guerra, mostra simil ordine la fallacla sua.
Principe, XX.
... Hanno i principi, e specialmente quelli che son nuovi, trovnto più fede e più utilità in quelli uomini chv nel prlncipio
dans les hommes qu'ils tenaient en suspicion au début de leur règne, que dans leurs amis des commencements. Prince, XX.
La meilleure forteresse d'un prince est l'affection de ses sujets : s'il est haï de son peuple, toutes les forteresses du monde ne le sauveront point. Car il ne manque jamais aux peuples, une fois qu'ils ont pris les armes, des étrangers pour les secourir.
Prince, XX.
Sans doute, les princes deviennent plus grands lorsqu'ils surmontent les difficultés et oppositions qui leur sont faites. Aussi, quand la fortune veut agrandir un prince nouveau, lequel a plus besoin qu'un prince héréditaire d'acquérir réputation, elle lui suscite des ennemis et le pousse contre eux, afin qu'il ait l'occasion d'en triompher et que, gravissant l'échelle que ses ennemis eux-mêmes lui ont dressée, il s'élève. C'est pourquoi plusieurs ont pensé qu'un prince sage doit, s'il le peut, entretenir avec astuce quelque inimitié ; pour qu'en la surmontant, il accroisse sa propre grandeur. Prince, XX.
del loro Stato sono tenuti sospetti, che in quelli che nel principio erano confie enti. Principe, XX.
... Perô, la miglior fortezza che sia, è non esser odiato da popoli : perché, ancora che tu abbi le fortezze, e il popolo ti abbi in cdio, le non ti salvano ; perché non mancano mai a', popoli, preso che egh hanno 1' armi, forestieri chi gli soccorrino.
Principe, XX.
Senza dubbio li Principi diventano grandi quando superana le difficultà e le opposizioni che son fatte loro ; e perô la fortuna, massime quando vuole far grande un Principe nuovo il quale ha maggior nécessita d' acquistare riputazione ch uno ereditario, gli fa nascere d^' nemici e gli fa fare dell imprese contro, acciocché quello abbia cagione di superarle, e su per quella scala che gli hanno porta i nemici suoi, salir più alto E perô molti giudicano che un Pnncipe savio. quandc n' abbia 1' occasione, deve nutrirsi con astuzia qualche Inimi cizia ; acciocché, oppressa quella, ne seguiti maggior sus» grandezza. ^ Principe, XX.