XIV. LE PRINCE
Des ministres.
Ce n'est point chose de peu d'importance pour un prince que le choix de ses ministres, lesquels sont bons ou mauvais selon qu'il est plus ou moins sage luimême. Aussi, lorsqu'on se veut faire une idée de l'intelligence d'un prince, on en juge d'abord par les hommes dont il s'est entouré. Et s'ils sont capables et fidèles, on peut toujours le réputer sage, puisqu'il a su discerner leur mérite et s'assurer de leur fidélité. Mais si ces hommes ne sont point tels, on le peut toujours juger défavorablement, la première faute qu'il ait pu faire ayant été ce mauvais choix. Il n'y eut personne qui, voyant messer Antonio da Venafro, ministre de Pandolfo Petrucci, prince de Sienne, ne jugeât Pandolfo un homme très avisé pour s'être choisi un tel ministre.
Or il y a trois ordres d'entendements : ceux qui comprennent par eux-mêmes, ceux qui comprennent lorsque d'autres leur démontrent, et enfin ceux qui :ne comprennent ni par eux-mêmes ni par démonstration d'autrui. Les premiers sont les esprits supérieurs, les seconds, les bons esprits, les troisièmes, les esprits nuls. Si Pandolfo n'était pas du premier
Delli segretari de' principi.
Non è di poca importanzia a un principe la elezione dei ministri ; li quali sono buoni o no, secondo la prudenza del principe. E la prima coniettura che si fa d' un signore e del cer\'el suo, è veder gli uomini che lui ha d' intorno ; e quando sono sufficienti e ledeli, sempre si pu6 riputarlo savio, perché ha saputo conosccrgU sufticienti e mantenerseli fedeli. Ma quando siano altrimenti, sempre si puô fare non buono giudizio di lui : perché il primo errore ch' e' fa, lo fa in questa elezione. Non era alcuno che conoscesse messer Antonio da Venafro per ministro di Pandolfo Petrucci principe di Siena, che non giudicasse Pandolfo essere prudentissimo uomo, avendo quelle per suo ministro. E perche sono di tre generazioni cervelli : r uno intende per se, 1' altro intende quanto da altri gli è mostro, il terzo non iiitcnde ne per se stesso ne per dimostrazione d' altri ; quel primo è eccellentissimo, il secondo eccellente, il terzo inutile : conveniva pertanto di nécessita, che
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ordre, il fallait au moins qu'il fût du second ; car, du moment qu'un homme sait discerner le bien et le mal qu'un autre fait et dit, encore qu'il n'ait point de génie, il peut connaître les bonnes ou mauvaises opérations de son ministre, louer les unes, blâmer les autres, et le ministre, ne pouvant espérer de le duper, reste dans son devoir.
Mais quels sont les moyens pour un prince de connaître un ministre ? En voici un d'infaillible. Voyezvous un ministre songer à lui-même plus qu'à vous et rechercher, dans toutes ses actions, son propre intérêt? Soyez certain qu'un homme ainsi fait ne donnera jamais un bon ministre, et qu'il ne vous faut fier à lui. Car celui qui tient en ses mains l'état d'un autre, ne doit jamais penser à soi, mais toujours au prince et ne l'entretenir que des intérêts publics.
Mais il faut que, d'autre part, le prince pense à son ministre, s'il le veut conserver fidèle, en le comblant d'honneurs, en le faisant riche, en se l'attachant par des bienfaits, en partageant avec lui honneurs et dignités ; afin que tous ces honneurs, toutes ces richesses lui ôtent le désir d'autres honneurs et d'autres richesses, et que toutes ces dise Pandolfo non era nel primo grado, fusse nel secondo ; perché ogni volta che uno ha il giudicio di concscere il bene ed il maie che un fa e dice, ancoracbè da se non abbia invenzione, conosce le opère triste e le buone del ministro. e quelle esalta e le altre corregere ; ed il ministro non puô sperar d' ingannarlo e mantiensi buono. Ma corne un principe possa conoscere il ministro. ci è questo modo che non falla mai. Quando tu vedl il ministro pensar più a se che a te, e che in tutte le azioni vi ricerca 1' utile suo, questo taie cosi fatto mai non fia buon ministro, ne mai te ne potrai fidare ; perché quello che ha lo Stato d' uno in mano, non deve mai pcnsare a se, ma al principe, e non gli ricordar mai cosa che non appartenga h lui. E dair altra parte, il principe, pcr manternerlo buono. deve pcnsare al ministro, onorandolo, facendolo ricco, obligandoselo. participandogli gli onori e carichi ; acciocchè li assal onori. le assai ricchezze concessegli, siano causa che egli non desideri altri onori e ricchezze ; e gli assai cariclii gli facciuo