REMARQUE P RE^ P ARATOIRE
de même que les aliments terrestres nourrissent ton corps, je veux être l’aliment de ton âme. Je veux développer la vie surnaturelle de ton âme, t’inspirer l’amour du bien et la force de faire le bien ; je veux affaiblir ton penchant au mal, guérir les plaies de ton âme. — Et quand viendra la mort, lorsqu’il n’y aura plus de consolations terrestres, je veux, une fois encore, entrer dans ton cœur, te fortifier pour le dernier combat, t’aider à offrir, par amour pour moi, le sacrifice de la vie, de même que par amour pour toi, j’ai offert la mienne.
Remarque préparatoire aux Méditations sur la Passion de Jésus
Le Sauveur est le guide que nous avons résolu de suivre. Dieu nous l’a donné pour qu’il nous montre comment nous devons offrir le sacrifice du don de nous-mêmes. Si le Sauveur s’était borné à nous instruire par ses paroles, nous ne le comprendrions pas entièrement et exactement. En tout cas, nous n’aurions pas soupçonné jusqu’où nous pouvons et devons aller. Trop facilement nous croirions en avoir fait assez, ou même être allés trop loin. Voilà pourquoi il a voulu nous montrer par son exemple ce que nous devons faire et jusqu’où nous pouvons aller.
Nous avons déjà contemplé sa pauvreté, sa vie cachée, son détachement de toutes les choses terrestres ; et nous avons été touchés en constatant qu’il ne reste jamais à mi-chemin, mais qu’il va toujours jusqu’à l’extrême. Nous allons maintenant
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méditer sa Passion ; il nous y montre par son exemple quelle doit être notre conduite dans les contradictions et les adversités de la vie. Nous verrons que rien ne peut nous arriver que Jésus n’y ait eu une part bien plus large ; ou plutôt nous verrons que tout ce que nous souffrons n’est rien en comparaison de sa Passion. Dans la méditation sur l’amour de la Croix, nous avons vu les degrés où nous pouvions le suivre. Nous verrons, maintenant, par son exemple, comment, dans la pratique, nous pouvons réaliser ces divers degrés d’imitation. Et nous comprendrons que nous avons déjà fait beaucoup, si nous sommes arrivés au premier degré.
Remarquons en passant comment, dans les applications pratiques des méditations sur la Passion à notre conduite, nous reconnaissons, avec plus de clarté que jamais, l’extrême importance de l’indifférence. Pour suivre le Sauveur dans la voie de ses souffrances, il faut être en réalité sans parti pris, il faut la complète indifférence. Et, d’autre part, rien ne peut mieux que ces méditations conduire à cette complète indifférence. Lorsque nous voyons que, par amour pour nous, notre Guide' se soumet à des souffrances si cruelles, la souffrance perd peu à peu ce qu’elle a d’effrayant, de repoussant. Elle nous apparaît sous un autre jour, elle s’éclaire de la lumière de l’amour de Jésus pour nous, en sorte que nous la voyons digne de toute vénération, digne de mériter que nous fassions tous nos efforts parce qu’elle nous fera ressembler au Sauveur. L’horreur naturelle pour toute adversité est surmontée par l’amour pour notre chef et même se transforme en affection pour les croix.
LE SAUVEUR MARCHE AU SACRIFICE
Pour bien comprendre la Passion de Jésus, il faut nous rappeler sans cesse que, d’une manière mystérieuse et incompréhensible pour notre intelligence, la divinité s’est apparemment retirée de Jésus et a laissé sa sainte humanité seule et sans défense contre les souffrances. En Jésus, il n’y a plus, pour ainsi dire, qu’un homme. Comme le montre son cri de douleur sur la Croix, la divinité n’a point supprimé en lui la sensibilité. Il ne jouit plus de la vision béatifique de Dieu, et par suite, il sent pleinement toutes les souffrances. — Nous considérerons toujours que c’est par amour pour nous que Jésus a souffert ainsi, afin de satisfaire pour nos péchés, de payer notre dette, de nous enseigner par son exemple l’attitude qui doit être la nôtre dans la souffrance et l’adversité. — « Être content de n’être pas mieux traité que le Sauveur », ces mots dans la suite, n’indiqueront que le premier degré dans l’amour de la croix, degré qu’il est indispensable d’atteindre pour franchir les autres. Ainsi nous laissons déjà paraître les degrés ultérieurs.
Le Sauveur marche au sacrifice
La Cène pascale s’achevait. Jésus, avec les apôtres, avait récité les psaumes qui la terminent, fait ses adieux aux siens et prononcé la prière sacerdotale. Il quitte alors le Cénacle et, accompagné des apôtres, se dirige vers la montagne des Oliviers. — Saint Luc nous fait remarquer (xxn, 39) qu’il s’y rend « selon sa coutume ». Les jours précédents, Jésus enseignait dans le temple et, la nuit,« sortait
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et se retirait sur la montagne appelée des Oliviers » (xx, 37).
De son côté, saint Jean nous donne, sous une autre forme, le même renseignement : « Jésus, ayant dit ces paroles, alla avec ses disciples au delà du torrent du Cédron où il y avait un jardin dans lequel il entra, lui et ses disciples. Judas, qui le trahissait, connaissait aussi ce lieu-là, parce que Jésus y avait été souvent avec ses disciples » (xvm, 1, 2). — Évidemment Judas avait déjà formé son plan, et profité de cette connaissance pour livrer son Maître à ses ennemis. — En ce paisible jardin de Gethsémani, au pied de la montagne, Jésus avait souvent passé la nuit en prière, et on a l’impression qu’il voulait se rendre familier le lieu où il commencerait sa Passion. Là, il avait tout prévu, et chaque fois, dans sa prière, il s’entretenait avec son Père du plan de la Rédemption. En lui, la nature humaine reculait en frissonnant devant des souffrances si cruelles et si nombreuses, mais, assurément, chaque fois, il terminait sa prière par un acte d’abandon : « Père, que votre volonté soit faite ! Ecce venio », Me voici ! Je suis prêt ».
Pour la dernière fois, Jésus prend le même chemin. Sa vie publique était achevée. Telle est la volonté de son Père ! Dès le début de son ministère, le judaïsme officiel s’était déclaré contre lui et montré complètement hostile. Il s’y attendait. Il ne pouvait en être autrement. Après que les Juifs eurent rejeté son Précurseur pour le livrer à Hérode, ni le s miracles de Jésus, ni ses enseignements n’avaient pu convaincre la classe sacer-
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dotale et les pharisiens. Aux portes de Jérusalem, il avait ressuscité Lazare. Et Lazare, rendu à la vie, Lazare que nombre d’entre eux avaient vu mettre au tombeau, Lazare que chacun à Béthanie pouvait apercevoir vivant, plein de santé, attestait trop évidemment la divinité de Jésus. Mais ses ennemis restaient incrédules. Ils ne voulaient pas croire. Ils résolurent de mettre enfin à exécution leur décision et de le faire mourir à tout prix. « Ils avaient donné ordre que, si quelqu’un savait où il était, il le découvrît afin qu’ils le fissent prendre » (Jean, xi, 56). — Comme pour répondre à cet ordre, Jésus fit son entrée solennelle dans Jérusalem,, et, malgré les protestations des Juifs, d’innombrables acclamations saluèrent en lui le Messie. Chacun des jours suivants, il enseigna dans le temple, et la foule se pressait autour de lui pour l’entendre, « et ses ennemis n’osaient pas publiquement mettre la main sur lui parce que le peuple l’écoutait » (Luc, xix, 48).
Ils tentèrent alors de le compromettre devant le peuple, en lui proposant des questions insidieuses, Mais ses réponses étaient si justes, si probantes, qu’ils se voyaient réduits à se taire, et il leur posa lui-même des questions auxquelles ils ne purent répondre. Se dressant dans sa majesté, il reprocha leur hypocrisie aux Scribes et aux Pharisiens, et les menaça jusqu’à huit reprises du châtiment qui les attendait. « Jérusalem ! Jérusalem ! qui tues les Prophètes et qui lapides ceux qui sont envoyés vers toi, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants comme une poule rassemble ses petits smis ses ailes, et tu ne l’as pas voulu ! » (Matth.,
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xxin, 37). Et sortant du temple, il se rendit avec ses disciples au mont des Oliviers.
Ce suprême avertissement resta sans effet. Les prêtres, les Scribes, les Anciens s’assemblèrent « et tinrent conseil pour se saisir adroitement de Jésus et le faire mourir », résolus à en finir. Judas vint alors les trouver pour leur livrer son Maître, et ils lui promirent de lui donner de l’argent. (Marc, xiv, 10, 11.) Pleins de joie ils acceptèrent et concertèrent tout avec lui.
Et maintenant, de quel côté sera la victoire ? — Le Père céleste veut que Jésus ne fasse rien pour se dérober aux attaques de ses ennemis. Il doit au contraire s’abandonner à eux sans résistance. Judas a quitté la salle de la Cène et s’est rendu auprès des prêtres ; et, au milieu de la nuit, lorsque dans la ville tout repose, il gagne, à la tête d’une troupe armée, le jardin de Gethsémani, où il livrera son Maître à ses ennemis. — Jésus sait tout. Il connaît le plan de ses adversaires. Il lui serait facile d’v échapper. Il lui suffirait de ne point se rendre au jardin des Oliviers et de se retirer à Béthanie. Soutenu par de nombreux partisans, il pouvait organiser la résistance. S’il n’avait pas admis Judas au nombre de ses apôtres, la trahison n’aurait pas été possible. Bref, il avait eu, il avait encore mille moyens de déjouer l’attaque. Nul sans sa permission ne pouvait mettre la main sur lui. — Mais la volonté du Père est que Jésus se rende comme à l’ordinaire au jardin des Oliviers même s’il sait que, dans quelques heures, ses ennemis y viendront s’emparer de lui. Une fois, encore, il montrera que librement il se livre à eux, puisque d’un mot il les renverse à terre, mais ensuite, il
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se laissera lier sans résistance ; tel un agneau conduit à la boucherie il se laissera, sans ouvrir la bouche, conduire à la mort. Voilà le sacrifice que le Père lui demande et Jésus obéit.
Calme et résolu, il se rend avec les onze Apôtres au jardin des Oliviers. Durant la célébration de la Cène, d’autres pensées ont occupé son esprit. Maintenant elles ont disparu ; les événements vont s’accomplir et déjà ils pèsent sur son âme. Mais ses disciples sont encore avec lui. Quel fut leur entretien au cours de la route, nous l’ignorons ; les évangélistes nous en disent peu de chose. Jésus prophétise aux siens qu’en cette nuit tous l’abandonneront. Pierre lui promet une fidélité inébranlable. Jésus lui répond que, par trois fois, il le reniera. — Une fois encore, il leur annonce sa Résurrection. — La volonté du Père est que Jésus reste seul aux mains de ses ennemis, seul dans sa Passion ; c’est pourquoi il ne donne pas aux apôtres une grâce assez puissante pour leur permettre de se tenir auprès de lui. Plus tard, seulement, ils sacrifieront leur vie pour lui. C’est aussi pourquoi il ne leur parle point assez clairement pour qu’ils comprennent tout le sens de ses paroles ; il faut qu’ils restent surpris et déconcertés par les événements. D’ailleurs, ils étaient déjà trop fatigués, comme la suite le montrera bientôt.
Et Jésus a de plus en plus présente à la pensée la destinée' qui l’attend. Il voit ses ennemis calculer toutes choses de manière à frapper, espèrent ils, un coup décisif, qui soit la ruine totale et de sa personne et de son œuvre. Mais il sait aussi qu’ils ne feront que contribuer à l’achèvement de cette œuvre même, qui est la rédemption du monde. Il
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gagne, répétons-le, calme et résolu, le jardin des Oliviers, où bientôt les sacrificateurs viendront chercher l’Agneau qui doit être immolé pour le salut du monde. — C’était le chemin de l’oblation du Seigneur qui, conformément à la volonté du Père, se rendait librement là où il devait tomber entre les mains de ses ennemis.
Son exemple et les grâces qu’il nous a méritées par son obéissance à la volonté du Père ont encouragé d’innombrables disciples et leur ont donné la force de rester fidèles à leur poste, de ne point fuir, de ne pas tenter de se dérober lorsqu’ils savaient qu’on les cherchait pour les mettre à mort. Ils voyaient en cela la volonté de Dieu qui leur accordait la grâce de pouvoir, comme leur Maître, sacrifier leur vie au profit de son Royaume, Ils ne songeaient point à eux-mêmes, à leurs intérêts terrestres. La pensée des tortures et de la mort ne les effrayait pas. Une seule pensée les occupait. Dieu serait glorifié par leur mort. Et glorifier Dieu est l’affaire la plus importante, l’acte le plus magnifique qui se puisse accomplir. Tout le reste est secondaire. Pour eux, pas plus que pour leur Maître, la mort n’était une ruine, une défaite : elle était la victoire et le triomphe.
L’agonie du Seigneur
Jésus accompagné des apôtres est parvenu au jardin de Gethsémani. Il demande à Pierre, à Jacques et à Jean de le suivre et, laissant les autres à l’entrée, il pénètre avec eux dans le jardin ; là,
l'agonie du seigneur
il se sépare d’eux et se retire pour prier. Sa mystérieuse Passion commence.
L’effroi s’empare de son âme ; nous le voyons par les paroles qu’il adresse à ses trois Apôtres en les quittant et que l’Évangile nous rapporte : « Mon âme est triste jusqu’à la mort ». C’est une véritable agonie. Pour l’homme il n’est pas de plus grande épouvante que celle causée par la mort, surtout si elle vient le surprendre alors qu’il est encore en parfaite santé et garde la lucidité de son intelligence. Sans doute, au cours de sa vie, Jésus a bien prévu qu’un jour il lui faudrait mourir comme son Père le voulait, et toujours il a déclaré qu’il était prêt à obéir : « Je dois être baptisé d’un baptême, et combien je me sens pressé jusqu’à ce qu’il s’accomplisse ! » (Luc, xn, 50.) Mais maintenant qu’il est en face de sa Passion et que la divinité n’exerce plus sa béatifiante influence sur son humanité sainte, il n’en est plus de même. « Il commence à s’attrister et à être dans une grande affliction » (Matth., xxvi, 37). — En sa nature humaine, il ressent toutes les impressions que nous pouvons éprouver nous-mêmes. Chez lui, elles sont plus vives encore parce que sa sensibilité est plus délicate ; elle se révolte tout entière contre les souffrances et la mort.
Il se prosterne le visage contre terre et prie le Père céleste. L’angoisse devient si grande qu’il ne peut plus rester seul ; il vient auprès de ses apôtres. — Les moribonds qui sentent que la mort approche, demandent qu’on ne les laisse point seuls ; ils saisissent la main d’un parent, d’un ami qui est là ; ils s’y accrochent pour ainsi dire. Il en est de même
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pour le Sauveur. Mais lorsqu’il rejoint les apôtres, il les trouve endormis ; ils ne se rendent pas compte de l’état de leur Maître. Et Jésus se retire encore une fois pour puiser des forces dans la prière. De nouveau, le poids de la tristesse l’accable ; il revient à ses apôtres. Ils dorment ! Il lui faut donc rester seul ! « Et les quittant, il s’en va chancelant prier pour la troisième fois ». (Matth., xxvi, 44.)
Et que demande-t-il dans sa prière ? De tout son cœur, avec une ardeur indicible et le profond désir d’être exaucé, il dit, il répète à son Père : « Mon Père, s’il est possible, que ce calice s’éloigne de moi ! Néanmoins qu’il en soit non comme je le veux, mais comme vous le voulez ! » (Matth., xxvi, 39.) — « Père, tout vous est possible. Transportez ce calice loin de moi ! Néanmoins, que votre volonté s’accomplisse et non la mienne ! (Marc, xiv, 36.) Au nom de l’amour que le Père a pour lui, il le conjure de ne point lui demander un tel sacrifice. Il prie, il prie encore, il prie longtemps ! Il est tout à cette pensée, « et il répète les mêmes paroles » (Matth., xxvi, 44).
Pour bien comprendre sa souffrance, examinonsen les causes . Jésus devait expier nos péchés. — Cette pensée nous est si familière que nous oublions de nous y arrêter, et nous trouvons volontiers que c’est tout naturel. Réfléchissons et supposons le cas suivant. Nous assistons à un procès criminel : le coupable, en raison des méfaits commis par lui, et dont nous avons souffert nous-mêmes, est condamné à vingt années de détention et en même temps à une bastonnade qu’il devra subir chaque semaine. Comme on l’emmène, il s’approche de
l’agonie du seigneur
l’un d’entre nous et lui dit : « N’auriez-vous pas la bonté de satisfaire pour moi à la justice ? » Cette demande ne manquerait pas de nous stupéfier. Comment ! Je devrais subir vingt années de réclusion et une bastonnade hebdomadaire pour que ce criminel, qui m’a fait tant de mal, reste en liberté ! Je souffrirais pour son bon plaisir ! — Et maintenant, voyons le Sauveur. Le Père céleste lui dit en quelque sorte : « Les hommes ont mérité la détention dans un enfer éternel. Etes-vous prêt à subir la punition à leur place par la flagellation et la mort sur la croix, pour qu’ils recouvrent la liberté ? » Nous étonnerons-nous, si le Sauveur recule d’effroi devant la proposition ?
Et quelles souffrances, quels outrages doivent l’accabler ! Tout est présent à sa pensée ; il voit les mauvais traitements, les affronts, les moqueries, la révoltante flagellation, le cruel couronnement d’épines, l’horrible chemin du Calvaire, le crucifiement, les heures terribles de l’agonie ! Il voit sur ses mains la place que transperceront les clous ; il se voit suspendu à la Croix ; il se voit épuisant jusqu’à la lie le calice dont l’amertume lui arrache ce cri d’une incommensurable douleur : « Dieu, mon Dieu ! pourquoi m’avez-vous abandonné ? » — Tout cela lui est présent, et le moment est venu où tout va se réaliser ! Son être se révolte, frémit, se dresse. De nouveau, il prie son Père, il lui crie : « Père, mon Père bien-aimé, s’il est possible, détournez de moi ce calice ! Ne me demandez pas ce sacrifice ! Vous pouvez tout ! Éloignez ce calice ! »
Il reconnaît enfin que, pour un grand nombre, ses souffrances resteront inutiles. Dès le matin du
lendemain, l’enfer engloutira un de ses apôtres ! et, après lui, tant d’autres de ceux qu’il lui faut racheter de son sang ! Quelle amertume ! Quelle souffrance ! S’être dévoué en vain, se dire à soimême que tout est inutile, à jamais inutile ! ! — Et là encore, Jésus est accablé : sa volonté humaine répugne à un tel sacrifice !
Pourquoi Jésus a-t-il permis cette mystérieuse Passion ? Il veut nous montrer qu’il souffre très réellement. Jusqu’à son cri de détresse sur la Croix, nous ne voyons en lui aucun signe extérieur de sa souffrance. Aucun des évangélistes n’en signale. Ne croyons point que la Divinité le rend insensible à la souffrance, comme l’ont été certains martyrs.
Si nous sommes étonnés de voir Jésus trembler devant la souffrance alors que, par amour pour lui, des martyrs sont allés joyeusement à la mort, pensons bien qu’il a pris sur lui-même les angoisses et les craintes pour mériter aux martyrs une force et une joie surhumaines dans leur sacrifice. — Rappelons-nous en outre que sentir la souffrance, la craindre, demander à en être délivré, n’est pas une imperfection, à la condition d’ajouter toujours à notre prière : « Seigneur ! que votre volonté soit faite ! » — Enfin Jésus voulait nous montrer quel est notre devoir lorsque Dieu nous demande quelque douloureux sacrifice.
Le Père céleste n’exauce pas la prière du Sauveur ! L’évangéliste nous dit qu’un ange vient fortifier Jésus. Combien sa souffrance doit être effrayante, puisque lui, qui est le Fils de Dieu, il accepte le secours d’une de ses créatures ! En quoi consistait cette consolation, quelle était cette