‹ La pensée directrice des exercicesChapitre 2 sur 52 · Le Fondement · texte numérisé non relu

Le Fondement

Le Créateur

« T ai été créé par Dieu » : telle est la vérité fondamentale de ma vie.

En d’autres termes : « Je ne me suis point donné l’existence à moi-même ; je n’y suis pour rien, je n’en ai rien su ; un long temps s’est écoulé avant que j’aie connu mon existence ».

Mes parents m’ont simplement communiqué l’existence. Ils lui ont, > pour ainsi dire, donné l’impulsion. Alors, je me suis développé selon des lois supérieures, indépendantes de leur volonté. A leur tour, les parents doivent l’existence à leurs parents et il en est ainsi en remontant jusqu’au couple dont le Livre Historique, racontant l’origine du monde, nous dit que Dieu a créé Adam et Ève. Alors Dieu, pour ainsi dire, plantait l’arbre de l’Humanité et je suis simplement un fruit de cet arbre. Ce fruit appartient à celui auquel appartient l’arbre.

Les éléments dont se compose mon corps, ont été l’œuvre de Dieu. Longtemps avant que l’être me fût donné, ils existaient sous une forme différente. Je n’ai fait que me les approprier. Un jour, mon corps se décomposera en ces mêmes éléments.

Ce qu’il y a en moi de plus important, ce qui fait de moi un homme, — l’âme, — ne pouvait m’être donné par mes parents. Cette âme fut créée par Dieu et insufflée en moi à l’instant où je reçus l’existence.

Intrinsèquement et au fond le plus intime de moi même , je suis une créature de Dieu.

De cette vérité : « Je suis une créature de Dieu », je ne puis faire abstraction. Puis-je, devant le rayon du soleil, m’imaginer qu’il ne vient pas du soleil ? Qu’on retire au rayon ce qu’il tient du soleil, il ne reste rien. De même, pour moi, si l’on m’enlevait ce que je tiens de Dieu. Ce nom même de « rayon » indique déjà qu’il vient du soleil, qu’il lui doit tout. Quant à nous, si le mot « homme » n’exprime point par lui-même que nous venons de Dieu et que nous lui devons tout, cette conclusion n’en découle pas moins de notre nature. « Homme » signifie « être créé par Dieu ».

Créer, pour Dieu, c’est tirer du néant. Pour l’homme, il n’en est pas de même. L’homme a toujours besoin d’une matière et d’instruments. D’un bloc de pierre, l’artiste peut bien façonner une figure présente à sa pensée ; mais il lui faut nécessairement ce bloc, un ciseau, un marteau, sans lesquels il ne peut rien faire. Pour élever une grande construction, il faut de nombreux matériaux et de puissants échafaudages.

LE CRÉATEUR

Pour créer, Dieu n’a besoin de rien ; il ne lui faut ni matériaux ni instruments. Il crée du néant, il puise dans le néant et il en tire un être qui, auparavant, n’existait d’aucune façon.

En outre, Dieu crée en un instant, tandis que, pour l’homme, des semaines et des mois s’écoulent jusqu’à ce que l’œuvre soit achevée. De plus, il faut que Dieu ne cesse pas de me conserver l’existence, sans quoi je retomberais dans le néant, comme un rayon de soleil, lorsqu’il est détaché du soleil.

Donc, je suis tout entier de Dieu — et uniquement de Dieu — et toujours de Dieu. S’il ne m’avait pas tiré du néant, je n’existerais pas et je n’aurais jamais existé. Je suis lié à Dieu inséparablement, indissolublement, indispensablement. Tout en moi porte le sceau d’une origine divine.

Si nous voulons scruter plus à fond le sens et la portée de cette vérité, cherchons à nous faire de Dieu, autant que nous le pouvons, une idée aussi claire que possible.

a) Dieu est l’Etre qui existe nécessairement

A tout être, il faut une raison de son existence. — Cette raison peut se trouver ou bien en dehors de lui ou bien en lui-même.

La raison pour laquelle je suis n’est pas en moi. Il n’y avait aucune raison exigeant que l’existence me fût donnée. De même que durant toute une éternité je n’existais pas, de même j’aurais pu n’exister jamais. Dieu n’avait nul besoin de me créer.

PREMIÈRE SECTION

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