Déchéance
De bonne heure, le matin du Vendredi-Saint, le Grand Conseil se réunit de nouveau : car le jour seulement la sentence prononcée prenait force de loi. Le Grand-Prêtre renouvelle sa question, et encore une fois Jésus affirme qu’il est le Messie et le Fils de Dieu. La sentence est confirmée et le Grand Conseil tout entier se met en marche pour livrer Jésus au Gouverneur romain.
Nous ne pouvons comprendre à quel point le trajet fut pour Jésus une humiliation. Supposons que, dans une grande ville, on apprenne que, durant la nuit, un personnage très considéré a été arrêté pour crime de haute trahison et qu’on va le jeter en prison. De nos jours, tout se passe en silence afin d’éviter un attroupement. Mais les ennemis du Sauveur ne songent point à prendre cette précaution ; ils veulent le conduire à la mort comme en triomphant de lui. Pour le peuple tout entier,
TROISIÈME SECTION
Jésus est la personnalité la plus connue. Depuis quelques années, l’attention est fixée sur lui. La renommée de ses miracles et de son ministère s’est partout répandue. Il y a quelques jours à peine, il a fait son entrée solennelle dans Jérusalem, et la foule a acclamé en lui le Messie. Chaque jour, on parle de lui et l’on se demande si vraiment il est le Messie attendu. On sait aussi que les Grands- Prêtres ont ordonné à quiconque savait où il était, de faire connaître le lieu de sa retraite, afin qu’on pût l’appréhender. Et, en dépit de cet ordre, il a chaque jour enseigné dans le temple et fulminé des menaces contre les Scribes et les Pharisiens. Et tous brûlent de savoir ce qu’il adviendra du conflit entre Jésus et le judaïsme ofliciel.
Et voici que de bonne heure le bruit se répand que Jésus a été arrêté sur l’ordre du Grand Conseil, condamné à mort, et qu’on le conduit au Gouverneur pour qu’aujourd’hui même il soit crucifié. Toute la ville est en mouvement : chacun veut connaître l’issue de l’affaire. Dans les rues, sur les places, et jusque sur le toit des maisons, les spectateurs se pressent nombreux. Enfin, le cortège paraît. Quelques soldats lui ouvrent un passage à travers la foule. Voici les membres du Grand Conseil ; ils portent les insignes de leur dignité. On lit sur leur visage la joie d’avoir remporté la victoire, de tenir enfin en leur pouvoir leur adversaire détesté. D’un air triomphant, ils regardent autour d’eux et semblent dire : « Nous le tenons ! » Ensuite, vient le Sauveur, sous bonne garde, et chargé de liens, de crainte qu’il ne s’échappe ou que ses partisans ne le délivrent. Tous
LIVRÉ AUX PAÏENS
sont avides de le voir. Plusieurs hochent la tête et semblent inquiets. Ils ne peuvent comprendre ce dénouement et que Jésus renonce à user de sa puissance miraculeuse. D’autres répètent qu’ils avaient bien prévu. cette fin. Tous se disent : « Il est perdu !» — Et les uns voient en ce spectacle une imposture enfin démasquée ; les autres, une grandeur déchue. En toute hypothèse, aux yeux de la multitude, Jésus a perdu tout crédit.
Qu’en est-il de nous, lorsqu’on nous regarde de travers, lorsque nous apprenons qu’on nous juge défavorablement ? — Soyons satisfaits si nous ne sommes pas mieux traités que le Sauveur ne l’a été.