‹ La pensée directrice des exercicesChapitre 30 sur 52 · Bafoué comme un insensé · texte numérisé non relu

Bafoué comme un insensé

En dehors même de cette révoltante injustice, une autre circonstance rendait plus amer encore ce renvoi du Sauveur à Hérode. Le tétrarque était un viveur, dissolu, vulgaire, qui, répudiant sa femme, avait épousé celle de son frère, vivait avec elle, et donnait ainsi publiquement le scandale d’une union incestueuse. Sur la demande de la fille d’Hérodiade, il avait fait décapiter le fidèle précurseur de Jésus. Il avait entendu parler des miracles du Sauveur et depuis longtemps il désirait que Jésus opérât en sa présence quelque merveille de ce genre, — il aurait dit volontiers quelque « tour » de ce genre, Jésus n’étant pour lui qu’une

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sorte de mage indien. — Le voilà donc heureux ! On lui envoie Jésus ! Il s’empresse aussitôt de l’accabler de questions, mais surtout, il voudrait voir comment Jésus s’y est pris pour faire tel ou tel miracle dont on lui a parlé. Il suffit que le Sauveur dise ce dont il a besoin pour cela : Hérode le fera apporter aussitôt et il est toujours convaincu qu’au fond il s’agit d’un tour de passe-passe. Il ne voit pas plus loin, il n’a pas la moindre idée de la mission du Messie. Jésus garde le silence. Hérode parle, mais rien de ce qu’il dit ne se rapporte à la cause déférée à son tribunal. Les princes des prêtres et les scribes répètent leurs accusations contre Jésus ; Hérode évidemment n’y fait pas attention ; pour lui, une seule chose a de l’importance : il faut que Jésus opère un miracle pour lui. Voyant que le Sauveur ne daigne pas lui répondre, il s’irrite. Il s’attendait à ce que Jésus, pour se libérer, lui montrât quelque tour particulièrement intéressant. Dans ce but, il avait convoqué toute sa cour à la représentation. Dans son dépit, il fait par dérision revêtir Jésus comme un insensé qui s’imagine être roi : « Hérode avec sa cour, le méprisa et, le traitant avec dédain, le revêtit d’une robe blanche et le renvoya à Pilate. » (Luc, xxm, 11.)

Quelle méconnaissance chez Hérode, quel outrage pour Jésus ! Le Fils de Dieu, la sagesse éternelle, le Rédempteur du monde, est pris pour un prestidigitateur, pour un magicien, et il doit mettre sa toute-puissance au service d’un débauché afin de le distraire par un miracle ! — Et parce qu’il ne veut pas satisfaire ce caprice, on le traite comme un

TROISIÈME SECTION

insensé ! Il est dans la nature de l’homme de sentir • très vivement toute atteinte portée à son honneur. Nous ne pouvons souffrir de nous voir méconnus. Parfois, nous nous tenons pour offensés, parce qu’on omet de nous donner nos vrais titres en nous adressant la parole, de nous rendre extérieurement les hommages que nous croyons mériter ! Mais l’outrage fait à la grandeur véritable nous révolte toujours.

Comment ne pas s’indigner en lisant à quelles mains l’éducation du fils de Louis XYI, si délicat et élevé avec tant de soin, fut confiée par les chefs de la Révolution française ? Quel abaissement ! Plus indigne, certes, plus humiliante pour Jésus l’attitude d’Hérode !

Tandis que Jésus est conduit de nouveau à Pilate, tandis qu’il subit la flagellation, le couronnement d’épines, le crucifiement, Hérode invite ses courtisans, nous pouvons le supposer, à un joyeux festin ; il plaisante, il rit, il multiplie les traits d’esprit à l’adresse du pauvre fou qui aurait pu si facilement obtenir sa liberté, et qu’il a fallu punir de sa sottise ! — N’en va-t-il pas de même aujourd’hui ? Les gens de bien doivent souffrir, les méchants triomphent ! Ils rient, ils se moquent de ces « pieux imbéciles », qui se créent à plaisir une vie si amère ! Les prêtres, les religieux, sont bien souvent méconnus et l’on raille leur fidélité à leur vocation. — Regardons l’envers de la médaille : Où est Hérode maintenant ? Où est Jésus maintenant ? Si nous voulons être un jour avec Jésus, soyons satisfaits, soyons heureux de n’être pas mieux traités qu’il ne l’a été !

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