On lui préfère un meurtrier
Il faut cependant que Pilate prenne une décision. Il essaie à plusieurs reprises d’amener les Juifs à se désister de leur accusation. Comment croire qu’il ose aussitôt leur faire la proposition suivante ? De nouveau il se déclare convaincu de l’innocence de Jésus confirmée par Hérode, puis il ajoute : « Je vais donc renvoyer Jésus après l’avoir fait châtier » (Luc, xxm, 16). Comment un juge qui doit prononcer conformément au droit et à la justice, peut-il parler ainsi ? Il convient que les accusations ne sont pas prouvées, qu’elles se contredisent, qu’elles sont des mensonges, des calomnies, et, au lieu de punir de tels accusateurs, il permet, pour les contenter, que Jésus soit flagellé !
Quels seraient nos sentiments, si nous étions faussement accusés auprès de nos supérieurs ! Si nos supérieurs, après enquête établissant notre innocence, disaient : « Sans doute, vous êtes innocent. Assurément, les accusations sont fausses ; mais, pour contenter ceux qui vous veulent du mal, vous subirez une peine sensible. » Tout notre être protesterait contre une telle injustice ! Il va sans dire que jamais rien de semblable ne nous arrivera, mais Jésus a dû le souffrir. Et Jésus gardait le silence !
Si jamais nous avons, par suite de quelque injuste accusation, à souffrir d’une réprimande, d’une punition un peu sévères, soyons satisfaits, soyons heureux de n’être pas mieux traités que le Sauveur ne l’a été !
Tandis qu’il parle ainsi, une autre pensée semble
TROISIÈME SECTION
se présenter à Pilate. C’était la coutume qu’à l’occasion de la fête de Pâques, on accordât aux Juifs la grâce d’un prisonnier choisi par eux. Pilate s’est bien rendu compte que l’hostilité témoignée contre Jésus vient surtout des princes des prêtres et des scribes qui excitent le peuple. Il espère donc qu’en s’adressant au peuple, et en lui permettant de choisir entre Jésus et un dangereux meurtrier, la préférence sera donnée à Jésus. « Lequel voulez-vous que je vous délivre, leur dit-il, Barabbas ou Jésus ? » Le peuple, sans doute, va se révolter à la pensée de réclamer la mise en liberté d’un meurtrier, dont il a tout à craindre et dont l’arrestation lui a été un soulagement. Mais les ennemis de Jésus sont là, sur le qui-vive. Voici le moment décisif ! Ils se glissent dans la foule, ils excitent le peuple à réclamer Barabbas. Une seconde fois, Pilate demande : « Lequel des deux voulez-vous que je vous délivre ? » Et tous de crier : « Barabbas ! » — « Que ferai-je donc de Jésus, roi des Juifs ?» — « Qu’il soit crucifié!» — «Mais quel mal a-t-il fait ? Je ne trouve en lui rien qui mérite la mort.» — Et ils se mirent à crier plus fort, en disant : » Qu’il soit crucifié ! » (Matth., xxvii, 15, 24. Luc, xxm, 13-23.)
Il peut arriver que d’autres nous soient préférés, qu’on leur attribue une charge, une situation que nous aurions désirées pour nous-mêmes et que nous nous estimons capables de remplir ; que d’autres soient honorés, respectés, docilement écoutés, alors qu’on nous laisse à l’écart. Qu’est cela en comparaison de ce que Jésus a souffert ? — Il peut également arriver que d’autres soient de parti pris
LIVRÉ AUX PAÏENS
contre nous, cherchent à nous nuire, à nous desservir. — Soyons satisfaits, soyons heureux de n’être pas mieux traités que le Sauveur ne l’a été.