Flagellé comme un esclave
Avec l’espoir peut-être de porter sur un autre point l’attention de la foule et de la détourner de réclamer le crucifiement, Pilate fait de la flagellation une peine distincte de la mise en croix. Et il ordonne qu’on y procède aussitôt. — Les évangélistes se contentent de mentionner le fait, tout le monde sachant en quoi consistait un châtiment qu’ils s’abstiennent de décrire. Les auteurs païens de l’époque entrent dans les détails.
Un citoyen romain ne pouvait être soumis à la flagellation ; elle était réservée aux esclaves, qui redoutaient cette peine plus que toute autre, et aux malfaiteurs qui avaient, par l’énormité de leurs crimes, perdu tout droit à un traitement humain. — La victime, dont le dos était préalablement mis à nu, se voyait liée à une colonne et mise ainsi dans l’impossibilité de détourner les coups. Les bourreaux, — quatre soldats, davantage parfois — ■frappaient alors à coup sûr. On choisissait de préférence des soldats particulièrement robustes, qui, d’un naturel grossier, s’acquittaient impitoyablement de leur fonction. Nous pouvons juger de la barbarie des bourreaux de Jésus par le fait du couronnement d’épines qui suivit. Tout sentiment de pitié leur était inconnu. — Pour la flagellation, on employait des lanières de cuir, réunies en manière de fouet et garnies de fragments d’os, de petits
TROISIÈME SECTION
crochets, de pointes aiguës, de chaînettes. — Le nombre de coups n’était pas fixé par la loi. A l’officier chargé de présider au supplice Pilate avait sans doute recommandé que Jésus fût mis dans un état qui permit aux Juifs de comprendre que leur ennemi cessait désormais d’être à craindre. — Rupture des tissus, déchirure des chairs, broiement des os, tels étaient les effets de la flagellation. Plus d’une fois, le supplicié succombait.
La flagellation, dans toute sa rigueur, est appliquée à Jésus. Il tremble, il frissonne tandis qu’on le conduit à la colonne, qu’on le dépouille de ses vêtements jusqu’à la ceinture. Il se voit lié et dans l’impossibilité de faire le moindre mouvement, de se défendre. Alors sur ses saintes épaules tombe le premier coup lourdement frappé. Jésus tressaille. Aussitôt un second coup, puis un troisième, puis sans interruption, sans pitié, les bourreaux frappent. Bientôt le dos tout entier est meurtri ; puis il se déchire, le sang jaillit, coule, et le corps tout entier se tord dans la souffrance et le Sauveur gémit. Comment nous représenter ces tortures ?
Jésus devait expier nos fautes de sensualité, les péchés de la chair. — Demandons-lui de nous pardonner tout ce que nous avons à nous reprocher sur ce point et qu’il a dû expier si cruellement pour nous. Chacun de nous doit se dire en vérité : « C’est pour moi que Jésus a été flagellé ! » — Prenons la résolution de traiter notre corps avec une sainte et prudente fermeté, d’éviter toute sensualité, toute délicatesse exagérée, afin de n’être jamais exposés à pécher contre la sainte vertu, en renouvelant pour le Sauveur le supplice de la flagella-
LIVRÉ AUX PAÏENS
tion. Nous devons en outre imposer quelque souffrance à ce corps dont Jésus a expié les fautes à un tel prix ; nous devons ainsi prendre du moins quelque part aux souffrances qui ont été les siennes à la colonne de la flagellation.