‹ La pensée directrice des exercicesChapitre 33 sur 52 · Le couronnement d'épines · texte numérisé non relu

Le couronnement d'épines

L’officier a donné l’ordre de cesser la flagellation. Les soldats déposent les fouets, détachent Jésus de la colonne et le conduisent dans la cour. Un certain temps s’écoule encore avant qu’il soit ramené devant Pilate, et les soldats l’emploient à donner libre cours à leur insolence et à leur grossièreté. Peut-être sont-ils dépités que la victime n’ait point protesté sous leurs coups, comme cela arrivait parfois, qu’il n’ait pas jeté des cris ni demandé pitié. Il a tout supporté avec un calme imposant. Ils savent aussi qu’il s’est donné le titre de roi, ils croient que le supplice n’a pas eu raison de lui, qu’il s’imagine toujours être roi. Ils veulent le désabuser, l’abaisser. Par moquerie, ils feront de lui un « roi ». Jésus est installé sur un escabeau ; on jette sur ses épaules un vieux manteau d’officier, un roseau lui sert de sceptre. Mais il manque une couronne ! Quelques-uns sortent et se mettent en quête d’en trouver une. Ils reviennent portant des branches d’arbrisseau hérisser de longues épines. On en tresse une couronne qu’on lui place sur la tête en l’enfonçant le plus possible. Ils convoquent alors d’autres soldats du poste pour lui rendre hommage. Ils se mettent en rang et, sur un signal donné, crient tous ensemble : « Salut à toi, roi des Juifs ! »

TROISIÈME SECTION

Puis, avec des éclats de rire, ils défilent devant lui, lui crachent au visage, s’emparent du roseau et frappent sur la couronne afin que les épines pénètrent plus profondément encore dans la tête déjà si sensible ; de mille manières vulgaires ils bafouent le roi imaginaire.

Et Jésus permet ces affronts, ce nouveau supplice. Il ne se défend point ; il s’enferme dans le silence. Le Père céleste veut qu’il expie l’orgueil des hommes qui se plaisent à marcher la tête haute sans vouloir s’incliner devant la volonté de Dieu, s’attribuent une grandeur imaginaire, veulent être honorés, respectés, rejettent toute autorité, revendiquent une pleine et entière liberté pour agir à leur gré sans se soucier de Dieu, de l’Église, des parents. Et voilà Jésus, l’Autorité suprême, le Roi de tous les rois, le Juge du monde, le Dieu infini, le voilà moqué, bafoué, et il se laisse traiter de la sorte par ses créatures qui l’accablent des pires outrages ! — Comment concilier avec l’exemple de notre Guide couronné d’épines le désir de se mettre en avant, d’être honoré, de faire figure devant le monde ? Nous sommes les membres du corps mystique du Sauveur ; nous devrions avoir honte d’être traités autrement et mieux qu’il ne l’a été. Réjouissons-nous s’il nous est du moins donné d’avoir quelque part aux outrages subis par notre Maître !

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