‹ La pensée directrice des exercicesChapitre 35 sur 52 · Il mérite la mort · texte numérisé non relu

Il mérite la mort

Pilate est déçu. Il est irrité : sa dernière tentative a échoué ! Il a manqué de décision et capitulé devant les Juifs ; il voit que ses concessions le mettent dans l’impossibilité de reculer. Cependant, il a horreur de commettre un meurtre judiciaire et il recourt à des moyens qui, d’avance, sont condamnés à demeurer sans effet, parce qu’ils révèlent en lui l’embarras bien plus qu’une volonté sérieuse de prendre des mesures énergiques.

« Prenez-le vous-mêmes et crucifiez-le, dit-il en colère aux Juifs, car pour moi je ne trouve en lui aucun crime ! » Il ne peut s’attendre à ce qu’ils le fassent, puisque les Juifs ne pouvaient condamner Jésus au crucifiement. Les Juifs lui répondirent : « L’exercice de la haute justice criminelle nous a été retiré ; nous ne pouvons le crucifier. Mais vous êtes le Gouverneur et votre devoir est de faire observer nos lois. Nous avons une loi et d’après notre loi, il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu ! » (Jean, xix, 6, 7.)

Pilate devient inquiet. Déjà l’attitude de Jésus, son calme, sa dignité, ses paroles, ses réponses fermes et précises l’ont surpris. Assurément Jésus n’est point un homme ordinaire. Et tandis que Pilate réfléchit ainsi, sa femme lui envoie dire : « Ne vous embarrassez point dans l’affaire de ce juste, car j’ai été aujourd’hui extrêmement tourmentée dans un songe à cause de lui » (Matth., xxvii, 4).

Pilate alors rentre dans le prétoire. On lui amène Jésus. « D’où êtes-vous ? » lui demande-t-il. Mais

LIVRÉ AUX PAÏENS

Jésus garde le silence. Pilate ne méritait plus une réponse. Bien que convaincu de l’innocence du Sauveur, il l’a livré à la flagellation, prouvant ainsi qu’il n’avait pas le sens du droit et de la justice. Le silence de Jésus le surprend. « Vous ne me répondez point ? dit-il. Ne savez-vous pas que j’ai le pouvoir de vous faire attacher à une croix et que j’ai le pouvoir de vous délivrer ? » Jésus le regarde sévèrement et lui dit : « Vous n’auriez aucun pouvoir sur moi, s’il ne vous avait été donné d’en haut, par celui devant lequel vous êtes responsable. Or, l’abus du pouvoir est un péché ! Cependant, ceux qui m’ont livré à vous sont coupables d’un bien plus grand péché. » Ces paroles jettent l’effroi dans le cœur de Pilate. Il s’attendait à voir Jésus réduit à l’impuissance après la flagellation et le couronnement d’épines. En apparence la figure qu’il avait devant lui était pitoyable. Et maintenant, malgré ce corps brisé, quelle dignité, quelle majesté dans la parole ! Un homme ordinaire, surtout dans une telle situation, ne s’exprime pas ainsi. Au lieu de se défendre ou de solliciter sa grâce, Jésus accuse Pilate et lui reproche sa faute !

« ...Dès lors, Pilate, de plus en plus bouleversé, cherchait un moyen de le délivrer » (Jean, xix, 12).

Quittant le prétoire, il revient aux Juifs pour traiter avec eux. Mais les Juifs sentent qu’il faut en finir. « Si vous délivrez cet homme, vous n’êtes point ami de César, car quiconque se fait roi se déclare contre César! » (Jean, xix, 12.) — Pilate prend peur. Encourir la disgrâce de César ? perdre sa place, sa fortune, peut-être se voir banni ? Non ! à aucun prix et, malgré tout, plutôt commettre

TROISIÈME SECTION

une injustice ! il n’y a plus qu’une chose à faire, s’il ne veut pas risquer sa propre situation, il faut condamner Jésus : « Je ne puis faire autrement, se dit-il, il doit en être ainsi. » Alors, il prend place sur son tribunal et tente bien faiblement de montrer aux Juifs qu’ils ont tort d’insister. D’un geste il indique Jésus : « Voilà votre roi !» — Il veut dire : « Regardez-le ! Peut-il jamais songer à se faire roi ? » Mais ils se mettent à crier : « Otezle, ôtez-le du monde. Crucifiez-le !» — « Crucifierai-je votre roi? » (Jean, xix, 14, 15.) Pauvre réponse de Pilate ! Au fond, il cherche à calmer sa conscience qui proteste contre l’injustice d’une condamnation, et il songe de nouveau à un expédient dont il n’y a rien à attendre, au point où en sont les choses, mais qui exaspérera plutôt davantage les Juifs. Saint Jean le fait remarquer : ce sont les princes des prêtres qui, maintenant répondent : « Nous n’avons point d’autre roi que César ! » Ainsi le judaïsme officiel rejette tout Messie, renie le passé tout entier et la mission spéciale du peuple choisi ! La haine contre le Messie envoyé par Dieu est à son comble.

Par une vaine cérémonie, Pilate cherche à se purifier de sa faute. « Et, se lavant les mains devant le peuple, il leur dit : « Je suis innocent du sang de ce Juste ; ce sera à vous à en répondre. » — Et tout le peuple s’écria : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! » (Matth., xxvii, 24, 25.) Et la sentence est prononcée dans la forme habituelle : « Ibis ad crucem ! Lictor , para crucem ! — Tu iras à la croix ! Licteur, prépare la croix ! »

Et Jésus accepte la sentence qui le condamne

l’exécution

et il garde le silence : le Père céleste le veut ainsi. Et Jésus est là, chargé des péchés de tous les hommes. Il s’en est rendu responsable ; il a pris sur lui les nôtres, nos péchés à nous ; il a voulu les expier à notre place. Il les a, en vérité, payés de sa mort pour que nous n’ayons pas à les payer. — * Si nous songeons que c’est nous qui, en réalité, avons mérité la peine dont il s’est chargé comme notre représentant, quelle ne doit pas être notre humilité et comment nous plaindre, comme si nous ne méritions pas telle ou telle épreuve ? Jamais nous ne pourrons être traités trop durement. Que s’il nous arrive d’être condamnés ou punis injustement, disons et répétons : Soyons heureux de n’être pas mieux traités que le Sauveur ne l’a été.

L’exécution

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