Ecce venio ! Me voici. Je suis prêt
Le cortège est parvenu au Golgotha. Aussitôt commencent les préparatifs de l’exécution. Représentons-nous de quelle manière on procédait habituellement à la mise en croix.
Il semble bien certain que, d’abord, on plantait solidement la croix dans le sol en la calant : il eût été très difficile de le faire en la redressant après que le supplicié y aurait été attaché. L’expression
« ascendere ad crucem , — monter sur la croix », en usage à cette époque, l’indique clairement. Nous pouvons également supposer qu’au milieu de l’arbre de la croix, quelque appui était disposé, sur lequel le condamné à demi assis devait prendre place ; sans quoi, le poids du corps aurait déchiré les mains. Probablement, le supplicié, une fois élevé ou hissé sur la croix, y était lié, et alors seulement on l’y clouait.
Les soldats, accoutumés à la vue du sang et ne connaissant pas la pitié, accomplissaient leur tâche brutalement. — Le condamné était, précisément au moment de l’exécution, étroitement lié, de crainte qu’il ne pût s’échapper. — Nous pouvons maintenant nous mieux représenter le crucifiement de Jésus.
Le cortège n’est pas plutôt arrivé aü Golgotha que les soldats barrent les abords du lieu du supplice, afin de prévenir tout désordre. La croix est déposée à terre ; on creuse un trou. La croix y est fixée. Pendant ce temps, les soldats dépouillent Jésus de ses vêtements. Sans égards, ils arrachent la tunique que le sang coagulé attache aux épaules et au dos. On admet d’ordinaire que la couronne d’épines lui a été laissée. Tel est bien le diadème qui, en ce moment, sied à Jésus ! Dieu, maudissant la terre, avait dit qu’elle produirait pour l’homme des ronces et des épines ; la malédiction est levée maintenant que le Sauveur la prend sur lui. — Et Jésus est ainsi exposé aux regards d’une foule dont au moins une partie contemple avec une joie diabolique sa lamentable personne. Il voit se dresser cette croix qui, bientôt, le recevra entre ses bras horribles.
l’exécution
Des âmes compatissantes, peut-être les femmes qui ont accompagné Jésus sur le chemin du Calvaire, lui présentent un vin très capiteux mêlé de myrrhe qui devait le rendre moins sensible aux tortures du crucifiement ; il ne veut point le refuser, il y trempe ses lèvres, mais sans vider la coupe. Il veut, sans aucun adoucissement, goûter en pleine conscience les cruelles souffrances qui l’attendent.
L’heure suprême de la \ie de l’Homme-Dieu, l’heure la plus solennelle de l’histoire, est venue. L’œuvre la plus grande, la plus sublime que le ciel et la terre aient jamais contemplée, va se consommer. Afin de nous en convaincre, jetons un regard en arrière sur les vérités que nous connaissons déjà.
Dieu avait créé l’homme uniquement en vue de sa propre gloire. En ce monde, le devoir de l’homme était de reconnaître la souveraineté de Dieu par le sacrifice du don de soi-même à la volonté divine. Ainsi l’homme serait, pour l’éternité entière, un témoignage rendu à l’amour infini du Seigneur. Le plan primitif de la création avait été ruiné par le péché. Adam et Eve avaient refusé le sacrifice demandé. Ils n’avaient pas rendu à Dieu la gloire qui lui appartient : le ciel nous avait été fermé. — La chute de nos premiers parents offrait à Dieu la possibilité de manifester son amour infini d’une manière encore plus grandiose. Son Fils se fera homme, pour expier par son obéissance la faute des premiers parents, réparer l’outrage fait à la gloire de Dieu, nous ouvrir de nouveau le ciel. Avec une soumission toute filiale, Jésus s’est incliné devant la volonté du Père. « Me voici, je viens pour
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accomplir votre volonté ! » a-tul dit en entrant dans ce monde. Et maintenant le sacrifice doit se consommer !
Jésus a pleine conscience de la portée et de la valeur de ce moment. Il lève les yeux vers son Père et il renouvelle son offrande. « Père, je suis prêt, je m’incline devant votre sainte volonté, car l’unique chose nécessaire, l’œuvre la plus grande, la plus excellente, consiste à glorifier votre saint Nom. Telle est votre grandeur que tout le reste n’est rien en comparaison. Il importe peu que moimême, Homme-Dieu, je sacrifie tout, que mon corps soit martyrisé, pourvu que votre volonté soit faite. Mon Père, je suis prêt ! Agréez le sacrifice de ma soumission pour l’expiation du refus opposé par les hommes au sacrifice que vous leur demandiez. Je me fais leur répondant. J’accepte le châtiment qu’ils méritaient. Je l’accepte afin que vous leur pardonniez et leur ouvriez le ciel. Me voici devant vous en qualité de représentant des hommes, pour vous rendre hommage, vous reconnaître comme le souverain Maître et Seigneur, dans la mesure qui convient à votre divine Majesté. En considération de mon obéissance, pardonnez-leur d’avoir désobéi et accueillez-les de nouveau comme vos enfants. Je vous supplie en leur nom. Pour eux, je me sacrifie. Père, que votre volonté soit faite ! Je suis prêt ! !
Jamais les bourreaux n’ont vu victime aussi docile que Jésus. Il 11e se défend point, ainsi qu’il arrive sans doute souvent. Il ne cherche point à leur échapper. Il ne prononce aucune de ces paroles que les bourreaux entendent à l’heure du
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supplice. Il leur obéit docilement, monte sur la croix, repose son corps sur le support destiné à le soutenir, étend les bras. Les bourreaux le lient solidement à la Croix, prennent les clous et le marteau, enfoncent à grands coups les clous dans les mains et les pieds pour les fixer au bois de la croix. Ils détachent les liens qui maintenaient le corps... et Jésus resta attaché à la Croix. Il éprouve maintenant, il sent tout ce à quoi il s’est déclaré prêt, et les souffrances grandiront de minute en minute. Mais il renouvelle son offrande et il répète : « Père, je suis prêt ! Que votre volonté soit faite ! »
Lorsque nous prenons la résolution de nous déclarer prêts à telle ou telle chose, n’oublions pas que tout n’est point fini. Ce qui importe, c’est de passer à l’exécution. En réalité, il en va tout autrement que nous ne l’avions imaginé. Au cours des Exercices ou dans la méditation, tout nous semblait aisé, tout allait de soi-même, nous serions capables des résolutions les plus difficiles. Nous pouvons même aller plus loin et nous figurer que nous avons déjà grandi en perfection parce que nous avons formé des désirs aussi héroïques, et nous avons dit, dans notre joie : « Ecce venio ! Me voici, je suis prêt ! » — Mais lorsqu’il s’agit d’accomplir nos résolutions, il est à craindre que nous ne soyons plus « prêts ». Ce qui nous semblait si facile, presque naturel, nous paraît maintenant difficile, intolérable, impossible. Nos dispositions ne sont plus les mêmes. La cause principale de ce désarroi, la voici : nous ne sommes pas assez pénétrés des vérités sur lesquelles nous fondions nos résolutions. Notre façon >de penser, de comprendre les choses, n’est pas encore
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suffisamment surnaturelle. Nous jugeons trop du point de vue naturel, et même d’après la nature inférieure. Nous agissons conformément à nos idées. Nos meilleures résolutions risquent de nous être peu utiles si nous ne gardons pas vivant en nous l’esprit qui les a inspirées, si nous ne ranimons pas en nous cet esprit. Il faut donc chaque jour avoir présentes à notre pensée les grandes vérités de la vie, par exemple, dans la prière du matin, en nous rappelant que nous avons été créés uniquement pour glorifier Dieu par le sacrifice du don de nousmêmes, en nous inclinant devant sa volonté. La sainte Messe nous mettra en présence de cette même vérité; à l’exemple du Sauveur, nous obéirons à la volonté du Père céleste. En contrôlant notre conduite, la première question à nous poser doit être celle-ci : « Nous sommes-nous, en tous nos actes, proposé d’accomplir la sainte volonté de Dieu ? Alors nous pouvons espérer que notre vie tout entière est la mise en pratique de notre résolution : « Ecce venio ! »