I. — Revirement
«.Tout est consommé », avait dit le Sauveur mourant. La mission que le Père lui avait confiée était remplie. En obéissant jusqu’à mourir sur la croix, il avait rendu au Père une gloire incomparable en vue de laquelle Dieu se déclarait prêt à pardonner à tous les hommes leurs péchés et à leur ouvrir de nouveau le ciel. Le temps durant lequel Jésus devait glorifier Dieu par le sacrifice du don de lui-même, s’était écoulé. Désormais, il doit agir d’une autre manière et, par sa propre glorification, il révèle, il glorifie dans l’éternité l’amour infini du Père.
Il n’était pas dans les intentions de Dieu que esus fût glorifié aussitôt après sa mort. La mort et la résurrection du Sauveur devaient être irréfutablement attestées. Mais, avec la mort de Jésus, le changement, le revirement avait commencé. Tandis que jusqu’ici le Père avait, pour ainsi dire, abandonné Jésus au caprice de ses ennemis, il intervient maintenant. Sur son ordre, la terre tremble, les rochers se fendent, les tombeaux s’ouvrent, les morts ressuscitent et viennent dans la
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ville sainte (Matth., xxvii, 52, 53). Le voile qui sépare du sanctuaire le Saint des saints, se déchire du haut en bas, en sorte qu’on peut voir le Saint des saints. Dieu voulait montrer par là que l’alliance ancienne était rompue et que désormais il n’habiterait plus dans le temple.
Alors Dieu déjoue l’intention des Juifs, qui méditent un nouvel outrage à l’adresse de Jésus. Ils vont trouver Pilate et le prient d’ordonner que l’on rompe les jambes des crucifiés à coups de massue, afin que les corps ne demeurent pas attachés à la croix le jour du sabbat, parce que ce jour est une grande fête (Jean, xix, 31). — Dieu ne permet point que les os de Jésus soient brisés. Lorsque le centurion reçoit cet ordre, Jésus est déjà mort. Il n’est donc pas besoin d’outrager son corps. Mais, pour s’assurer sans aucun doute possible de la réalité de la mort, un des soldats perce le côté de Jésus avec une lance ; Dieu veut que le cœur du Sauveur soit ouvert. Et les dernières gouttes de ce sang précieux, versé pour nous, s’écoulent du Cœur sacré, et ce divin Cœur est ouvert à tous les hommes ! L’immense amour du Rédempteur, pouvait-il se révéler d’une manière plus touchante ? Et si le corps est sur la croix les bras étendus c’est pour nous montrer qu’il nous tend les bras et que son Cœur nous reste ouvert.
L’intention des Juifs était sans doute que le corps de Jésus fût jeté en terre avec les corps des larrons. Là encore, Dieu intervient. Il inspire à Joseph d’Arimathie la pensée de réclamer pour lui le corps de Jésus et de l’ensevelir avec l’aide de Nicodème. — Rien n’arrive sans la permission de
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Dieu. Ses ennemis ne peuvent rien faire qu’il ne le permette dans sa sagesse. Bien plus, il se sert d’eux pour réaliser ses desseins. C’est Jésus qui reste vainqueur sur le Golgotha, et non ses ennemis. Ils voulaient le perdre et ruiner à jamais son œuvre, et, loin d’atteindre leur but, ils rendent au Sauveur un vrai service : par leur aide, Jésus achève la mission de sa vie qui est de rendre à Dieu la plus grande gloire possible et de racheter le genre humain. Aussi longtemps que ses intentions le demandent, Dieu leur permet de traiter Jésus comme ils le veulent ; mais aussitôt que, par la mort de Jésus, son œuvre est terminée avec le secours de ses ennemis, il leur rappelle avec majesté son ordre : « Jusqu’ici, mais non pas plus loin ! »
Lorsque, le lendemain matin, les Juifs apprennent que Pilate a fait remettre le corps de Jésus à Joseph d’Arimathie, et que Joseph lui a donné une sépulture honorable, ils placent, afin de prévenir toute fraude, des gardes autour du tombeau dont ils scellent la pierre. Dieu se sert de ces précautions elles-mêmes pour accomplir ses desseins. En effet, toute fraude devenait impossible, et la résurrection de Jésus serait irréfutablement attestée.
Soyons donc bien intimement convaincus que, dans notre vie, rien n’arrive que Dieu ne le sache et ne le permette. Rien ne peut nous atteindre sans sa permission. Il est tout-puissant et il connaît mille moyens de tout diriger et disposer connue il lui paraît bon. Personne ne peut rien contre nous, s’il ne le permet. Aujourd’hui encore, il sait se servir des attaques de ses ennemis pour réaliser
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ses desseins. Nous devons avoir en lui une confiance filiale et, sans limites, nous en remettre entièiernent à sa Providence.
IJ. — La résurrection de Jésus
Au matin du troisième jour, soudain la terre tremble. Les gardes du tombeau sont saisis d’épouvante. Comme un éclair, une vive lueur les éblouit et passe au milieu d’eux ; ils reculent en chancelant. Ils aperçoivent alors une forme brillante qui s’approche du tombeau, en renverse sans effort la pierre, et s’asseoit sur cette pierre : « Ils sont tellement saisis de frayeur qu’ils sont comme morts » (Matth., xxviii, 4). Lorsqu’ils reviennent à eux, l’Ange a disparu. Ont-ils donc rêvé ? Le sépulcre ouvert leur prouve qu’ils ne se sont point trompés. Ils pénètrent dans le tombeau. Le corps de Jésus n’y est plus. Ils se hâtent d’informer les princes des prêtres de ce qui s’est passé.
Qu’est-il donc arrivé ? L’âme de Jésus s’était réunie à son corps. Au même instant, les blessures, à l’exception des plaies qu’il voulait conserver, s’étaient fermées ; ce corps brisé, incapable de vie, s’était ranimé et Jésus sortait du tombeau, s’élevait dans les airs et laissait aux anges ses serviteurs le soin d’annoncer sa résurrection à l’humanité.
Quelle transformation ! Au lieu de l’impuissance, la puissance sans limites ! Au lieu des outrages, la glorification ; au lieu des souffrances, la plénitude surabondante des joies ! — La résurrection d’un mort est le miracle le plus grand qui puisse se concevoir. Nulle force créée ne peut donner la vie à
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la matière inanimée. De plus, c’est en un seul instant que le corps du Sauveur retrouve la vie pleine et entière et dans l’exercice de tous ses actes. Mais ce qui fait de sa Résurrection le miracle des miracles, c’est qu’elle s’opère par sa propre puissance et qu’en outre il ressuscite à une vie nouvelle, à la vie glorieuse. Dans cet état nouveau, le corps n’est plus soumis aux lois de la nature ; il ne peut plus souffrir ; c’est pour jamais le sentiment de la santé, de la force ; enfin il brille d’un éclat céleste. — Déjà en tant qu’Homme-Dieu et par son sacrifice, Jésus avait droit à la plus grande glorification possible ; maintenant la divinité pouvait libre-, ment et sans réserve lui prodiguer cette gloire. Toute parole humaine est impuissante à se représenter une telle magnificence.
Les effets de cette glorification sont plus admirables encore et plus consolants pour l’âme de Jésus. Il n’est plus de souffrance pour elle, plus d’angoisse, de trouble. Il voit dans son ensemble l’œuvre de la Rédemption, ses résultats pour Dieu et pour les hommes. Il a rendu au Père une gloire au-dessus de toute gloire. Aux hommes il a ouvert le ciel qui leur était fermé ; il leur a acquis par ses mérites le paradis de l’Église avec le trésor de ses grâces. Ses regards ne connaissent pas les limites du temps et de l’espace. Il voit quelles bénédictions, quel bonheur, quelle confiance il apportera à l’humanité. Et son cœur est dans une joie immense, et il se dit : « Tout cela est mon œuvre, le fruit de ma mort sur la croix. Sans moi, il n’y aurait que ténèbres, misère, désespoir !
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