III. — Ascension de Jésus
Conformément à la volonté du Père, Jésus devait, après sa Résurrection, rester quarante jours encore sur la terre, afin de confirmer davantage la foi en cette résurrection, et de prendre ses dernières dispositions relativement à son Eglise. — Enfin, le jour vient où il doit monter au ciel. Pour la dernière fois, le Maître est entouré de ses disciples et il les conduit au Mont des Oliviers. C’est le même chemin qu’il a parcouru avec eux avant sa Passion. Maintenant tout est passé. Parvenu au Mont des Oliviers, il les lève yeux vers le ciel, il prie, il étend les mains pour bénir ses disciples et soudain, il s’élève de terre, disparaît peu à peu à leurs regards, jusqu’à ce qu’une nuée brillante le dérobe entièrement à leur vue. — Essayons de découvrir ce qui se passe et que les yeux terrestres ne peuvent percevoir.
Les âmes des saints de l’Ancien Testament se rassemblent autour du Rédempteur. Avec lui, elles entreront dans le ciel. L’armée des anges l’escorte et l’acclame, saluant en lui le vainqueur du Golgotha, le Lion de la tribu de Juda, le roi de gloire, le Fils de Dieu. — Nous lisons parfois l’accueil réservé aux Chefs d’État lorsqu’ils font leur entrée solennelle dans leur capitale. Toute cette pompe, tous ces honneurs ne sont rien auprès de la gloire céleste et ne nous permettent même pas de nous représenter ce que peut être cette fête du ciel. Au milieu des chants exécutés par les innombrables chœurs des anges, Jésus s’élève, et pour la première fois l’ Homme-Dieu paraît devant le trône de Dieu.
GLORIFICATION DE JÉSUS
Sans doute, il répète ces paroles de sa prière sacerdotale : « Père, je vous ai glorifié sur la terre ; j’ai achevé l’ ouvrage dont vous m’aviez chargé. Et vous, mon Père, glorifiez-moi maintenant en vousmême, de cette gloire que j’ai eue en vous avant que le monde fût » (Jean, xvii, 4, 5).
Et le Père remercie profondément le Fils de la gloire qu’il lui a rendue et il F fait asseoir à sa droite. Et maintenant, dans la majesté et la gloire de Dieu, règne le Sauveur, ce Jésus qui, sur la terre, a été d’abord méconnu, méprisé, rejeté, puis persécuté, maltraité, blasphémé, flagellé, couronné d’épines, crucifié !
Réjouissons-nous de tout cœur avec lui. De même que les sœurs de Lazare étaient dans la joie lorsque leur frère, ressuscité par Jésus, leur fut rendu, ainsi réjouissons-nous de tout cœur de voir notre Guide, qui, par amour pour nous, a tant souffert, triompher maintenant dans la plénitude de la gloire. Soyons fiers de notre Chef : il a accompli l’œuvre la plus noble, la plus grande de toutes. C’est une cause glorieuse que nous servons. Il manque encore une chose à sa victoire. Il appartient aux membres de son corps mystique de lui donner ce complément. Il a remporté la victoire par une soumission parfaite à la volonté du Père, nous devons donc triompher comme il a triomphé lui-même. En marchant à sa suite, nous ne pouvons succomber. A son exemple et avec son aide, nous pouvons, nous aussi, accomplir l’acte le plus noble et le plus grand dont la création entière soit capable... nous pouvons le glorifier par une soumission sans réserve à la volonté de Dieu !
QUATRIÈME SECTION
Les apparitions de Jésus ressuscité
A peine Jésus est-il ressuscité, à peine jouit-il pour la première fois des qualités des corps glorieux, que déjà il veut, dans la mesure conforme aux intentions de Dieu, faire partager à sa Mère qui, en qualité de corédemptrice, s’est associée à son sacrifice, la récompense due à sa parfaite soumission. Bien que la Sainte Écriture ne dise point qu’il apparût à sa Mère, nous pouvons en avoir la certitude.
La douleur de Marie s’est calmée avec la mort de Jésus. Elle sait que son Fils ne souffre plus ; elle croit fermement qu’il ressuscitera le troisième jour, comme il l’a prédit. Les artistes, il est vrai, se plaisent à représenter la Mère des douleurs, serrant sur ses genoux le corps de son Fils. Sans doute, alors, elle a beaucoup souffert, en voyant les traces affreuses des mauvais traitements subis. Qu’en sera-t-il après la résurrection ? Mais ce n’est point alors que la douleur a été à son comble : c’est lorsqu’elle le voyait cloué sur la croix et qu’elle était dans l’impossibilité de le soulager ou de lui venir en aide. Nous ne pouvons pas davantage nous la représenter rentrée à Jérusalem après l’ensevelissement, et se plaignant, se lamentant que tout fût perdu. Ici encore, nous pouvons lui appliquer la parole : « Vous êtes heureuse, parce que vous avez cru ».
Marie passe le reste de la journée et le Samedi Saint dans la solitude et le recueillement ; elle songe à tous les événements de sa vie, depuis la salutation
de l’Ange à Nazareth, jusqu’à la mort de Jésus. Elle sait à quoi elle s’était déclarée prête en répondant : « Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole ! » Et toujours elle renouvelle cette pleine soumission à la volonté de Dieu, qui a permis toutes ses souffrances. Maintenant c’est fini ! Elle est convaincue qu’au troisième jour, il ressuscitera.
De même qu’en la nuit de Noël, elle attendait dans l’ardeur de son cœur la naissance de son enfant, de même elle attend aujourd’hui le moment où elle le verra après sa résurrection. Soudain, dès le matin du jour de Pâques, la terre tremble. Un pressentiment joyeux lui dit que la merveille s’est opérée. Et déjà Jésus est là devant elle. Toute trace des souffrances endurées a disparu, à l’exception des cinq plaies. Il est rayonnant de gloire et de bonheur. En faut-il davantage à une mère pour être pleinement heureuse ?
Jésus veut démontrer la réalité de sa Résurrection à ses apôtres puisqu’il leur confiera son œuvre entière. Il se trouve en présence de difficultés, que nous ne devons pas oublier. Sa condition n’est plus la même qu’auparavant : c’est l’état glorieux, chose entièrement nouvelle ; tout est changé. Sans doute, sur le Thabor, il s’est montré à trois de ses apôtres, dans sa gloire, mais ils n’en ont aperçu l’éclat et ne l’ont vu planer au-dessus du sol, que d’une façon momentanée, tandis que maintenant cet état glorieux est définitif. Maintenant, s’il cache la splendeur de son corps ressuscité, c’est seulement aux regards des hommes, qui ne pourraient en
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soutenir l’éclat. Mais d’autres propriétés de l’état de gloire se manifestent : soudain, il apparaît et disparaît, il entre et il sort à travers les murs. Au début, les apôtres ne comprennent pas ces merveilles. Ils ont vu Jésus ressuscitant des morts, et ces ressuscités reprenaient dans la vie leur manière d’être antérieure. Lorsque ceux auxquels Jésus apparut d’abord, annoncèrent aux autres que le Maître était ressuscité et s’était montré à eux, ils durent certainement demander : <( Où est-il maintenant ? » Apprenant qu’il avait soudain disparu, ils hochèrent la tête en signe d’incrédulité.
Ces difficultés provenant de la faiblesse humaine, assurément Jésus aurait pu les écarter par des lumières surnaturelles ; mais telle n’était pas son intention. Il veut attester pour tous les siècles la vérité de sa résurrection, et le meilleur argument est précisément le fait que les apôtres ne crurent point au témoignage des autres avant d’être, par la constatation évidente de la réalité, convaincus au point de fonder toutes leurs prédications en cette vérité et de l’affirmer jusqu’à donner leur vie pour la défendre. Voilà pourquoi Jésus n’apparaît pas en premier lieu aux apôtres ; fidèle à son plan bien déterminé, il cherche à les habituer aux conditions de sa vie nouvelle, qu’ils se refusaient d’abord à reconnaître, jusqu’à ce qu’ils en restent définitivement convaincus par le témoignage de leurs yeux.
Durant la vie publique de Jésus, quelques femmes suivaient le Maître pour subvenir à ses besoins matériels et à ceux des apôtres. Lorsqu’il était attaché à la croix, elles étaient restées près de lui,
puis elles avaient assisté à sa sépulture. Tristes, elles étaient rentrées à Jérusalem. Malgré les prédictions de Jésus, elles n’avaient point compris la Passion et croyaient que l’œuvre du Maître était perdue. Obéissant à un sentiment de vénération et d’amour, elles veulent, pour embaumer le corps, les parfums les plus précieux, parce que l’approche du Sabbat avait exigé que l’ensevelissement se fît au plus vite. C’est, pensent-elles, le dernier service qu’elles peuvent rendre à leur Maître.
Dès que le repos du Sabbat est terminé, elles font leurs emplettes, afin de pouvoir de très bonne heure, le lendemain matin, excécuter leur cher projet. Le jour n’est pas encore levé, que déjà elles sont debout, et les derniers préparatifs sont terminés. Mais Marie-Madeleine trouve ce temps beaucoup trop long, et seule elle se met en route. Il fait encore obscur lorsqu’elle parvient au tombeau. Elle voit que la pierre a été enlevée du sépulcre. Avec prudence, elle se penche dans la chambre funéraire et se rend compte que le corps de Jésus n’est plus là.
En toute hâte, elle îevient à la ville pour en informer les apôtres. Elle trouve Pierre et Jean qui, à cette nouvelle, courent au tombeau et constatent à leur tour que le corps n’est plus là.
Pendant que les deux apôtres rentrent à Jérusalem, Marie demeure auprès du sépulcre. Elle ne peut se consoler. On lui a ravi ce qui lui restait de son Maître ! Elle pleure et, comme elle pleurait, s’étant baissée pour regarder de nouveau dans le sépulcre, elle voit deux anges vêtus de blanc qui lui demandent pourquoi elle pleure : « Ils ont enlevé
A L’ÉCOLE DE SAINT IGNACE
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mon Seigneur et je ne sais où ils l’ont mis ! » Combien cette réponse est touchante ! On le voit, Marie- Madeleine ne s’intéresse qu’à son Maître. Et sur ces mots, elle quitte les anges, afin d’examiner le jardin : peut-être y découvrira-t-elle le corps de Jésus. Que lui importent les anges ? C’est Jésus qu’elle veut. A peine a-t-elle jeté un coup d’œil sur le jardin, elle aperçoit Jésus, sans cependant le reconnaître. A son tour Jésus lui demande pourquoi elle pleure, ce qu’elle cherche ; et elle, le prenant pour le jardinier, répond : « Seigneur, si c’est vous qui l’avez enlevé, dites-moi où vous l’avez mis, et je l’emporterai. » Elle se détourne alors du soi-disant jardinier et, de nouveau, cherche du regard autour d’elle. Elle entend prononcer son nom : « Marie ! » Oh ! cette voix, elle la connaît ! Elle jette un cri de joie : « Mon Maître ! » et se prosterne à ses pieds, embrasse ses genoux. Elle veut le retenir, il ne doit plus la quitter, et Jésus lui dit : « Ne me touchez pas, je ne suis pas encore monté vers mon Père. Je reste encore quelque temps sur la terre. Allez plutôt trouver mes frères et dites-leur que je suis ressuscité et qu’ensuite je monterai vers mon Père et leur Père, vers mon Dieu et leur Dieu ». Jésus disparaît et Marie s’empresse de rapporter aux apôtres ce qu’elle a vu et entendu.
Cependant les pieuses femmes ont terminé leurs préparatifs et elles arrivent au tombeau. D’un premier coup d’œil, elles voient que le corps n’est plus là. Surprises, elles se regardent les unes les autres en silence. Soudain, la chambre funéraire s’éclaire, et elles aperçoivent deux anges vêtus de « robes
brillantes » et, comme elles sont saisies de frayeur et qu’elles tiennent leurs yeux baissés contre terre, ils leur disent : « Pourquoi craignez-vous ? Je sais que vous cherchez Jésus qui a été crucifié. Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? Il n’est point ici, mais il est ressuscité. Voyez le lieu où le Seigneur avait été mis. Rappelez-vous qu’il a dit : Je ressusciterai le troisième jour et hâtez-vous d’aller annoncer à ses disciples et surtout à Pierre, que le Maître est ressuscité et qu’il ira devant eux en Galilée » (Matth., xxviii, 5, 8 ; Marc, xxvi, 6, 7 ; Luc, xxiv, 5, 6). C’en est trop pour les pieuses femmes ; elles ne peuvent comprendre aussitôt. Craintives, elles s’enfuient du tombeau et s’arrêrent à quelque distance pour reprendre haleine. Elles se regardent en silence, lorsque, soudain, Jésus se présente à elles et leur dit : « Le salut vous soit donné ! » Elles croient sortir d’un rêve et « s’approchant, lui embrassent les pieds et l’adorent. » Mais Jésus leur dit : « Ne craignez point, mais allez dire à mes frères d’aller enGalilée, c’est là qu’ils me verront » (Matth., xxviii. 8, 9). Et Jésus disparaît aussitôt. — Elles s’acquittent alors de leur message auprès des upôtres. Mais les apôtres ne croient pas en elles, de même qu’ils n’avaient pas ajouté foi aux paroles de Marie-Madeleine ; ils ne s’expliquent pas que le Maître disparaisse ainsi soudainement et surtout qu’il ne se soit pas encore montré à eux. Ils voient dans les paroles des femmes de purs commérages.
Au cours de la matinée, d’autres disciples se sont présentés au Cénacle. A chaque arrivait la
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même question est posée : « Sait-il quelque chose du Maître ? L’a-t-il vu ? Les femmes ont bien affirmé qu’il leur est apparu. Mais aucun d’eux ne l’a vu, aucun n’a entendu parler de lui. » Ces réponses confirment les apôlres dans leurs convictions : les femmes se trompent, elles s’imaginent ces choses ! — A ce qu’il semble, Pierre s’est retiré. Il veut être seul pour réfléchir de nouveau. Il verse des larmes amères, en songeant qu’il a si honteusement renié son Maître. Mais voici qu’il entend une voix bien connue qui prononce son nom ! Il se retourne et voit Jésus devant lui, et Jésus le regarde avec bonté. Représentons-nous Pierre tombant à genoux à ses pieds , et sanglotant sans pouvoir dire un seul mot ! Nous ne savons pas ce que Jésus lui a dit, mais nous savons bien ce qu’il ne lui dit pas. Jésus n’a point retranché Pierre du nombre de ses apôtres, il ne lui a point déclaré qu’il ferait d’un autre apôtre son représentant sur la terre. Pierre est toujours pour Jésus le chef des apôtres et de l’Église.
Dans le Cénacle, pour les apôtres, l’attente, l’incertitude deviennent plus angoissantes. Dans l’aprèsmidi, la situation n’ayant pas changé, l’un des disciples, Cléophas, dit : « Je rentre chez moi ! » Un autre se joint à lui. Sur la route d’Emmaüs, ils rencontrent un voyageur inconnu et lui ouvrent leur cœur. Alors l’inconnu se met à leur expliquer l’Écriture, et leur montre que tout devait se passer comme il était advenu. A Emmaüs, il se dispose à poursuivre sa route, mais ils le pressent de passer la nuit chez eux. Il accepte leur invitation et se met à table en leur compagnie. Ils le prient de
bénir le repas. A leur grande surprise, ils remarquent que leur hôte le fait de la même manière que Jésus. Leurs yeux s’ouvrent, ils reconnaissent le Maître et veulent en le saluant lui témoigner leur joie, mais au même moment la place occupée par lui se trouve vide. Ils se bâtent aussitôt de rentrer à Jérusalem, afin de raconter aux autres ce qui s’est passé. De son côté, Pierre a rapporté que le Maître s’est aussi montré à lui ; les apôtres pensent que cette nouvelle surprendra les arrivants qui, à leur tour, exposent ce qu’ils ont vu et entendu. Malgré tout, parmi les apôtres, il en est qui doutent encore de la résurrection : « C’est, se disent-ils, son esprit qui s’est montré, ce n’est pas lui-même. »
Et voici que Jésus est là, au milieu d’eux, et il leur dit : « La paix soit avec vous ! » Ils sont effrayés. Comment ce fantôme a-t-il pu pénétrer dans la salle ? Les portes sont fermées. C’est sans doute un esprit. Ils reculent devant lui : « Ne craignez point, c’est moi », répond Jésus. Et comme ils se tiennent encore à l’écart, il leur dit avec bonté : « Pourquoi vous troublez-vous ? Pourquoi se lève-t-il tant de pensées dans votre cœur ? Pourquoi me prendre pour un esprit ? Regardez mes mains et mes pieds, et mes plaies, et considérez qu’un esprit n’a ni chair ni os comme vous voyez que j’en ai » (Luc, xxiv, 36, 39). Il se laisse toucher et il leur montre les plaies de ses mains, de ses
pieds, de son côté : « Et comme ils ne croient pas
‘encore, il leur dit : « Avez-vous ici quelque chose
à manger ». Ils lui présentent un morceau de pois-
son rôti et un rayon de miel. Il en mange devant eux et les fait manger avec lui. (Ibid., 41, 43.) Le
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doute a disparu. Ils reconnaissent que c’est bien le Maître. Et il leur donne, comme présent grandiose de la fête pascale, le pouvoir de remettre les péchés en son nom.
Quelle n’est pas la bonté de Jésus pour les siens ! Il a pour eux la patience, la tendresse d’une mère pour le petit enfant dont elle oublie les fautes avec un amour sans bornes. Pas un mot de reproche aux femmes qui, n’ajoutant* pas foi à ses prédictions, ont pensé qu’il devait pour toujours rester au tombeau ! Pas une parole un peu dure pour les apôtres qui ont pris la fuite. Rien qui témoigne du mécontentement. Pas un blâme pour leur lenteur à ajouter foi à ses prophéties, puisque, malgré le témoignage des femmes, de Pierre et des disciples d’Emmaûs, ils hésitent à croire qu’il est vraiment ressuscité. Il connaît leur faiblesse, leurs misères ; il sait que, de leurs propres forces, ils ne peuvent pas comprendre immédiatement de si hautes vérités. Il sait discerner au plus intime de l’homme ce qu’il est, ce qu’il veut en réalité. Si les apôtres ont leurs défauts, ils lui sont pourtant fidèlement dévoués et voilà pour lui le plus important.
Et cette bonté, Jésus en donne encore une preuve touchante à l’apôtre Thomas, qui n’a pas craint de fixer à quelles conditions il croirait. Il l’invite à mettre ses doigts dans les plaies de ses mains, de ses pieds, de son côté, comme Thomas lui-même l’avait demandé. Mais Thomas lui est dévoué de tout son cœur, et Jésus ne s’arrête pas à ces fautes provenant de la faiblesse de l’humaine- nature. En vérité, nous avons un bon Maître !
Constitution définitive de l’Église
Après la Résurrection, Jésus devait, conformément à la volonté du Père, rester encore un peu de temps sur la terre, puis monter au ciel. Son œuvre capitale était achevée. Par le sacrifice accompli sur la croix, il avait rendu au Père céleste une incomparable gloire. Le plan de la création n’était pas seulement rétabli. Il recevait une perfection plus admirable. Le ciel s’ouvrait de nouveau aux hommes et, pour l’éternité entière, ils glorifieraient Dieu en témoignant de son amour infini. Leur éternelle félicité était le prix du sang de Jésus. Par l’exemple de sa vie, par ses enseignements, il a montré aux hommes comment, sur la terre, ils doivent accomplir leur mission. Il leur a mérité l’abondance des grâces, qui leur seront communiquées par les sacrements. Ses enseignements leur ont donné la solution de tous les problèmes de la vie et conduit la loi morale à sa perfection. — Et maintenant il veut et il doit veiller et pourvoir à la durée de son œuvre. Dans ce but, il a déjà choisi ses apôtres, il a prévu les pouvoirs nécessaires à leur mission : le moment de leur donner ces pouvoirs est venu. Et ces diverses dispositions rentrent également dans le plan entier de la création : Glorification de Dieu par la reconnaissance de sa souveraineté de la part des hommes, et par la révélation de son amour infini.
Le don le plus précieux, le plus magnifique que toute la création visible puisse offrir à Dieu est l’acte par lequel l’homme le reconnaît comme son
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Seigneur suprême et s’incline devant sa volonté. Mais l’homme est incapable de voir avec certitude par lui-même ce que Dieu demande de lui. Les siècles qui ont précédé le Christ en ont témoigné ; les siècles postérieurs à Jésus-Christ en sont la preuve. Partout où l’homme cherche à parvenir à la certitude par ses propres forces, partout où il en est réduit à ses seules ressources, il se heurte à de grossières erreurs en ce qui concerne les vérités de la foi et la loi morale. L’homme est faillible : son intelligence ne parvient pas à trouver par elle-même les vérités de la vie surnaturelle ; il ne peut les comprendre et bien moins encore les approfondir. Il faut qu’il les tienne de la révélation, et qu’il y croie.
Or, les enseignements de Jésus-Christ n’avaient pas reçu leur entier développement ; leur parfait enchaînement n’était pas complètement établi ; toutes les objections n’étaient pas réfutées ; d’importantes questions n’avaient pas encore reçu leur solution. L’homme est en outre porté à résoudre les problèmes à son gré ; il est flatté dans son orgueil et sa vanité, lorsqu’il croit avoir trouvé une solution nouvelle, une meilleure explication, une justification de sa manière de voir, de trancher une question d’ordre moral par lui-même sans avoir à se soumettre au jugement des autres. En d’autres cas, il est exposé à faire une part trop large à la passion, à la science incroyante, à telle ou telle autorité, à d’autres considérations tout humaines. Ceux que la doctrine de Jésus-Christ gêne pour une raison ou pour une autre sont continuellement tentés de l’accommoder à leurs désirs.
Du vivant même des Apôtres, il y eut des hommes qui réclamaient une autre explication de la doctrine de Jésus-Christ, et, trois siècles plus tard, saint Augustin comptait déjà plus de quatre-vingts erreurs. Il était donc à craindre que cette doctrine ne fût obscurcie, modifiée, mal entendue, rendue méconnaissable au point de ne pouvoir préciser exactement ce que Jésus-Christ a enseigné et prescrit. Il suffit de connaître quelque peu l’histoire de l’Église, de ses luttes contre les hérésies et les puissances temporelles, qui cherchaient à faire d’elle la docile servante de leurs ambitions personnelles, pour se rendre compte de l’immense danger auquel l’œuvre du Christ était exposée.
Jésus voit ce danger et il lui oppose sa sagesse divine, son amour infini, sa toute-puissance. Il établit une autorité qui continuera son œuvre, enseignera et tracera des règles en son nom. Il dit solennellement à ses Apôtres : « Toute puissance m’a été donnée dans le ciel et sur la terre. » Nous avons si souvent entendu ces mots, que nous n’avons pas toujours conscience de leur sens et de leur portée, et que leur haute autorité ne nous frappe plus. Elles attestent une souveraineté, une majesté devant laquelle tout, littéralement, doit s’incliner pour se soumettre sans réserve. Jésus revendique pour lui une puissance illimitée, s’étendant à tout homme, au ciel et à la terre, une autorité qui ne fléchit devant rien, ni devant le trône des souverains, ni devant les palais des riches, ni devant les chaires des savants. Rien ne se soustrait à cette puissance : elle ne connaît ni limites, ni échappatoire ; il n’est pas question d’interjeter appel,
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de discuter. Nul ne peut se dérober à ce pouvoir, prétendre avoir le droit de dire qu’une telle obligation ne le concerne pas. Elle ne se renferme pas dans les limites de telle ou telle contrée : les troubles, les révolutions ne l’atteignent point : la législation des États ne peut la restreindre. Elle s’étend non seulement au temps, mais à l’autre vie. Jésus, en effet, affirme alors surtout la plénitude de cette puissance, puisque, seul, en sa qualité de juge éternel, il décide du bonheur ou de la perte de tout homme. La puissance du Christ, comme le droit de Dieu, embrasse tout.
Donc, avec la pleine conscience de cette puissance, Jésus charge ses Apôtres d’une mission qui s’étend au monde entier : « Allez et instruisez tous les peuples, les baptisant au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit et leur apprenant à observer toutes les choses que je vous. ai commandées.» (Matth., xxviii, 18-20). — Comme nous le savons par les Actes et les Epîtres des Apôtres , cette puissance est communiquée à d’autres par l’imposition des mains.
Ainsi les Apôtres et leurs successeurs ont le droit imprescriptible, divin, de prêcher la doctrine de Jésus et de tracer des règles en son nom. Leurs prédications ne sont pas de simples leçons, des conférences ouvertes à la discussion, et dont chacun peut prendre ce qui lui convient en rejetant le reste. Ils ne parlent pas en leur propre nom, ils n’exposent pas leurs opinions personnelles ; ils se présentent au nom de Jésus-Christ ; ils prêchent la doctrine que Jésus-Christ a enseignée. Chacun est tenu de les croire et de se conformer à leurs
prescriptions. Jésus dit en outre : « Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; mais celui qui ne croira point, sera damné » (Marc, xvi, 16). Sous peine de damnation éternelle, il fait à tous les hommes une obligation de croire et d’obéir.
Mais les apôtres et leurs successeurs sont, par eux-mêmes, comme les autres hommes, exposés à se tromper. Jésus-Christ ne pouvait donc demander que tous croient à leur parole et obéissent à leurs prescriptions, s’il ne veillait à assurer la pureté et l’authenticité de ses enseignements. Avec une sagesse vraiment divine, il y a pourvu ; il leur accorde le don de l’infaillibilité et ce don leur est accordé pour eux-mêmes personnellement et pour leurs successeurs en communion avec eux. Il prévient l’objection qu’ils pouvaient opposer à leur mission, en rappelant qu’ils n’en étaient pas capables. Il ajoute donc : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la consommation des siècles. » (Matth., xxviii, 20.) — Dans son discours d’adieu, il le leur avait fait entendre : « Et je prierai mon Père et il vous donnera un autre Consolateur afin qu’il demeure éternellement avec vous (Jean, xiv, 16). « Le Consolateur, le Saint-Esprit, que le Père enverra en mon nom vous enseignera toutes choses et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit » (Jean, xiv, 26). Quand cet Esprit de vérité sera venu, il vous enseignera toute vérité. » (Jean, xvi, 13).
La doctrine de l’infaillibilité est pour nous non seulement un article de foi, mais une réalité, un fait historique. Quiconque connaît un peu l’histoire de l’Église, ne peut qu’être frappé de la voir
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toujours victorieuse des hérésies et de la science incroyante. La lutte se poursuit depuis le temps des apôtres jusqu’à nos jours, sur tous les points, par tous les moyens. Fières de leurs succès, les sciences se présentent, l’une après l’autre, devant l’Église et exigent qu’elle modifie sa doctrine qui est en contradiction, disent-elles, avec les résultats certains de leurs recherches, et toujours victorieuse, elle se refuse à leurs prétentions. L’Église n’a besoin de rien changer : les prétendues « découvertes certaines de la science » sont déjà discréditées. S’il arrivait qu’une seule pierre de l’édifice de sa doctrine fût brisée, qu’un seul de ses enseignements fût vraiment inadmissible, qu’une seule contradiction fût démontrée dans ses dogmes, — c’en serait fait de l’Église catholique. Mais, répétons-le, elle est toujours sortie victorieuse de ces luttes gigantesques, et jamais une doctrine de ses adversaires n’a pu se maintenir. Ses adversaires eux-mêmes n’étaient pas d’accord entre eux et leurs objections étaient réfutées ou dépassées ou tombaient sous leurs propres contradictions. « Je suis avec vous », avait dit Jésus-Christ, et cette parole était confirmée par les faits.
Afin de rendre plus solide encore l’autorité de l’Église, Jésus-Christ a enfin établi la primauté, la papauté. L’un des apôtres serait le Chef de l’Église, le représentant du Christ, et cette charge se transmettrait à ses successeurs. Dans ce but, il avait choisi Pierre et il l’avait investi de sa mission par ces paroles solennelles, si nobles dans leur fière assurance : « Vous êtes Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Église et les portes de l’Enfer
ne prévaudront pas contre elle. Et je vous donnerai les clefs du royaume des cieux, et tout ce que vous lierez sur la terre, sera aussi lié dans les cieux, et tout ce que vous délierez sur la terre, sera aussi délié dans les cieux » (Matth., xvi, 18, 19). — Jésus prévoyait bien les immenses obstacles qui naturellement s’opposeraient à la continuation de son œuvre et qui ont leur principe dans l’insuffisance et la faiblesse humaines, dans la possibilité d’une erreur commise par l’homme. Il savait comment il serait souvent impossible de rassembler les évêques pour résoudre certaines questions demandant une réponse décisive. Il veut donc fonder son Église sur le roc fondamental d’une autorité qui tient en ses mains tous les pouvoirs, et à cette autorité il confère le don d’une inébranlable certitude et de la continuité. Puisque, d’après ses paroles, toutes les forces de l’Enfer ne peuvent rien pour ébranler ce fondement, il faut donc que cette autorité soit infaillible. De tout temps, en effet, les attaques contre l’Église ont porté d’abord sur sa doctrine. Si l’on pouvait prouver qu’un seul des deux cent soixante-deux Papes a commis une erreur dans ses décisions, qu’en sa qualité de chef suprême de l’Église, il s’est trompé en matière de foi ou de morale, la parole du Christ aurait été reconnue fausse, le fondement de l’Église aurait été ébranlé ; ç’aurait été pour elle la ruine !
Il y a eu de mauvais Papes. Parmi ceux qui ont été élevés à la plus haute dignité ecclésiastique, il en est quelques-uns, un petit nombre, dont la vie n’a pas été d’accord avec la dignité. Dieu, dans sa sagesse, l’a permis. Ces défaillances prouvent
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de la manière la plus frappante que l’Église et l’infaillibilité de l’Église sont d’institution divine. Si l’Eglise était une œuvre humaine, ces regrettables défaillances auraient amené sa ruine. Il y aurait eu des scissions, l’effondrement. Les mauvais Papes auraient abusé de leur situation, pour modifier la doctrine de l’Église, afin que leur conduite ne fût plus en contradiction avec leur haute dignité. Ceux qui devaient condamner cette conduite, auraient rompu tout lien avec eux, pour se grouper auprès d’un Chef digne de sa mission. Mais parmi ces quelques mauvais Papes, il n’en est pas un seul qui ait même tenté de changer en quoi que ce fût la loi morale qui, cependant, ne cessait de condamner leur conduite. Jamais les gens de bien n’ont vu dans le scandale qu’ils donnaient une occasion de se séparer de l’unité de l’Église ; tout en déplorant et en condamnant ce qu’il y avait d’humain en eux, ils voyaient et comprenaient ce qu’il y a de divin dans leur dignité et ils la respectaient. Ces lamentables défaillances confirment magnifiquement la promesse de Jésus-Christ et l’invincible force que l’Église doit à son assistance.
A l’infaillibilité personnelle du Pape en matière de foi et de morale se rattache son pouvoir de lier et de délier. L’unité de l’Église est par là garantie. Pierre et ses successeurs étant les représentants de Jésus-Christ, sont les Pasteurs de son bercail tout entier ; ils ont les clefs du royaume des cieux ; à qui ils interdisent l’entrée, la porte reste fermée. — Son œuvre est maintenant achevée, il n’y a plus qu’à attendre la venue de l’Esprit-Saint dont la grâce vivifiera cette œuvre et en assurera l’efficacité.
Cette institution de Jésus-Christ, ne se trouvet-elle pas en contradiction avec la dignité humaine ? — Ainsi, tous les hommes, sans se permettre une critique, doivent croire aux enseignements de l’Église, et, sans aucune restriction, obéir à ses préceptes ? N’est-ce pas profondément humiliant pour l’homme de n’avoir plus, en quelque sorte, aucun droit, d’être simplement dans l’obligation de croire et d’obéir ? — Assurément, pour l’orgueil humain, qui veut être son propre maître, pour la présomption humaine, qui volontiers se fait une gloire de son intelligence, pour le besoin d’indépendance, qui pousse l’homme à se dégager de tous les liens pour suivre uniquement son bon plaisir, ses fantaisies ; bref, pour la nature inférieure, qui toujours tend à asservir l’esprit, pour l’inclination au mal, fruit de la faute originelle et toujours rebelle à tout ce qui vient de Dieu, les revendications de l’Église sont insupportables ; elles leur portent un coup mortel.
Mais laissons parler la raison et nous verrons que les institutions de Jésus-Christ, loin de rabaisser la dignité humaine, viennent merveilleusement au secours des faiblesses et des misères de notre nature humaine. Nous avons un impérieux besoin de vérité, d’une règle sûre qui dirige notre conduite. Quelle n’a pas été l’ardeur de cette aspiration chez les plus nobles représentants du paganisme ! Les hommes, pour la plupart, ne sont point en état de scruter les plus importants problèmes de la vie. Ils n’ont ni le temps, ni la formation, ni les moyens nécessaires pour arriver, par leurs propres réflexions, à une conclusion certaine, sans avoir à craindre de
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constater, quelque temps après, qu’ils se sont trompés ou que d’autres affirment le contraire. — Avec quelle sagesse et quelle bonté Dieu a voulu que nous recevions, par l’Église infaillible, la solution de tous ces problèmes vitaux, une réponse absolument certaine ! Nous participons ainsi à la plénitude et à la certitude de la science divine. Lorsque l’Église nous enseigne solennellement que telle ou telle chose est révélée ou prescrite par Dieu, nous savons qu’elle a Dieu lui-même pour garant de la vérité de son enseignement. L’homme de la plus humble condition, la femme la plus simple, l’enfant le plus naïf peuvent en toute assurance répondre aux savants enseignant autre chose : « Vous vous trompez ! » En effet, lorsque Dieu infiniment sage et sachant tout atteste qu’une chose est vraie, tous les savants du monde perdent leur temps et leur peine à prétendre démontrer le contraire. — En outre, nous recevons par l’Église la réponse à des questions que nulle intelligence humaine ne peut résoudre ni approfondir. Et il n’y a en tout cela aucun préjudice porté à l’homme : c’est, au contraire, le faire passer de l’ignorance ou de l’incertitude, du doute et de l’erreur à la claire et bienfaisante lumière d’une inébranlable certitude.
Si nous étudions les institutions de Jésus-Christ par rapport au plan de la création, nous voyons que, grâce à elles, ce plan se réalise merveilleusement. Notre devoir capital consiste à glorifier Dieu en le reconnaissant pour notre souverain Seigneur et en nous inclinant devant cette souveraineté. L’acte le plus important dans la création visible
tout entière, l’unique et véritable grandeur de l’homme se ramènent à ceci, qu’à l’exemple de Jésus-Christ, qui a été obéissant jusqu’à la mort de la croix, il s’incline devant la sainte volonté de Dieu. Pouvons-nous remplir ce devoir plus parfaitement qu 'en obéissant à une autorité établie par Dieu lui-même ? De cette manière nous attestons et nous glorifions la majesté et la souveraineté de Dieu, puisque nous reconnaissons et le droit qu’il a de nous imposer à son gré des prescriptions, sans tenir compte de nos désirs, et notre devoir de lui être soumis sans réserve ni conditions. — Nous attestons et nous glorifions la sagesse et la sainteté de Dieu en lui soumettant notre raison et en croyant sans hésitation ce qu’il nous a révélé, parce que nous sommes convaincus qu’il ne peut ni se tromper, ni nous tromper. — Nous attestons et nous glorifions la toute-puissance de Dieu, parce que nous en reconnaissons la preuve dans les miracles, et avons la certitude qu’il peut préserver son Église de toute erreur. — Nous attestons et nous glorifions sa justice en croyant fermement qu’il ne nous demande rien qui soit injuste. — Nous attestons et nous glorifions l’amour et la bonté de Dieu en nous remettant à lui pour tout ce qu’il lui plaît de disposer et de demander, dans la conviction qu’il nous garde de toute erreur, et qu’il fait de nous, pour l’éternité, des preuves d’autant plus magnifiques de sa bonté que nous aurons été, sur la terre, plus fidèles à nous soumettre à lui.
Pour nous former sur ces questions un jugement juste, nous ne devons pas les examiner au point de vue personnel, égoïste et, bien moins encore, d’après
A L’ÉCOLE DE SAINT IGNACE
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notre volonté propre, notre orgueil, les mesquineries et les obscurités de notre nature inférieure. Nous nous dérobons ainsi à la lumière du radieux soleil de la vérité ; nous nous renfermons dans un sombre et froid égoïsme, et nous ne pouvons entrevoir qu’un horizon restreint, sans distinguer les beautés de la création. Ainsi nous obéissons facilement aux instincts et aux caprices de la nature inférieure, au lieu de nous laisser guider par la main paternelle d’un Dieu infiniment sage et bon. Ainsi nous renonçons à entrer en possession de la vérité infaillible, et nous lui préférons les affirmations mensongères d’hommes aveuglés par l’orgueil et l’amour-propre.
Ainsi nous dédaignons l’Église qui veut faire de nous les véritables enfants de Dieu, et nous devenons les esclaves de Satan. Refuser de faire le sacrifice du don entier de nous-mêmes, ce n’est point aller à la vraie liberté et à la vérité, mais à la servitude du péché ; c’est aller à l’erreur, au doute, à l’irrésolution, au malheur.
Mais, avant tout, ceux qui refusent de se soumettre à l’autorité de l’Église, trahissent le devoir capital qui est le leur sur la terre. Au lieu de glorifier Dieu, ils l’offensent dans toutes ses perfections ; dans sa souveraineté, qu’ils ne veulent pas reconnaître puisqu’ils méprisent une autorité établie par lui, et veulent se conduire par eux-mêmes ;
— dans sa sagesse et son omniscience, en préférant leurs propres opinions à la révélation divine ; — dans sa justice, en voyant dans ses prescriptions une illégitime restriction imposée à leur liberté ;
— dans sa toute-puissance, en tenant pour impos-
sible qu’il puisse préserver de toute erreur son Église ; dans son amour, parce qu’ils rejettent le don que sa bonté leur accorde. Pour eux, il n’y a justice et obligation que dans la mesure fixée par eux-mêmes. Au fond, s’ils ne veulent pas admettre l’infaillibilité de l’Église, c’est que leur orgueil se refuse à s’incliner devant la souveraineté de Dieu et ne veut d’autre maître que lui-même.
Qu’importe ? En dépit de leurs protestations, sacrifions l’orgueil et la nature inférieure ! Le phénix, dit-on, renaissait de ses cendres, il en renaissait avec une beauté nouvelle. Des flammes de notre sacrifice sort un homme transformé, plus beau, plus noble ; il est devenu l’Enfant de Dieu, le véritable surhomme qui, à la lumière de la foi et avec le secours de la grâce, triomphe de la nature inférieure et réalise en lui l’idéal que pour tout homme Dieu avait présent à sa pensée en nous créant.
Contemplation
pour exciter en nous l’amour spirituel
Nous arrivons à la conclusion. Toujours plus irrésistible, s’impose à nous la conviction que nous devons nous donner à Dieu entièrement, sans cesse et aussi parfaitement que possible, en suivant notre glorieux guide divin, dans une étroite union avec lui. — Au moment d’exprimer cette conviction qui est la nôtre, et de donner une forme à cette intime inspiration, saint Ignace nous dit en quelque sorte : « Attendez un moment encore ! Vous avez reconnu que votre irrécusable devoir est de vous
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donner à Dieu et de le glorifier par la soumission à sa sainte volonté. Vous y êtes résolus. Je veux maintenant vous montrer comment vous pouvez donner à ce don plus de magnificence. Jusqu’ici, j’ai laissé de côté une pensée qui vous découvrira, dans une lumière toute nouvelle, les vérités déjà méditées. Toutes les œuvres de Dieu sont un reflet de son amour infini, amour qui le porte à se donner lui-même à vous. Et, ainsi, c’est par amour que vous devez vous donner à Dieu ! Cette prière :
« Suscipe... Prenez, Seigneur, etc..., qui est la prière du don parfait de vous-mêmes, dites-la maintenant non seulement parce que tel est votre devoir, mais dites-la par amour1 ! »
Avant d’aborder cette contemplation, cherchons à comprendre clairement ce qu’est l’amour. L’amour est d’abord une inclination, une tendance. Mais toute inclination n’est pas amour ; sans quoi il faudrait donner ce nom au sentiment qui jette la bête de proie sur sa victime. Cette proie lui plaît, elle lui plaît même terriblement ! — L’amour pur ne cherche pas son propre avantage aux dépens des autres : c’est par l’effet d’une bonté intérieure qu’il s’attache à l’aimé, dont, par suite, il désire le bien, le bonheur ; et il ne se contente pas de ce désir, il cherche à procurer réellement ce bien, ce bonheur. Ainsi, l’amour se témoigne par les dons, et plus il
1. L’auteur a dit dans la Zeitschrift fur Aszese und Mystih (1933, pp. 329 et suiv.), pourquoi saint Ignace n’a pas commencé les Exercices par l’amour et il a montré l’importance de cette Contemplation dans la structure des Exercices. Cette étude était tout d’abord destinée au présent
ouvrage.
est grand, plus il aspire à multiplier ces dons, ces présents. L’amour dans sa plénitude ne se borne pas à donner ceci et cela, ce présent ou un autre ; il donne tout dans une mesure aussi large que possible ; il communique à l’aimé tout ce qu’il possède. Il veut donc être près de lui ; il lui est doux de s’employer pour lui, de se dévouer, de faire des sacrifices, de souffrir, afin que l’aimé soit tranquille, heureux, à l’abri de tout désagrément. Tout ce qu’il a fait, lui semble peu de chose auprès de ce qu’il voudrait faire encore, et enfin, il se sacrifie luimême pour l’aimé. Et s’il n’a plus rien qu’il puisse donner, s’il n’a rien maintenant qu’il puisse dire être son bien, parce qu’il a tout donné, il ne s’en attriste pas, il ne s’en plaint pas : il est heureux d’avoir pu s’affirmer si magnifiquement. Tel est le véritable amour, toujours oublieux de lui-même, dont la force est si grande qu’il paraît ne pouvoir se maîtriser et ne sera salisfait qu’à la condition d’atteindre les dernières limites du possible.
Saint Ignace veut que nous apportions à cette contemplation des dispositions particulièrement solennelles. Comme il l’a fait, en terminant la méditation de T « Appel du Roi » (Règne de Jésus-Christ), nous devons nous représenter le Ciel s’ôuvrant en quelque sorte au-dessus de nous ; nous sommes devant le trône de Dieu, qu’entourent d’innombrables milices angéliques. La Mère de Dieu et les saints abaissent sur nous leurs regards et intercèdent en notre faveur. Nous devons, avec un profond respect, nous agenouiller et adresser à Dieu d’instantes supplications. Qu’il daigne nous éclairer afin que nous reconnaissions combien grand est
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l’amour qu’il nous a témoigné par ses bienfaits, combien il est digne d’être aimé, puisqu’il nous aime à ce point, avec quel amour, par conséquent, nous devons le servir.