I. — Les bienfaits de Dieu
Les bienfaits dë Dieu ! Mais, à la lettre, nous lui devons tout. D’abord, il m’a créé, afin de pouvoir m’accorder de nouveaux bienfaits. Par pur amour, par un amour que je ne méritais point, il m’a tiré du néant. Sans cet amour je n’existerais pas, je n’aurais jamais existé. Nous avons déjà vu de quel nombre incalculable dé circonstances dépendait mon existence, alors qu’un autre que moi, que tant d’autres pouvaient être appelés à la vie et ne le seront jamais, bien que, peut-être, ils en auraient fait un meilleur usage que moi. Et c’est moi que Dieu, par pur amour, a choisi !
Viennent ensuite les bienfaits reçus dans l’ordre naturel. La terre, avec toutes ses ressources, a été créée pour moi et mise à ma disposition. Tout ce qui m’a servi pour la nourriture, l’habillement, l’habitation, l’éducation, le délassement, mon plaisir, ma joie, est un présent de Dieu. Sous cet unique rapport, comment calculer la somme de ces dons !
Et les dons de l’ordre surnaturel les dépassent ! Ici, je vois mieux encore comment Dieu me fait part, autant qu’il est possible, de ses propres perfections. Il ne veut rien garder pour lui, il partage tout avec moi. La grâce sanctifiante me communique son essence divine. Par son Église infaillible, il me donne l’ampleur et la certitude de sa science
divine. Par le mariage, il associe en quelque manière l’homme à sa puissance créatrice. Il partage avec les prêtres la plénitude de son autorité. A tous il donne la possibilité de créer à son exemple d’éternels témoins de son amour.
Le Père nous a donné son Fils, pour nous, pour nous racheter. Le Père et le Fils nous ont donné l’Esprit-Saint pour qu’il habite en nous. Le Sauveur nous a donné tout ce qu’il avait : sa science, ses mérites, ses grâces, son exemple et enfin sa Mère, ensuite il s’est donné lui-même. Sur la croix il est mort pour nous ; à la sainte messe chaque jour il s’offre de nouveau pour nous ; dans la sainte communion il se fait notre aliment. Enfin notre Dieu veut partager un jour son ciel avec nous, et nous associer pour toute l’éternité à sa béatitude. Les souffrances elles-mêmes, les adversités de la vie sont, nous l’avons vu, un legs précieux du Rédempteur mourant. Tout sert à notre profit si nous savons comprendre les choses.
Voilà le véritable amour, l’amour sincère dont l’unique préoccupation est d’assurer, autant que possible, notre grandeur et notre bonheui, l’amour qui donne tout ce qu’il possède. Vraiment notre Dieu a le droit de dire en toute vérité : « Est-il encore quelque chose que je puisse vous donner ? » — Non, il ne s’esi rien réservé.
Et maintenant, accablé et confus de tant d’amour, de cet amour si généreux qu’un Dieu éternel daigne témoigner à une créature aussi faible, pauvre et sans mérite que moi, je dois me demander comment rendre à Dieu amour pour amour ? Que puis-je lui offrir en échange de tant d’incomparables pré-
QUATRIÈME SECTION
sents ? Il convient cependant, il faut même que, sans me contenter de goûter la douceur de cet amour, j’examine ce que, de mon côté, je puis donner à Dieu pour lui prouver mon amour. Puisque Dieu me donne tout ce qu’il possède et me fait une part de tous ses biens, je dois en retour lui donner tout ce qui est mien. C’est bien peu en comparaison de ses dons, mais c’est l’unique présent qui ait du prix à ses yeux. Déjà, je lui dois ce présent, parce que tel est mon devoir ; maintenant je l’offre par amour :
« Mon Seigneur et mon Dieu, je me donne entièrement à vous et je vous prie de vouloir bien agréer cette offrande de moi-même. Acceptez le sacrifice entier de ma liberté : prenez possession de ma mémoire, de mon intelligence, de ma volonté, de tout ce que je suis et de tout ce que je possède. Vous m’avez tout donné, je vous le rends et je vous demande de vouloir bien en disposer selon votre bon plaisir. Je vous demande une seule chose, donnez-moi de vous aimer et accordez-moi votre grâce afin que je puisse, par ma conduite, par mes actes, vous offrir toujours et en tout ce sacrifice par le don de moi-même. Alors, je suis assez riche et je ne demande rien de plus. »