L HOMME ET LE MONDE
Tandis que Dieu a créé les anges d’un seul acte de sa volonté, en exigeant une fois pour toutes leur soumission à son autorité, il a, dans sa sagesse, résolu que les hommes entreraient successivement en ce monde et y séjourneraient un certain nombre d’années. Pour ce séjour plus ou moins long, icibas, nous avons besoin d’une demeure, de vêtements, de nourriture, de repos. Tout cela, nous le trouvons, mais non tout préparé ; nous avons à nous le procurer par nos soins. Avec une admirable sagesse, Dieu a déposé dans la nature des ressources merveilleuses que nous devons découvrir et mettre à profit. La réunion d’un si grand nombre d’hommes les conduit à se grouper en sociétés, en États qui, à leur tour, leur créent des devoirs plus nombreux. En outre, l’homme doit coopérer à la propagation et à la conservation de l’espèce humaine ; et ainsi nous avons le mariage, la famille. L’homme est un petit enfant lorsqu’il entre en ce monde, et il lui faut bien des choses, pour qu’il se forme physiquement et intellectuellement.
Tout cela, Dieu l’a prévu et voulu. Tous les devoirs imposés par l’État, la commune, la famille, l’éducation, et en outre, le travail de la terre, le commerce, l’industrie, le métier, les relations sociales, les arts, la science, etc..., tout cela rentre dans le plan providentiel de Dieu, et sa volonté est que chacun des hommes coopère, pour sa part, aux devoirs de l’humanité. Ainsi Dieu a prévu également cette évolution avec ses découvertes et ses inventions. Supposer que les hommes auraient, sans la prescience de Dieu ou contre sa volonté, surpris ses mystères, serait une grosse erreur. C’est
seulement dans l’éternité que nous verrons que, devant Dieu, notre science n’est rien.
Quelles sont pour V homme , la valeur , V importance, la destination de toutes ces choses ?
Elles ont été créées pour les hommes, pour leur rendre possible la vie sur la terre, et leur offrir jusqu’au dernier jour du travail et une occupation. En même temps, tout doit servir à l’homme pour reconnaître la souveraineté de Dieu.
Insistons d’abord sur cette vérité : « Tout a été créé pour Vhomme. » — L’homme est l’être important : tout le reste est secondaire. Cela ressort déjà du fait que toute la création terrestre, à l’exception de l’homme, cessera avec la fin du monde. En elle-même, elle n’a aucune valeur, elle est insignifiante. Elle devient superflue dès que l’homme ne l’utilise plus. Dieu la laisse se consumer dans les flammes. Si notable, si grande, si importante qu’une chose paraisse, elle n’a de valeur que dans la mesure où elle est utile à l’homme pour glorifier Dieu. Donc jamais un bien terrestre, un intérêt terrestre, une idée ou un désir terrestres quelconques, ne peuvent s’imposer au point que l’homme doive s’y subordonner. L’homme n’est pas créé pour une affaire ou une entreprise, pour un domaine ou une propriété, ni même pour la société ou l’État ; au contraire, entreprise, affaire, domaine ou propriété, société ou État, sont pour lui. Le soldat, par exemple, le médecin, un capitaine de vaisseau, doivent exposer leur vie, non dans l’intérêt d’une chose, mais pour leurs semblables. L’homme ne doit pas s’abaisser en se faisant le serviteur d’une chose, comme si elle était plus importante que lui.
l’homme et le monde
Seul sur la terre, il a sa valeur en lui-même : tout le reste n’a aucun prix en soi, mais seulement par son rapport avec l’homme.
Il en est de même de l’État. Son rôle est de veiller au bien des citoyens. Sa valeur ne va pas plus haut. Toute forme d’État est donc justifiée, dès lors qu’elle remplit cette mission. Toutes les lois, ordonnances, réglementations du Gouvernement doivent donc tendre à cette fin, et tous les citoyens sont obligés en conscience à s’y conformer et à collaborer, dans leur degré, au bien public. Par conséquent, l’État est pour les citoyens, et non inversement. Il n’est pas lui-même son but, il n’a pas en lui-même sa valeur. Un Gouvernement n’a donc pas le droit de compromettre les intérêts légitimes d’un autre peuple pour servir un but simplement politique, pour donner à l’État plus de gloire, plus d’importance ou d’influence. L’amour de la patrie cache souvent l’ambition et l’égoïsme Le véritable amour de la patrie est avant tout l’amour du peuple, le désir de son bien : il se traduit non point par la poursuite de buts politiques dont la réalisation procure à celui-ci la satisfaction de son ambition personnelle et à celui-là les avantages de ses intérêts privés ; il se traduit par les travaux entrepris et par les sacrifices acceptés pour le bien des autres.
La création entière se rapporte donc à l’homme. En elle-même, elle est sans valeur. Mais sa mission ne se borne pas à être une condition pour l’existence de l’homme, ou à l’occasion une occupation pour lui : Tout doit servir à V homme pour glorifier Dieu , C’est là la seconde grande vérité. Et cette
42 PREMIÈRE SECTION. ï. LE FONDEMENT
deuxième vérité découle déjà des réflexions précédentes qui nous ont montré que Dieu ne pouvait créer qu’en vue de sa gloire. Puisque la création visible et les êtres qui ne sont pas doués de raison ne sont pas en état de réaliser par eux-mêmes ce but, ils ne peuvent l’atteindre que par le moyen de l’homme.
Nous avons vu déjà l’unique manière dont la création peut remplir ce rôle. Elle doit révéler Dieu à Vhomme . De l’ordre merveilleux qui règne dans la nature, de la grandeur de l’univers, de la caducité de toutes les choses terrestres destinées à changer et à disparaître, nous devons conclure à l’existence d’un Créateur infiniment sage, toutpuissant, éternel, et la contemplation des beautés créées doit nous révéler leur source. Quand donc comprendrons-nous le langage que les choses de ce monde nous tiennent en d’innombrables occasions ? La contemplation des choses de ce monde doit élever notre intelligence et notre cœur, et nous conduire de la créature à Dieu. Quelle tristesse et quelle honte ! La splendeur d’un ciel étoilé reste pour tant d’hommes la simple annonce d’un beau temps ! Ils admirent la beauté de la nature et ne songent même point à élever leur pensée jusqu’à Dieu dont la nature a reçu cette beauté ! La véritable sagesse ne s’arrête pas à une vue superficielle des choses ; elle s’efforce d’en pénétrer le sens et les enseignements.
Le ciel étoilé devrait nous rappeler sans cesse la grandeur de Dieu et notre petitesse devant lui ; l’ordre admirable que nous voyons dans la nature,