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car « la beauté, c'est la transfiguration, c'est la lumière », ainsi chantait Savonarole, le grand inspirateur des Renaissants.
Lomazzo qui reproduit souvent Ficin mot pour mot dit aussi dans son Idce du Temple et de la Peinture (ch. XXVI): en cherchant à réaliser le Beau dans ses œuvres, il faut que l'Artiste s'élève jusqu'à la source éternelle du Beau, c'està-dire jusqu'à Dieu, qui resplendit dans trois miroirs hiérarchiquement disposés, l'ange, l'âme et le corps; de sorte que la beauté corporelle ellemême, prise dans sa véritable conception, n'est autre chose qu'une certaine force, une certaine grâce qui resplendit dans le corps par Tinflux de ridée '.
Enfin, voici la progression spiritualiste résumant tout le Traité de l'Esthétique de la Renaissance : dans le corps, l'âme; dans l'âme, l'esprit ; dans l'esprit, le Verbe, et Dieu dans le Verbe. (Pic de la Mirandole.) En un mot, n'est-ce pas là, formulée en écho, la théorie du symbolisme platonicien : le visible miroir de l'invisible ; système
1. Gomp, Ficin, Sangjiei, ch.6, passt/îi, Gioberti très influencé par la doctrine de Ficin disait : en dernière analyse la beauté n est que l'éclat répandu par un type intellectuel sur une appai'ence sensible.
OÙ la philosophie ésotérique des Hébreux et Saint- Paul, c'est-à-dire les deux révélations se rencontrent avec la Raison? Ce symbolisme n'est-il pas celui de l'immortel Léonard réalisant le corps visible le plus beau qui exprime au moyen de la forme la plus belle, mue par l'esprit le plus divin, le Verbe.
Il n'y a pas à hésiter pour rattacher Léonard de Vinci au mouvement célèbre connu sous le non d'Humanisme. Les plus illustres Artistes de la Renaissance viennent ainsi, par leurs chefsd'œuvre, compléter ce grand siècle. Michel-Ange est un Humaniste, son œuvre littéraire en témoigne ; Raphaël est un Humaniste lorsque son génie enfante la Chambre de la Signature. La Dispute du Saint Sacrement et VÉcole d'Athènes sont les symboles de la Foi, et de la Science, de la Théologie et de la Philosophie, de la Philosophie qui cherche la vérité, de la Théologie qui l'a trouvée, d'après la définition de Pic de la Mirandole : Philosophia veritatem quœrit, theologia ifivenit, religio possidet. Humaniste également et le plus grand parmi les grands, Léonard de Vinci traçant pour l'admiration des siècles à jamais, le Baptiste et le Bacchus, ces figures pentaculaires, trois fois sublimes, du cycle ethnico-chrétien.
Quelle majestueuse Théodicée deTHistoire, ces deux symboles pourraient inspirer 1
Une remarque s'impose par rapport à l'usage que je fais de ce terme d'Humaniste appliqué à Léonard. Je n'ignore point que le peintre a repoussé ce qualificatif. Il suffit de s'entendre.
En acception rigoureuse, les Humanistes désignent les lettrés, grammairiens ou glossateurs qui, par leur révision des textes anciens, en fixèrent la meilleure leçon, tels sont, par exemple, Laurent Valla, Ange Politien, Phileplie, Marcile Ficin pour ses magnifiques éditions de Platon et de Plotin, éditions qui ont bien essuyé le discrédit, mais dont la valeur n'a pas été surpassée, suivant des juges compétents et sévères. Dans ce sens d'éditeurs et de correcteurs Léonard n'est pas un « lettré », un Humaniste, c'est évident. Cependant lorsque Ficin compose son traité ; De r immortalité de Vdme ou son Banquet, il fait œuvre de philosophe, or, par extension l'usage a qualifié par le même mot les penseurs originaux et les érudits antiquaires de la Renaissance. Ainsi, on nomme Pic de la Mirandole, Georges de Venise des Humanistes quoi qu'ils ne se soient jamais occupés de la correction des textes. C'est regrettable, sans doute, qu'une même appellation désigne
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un créateur doctrinal et un annotateur, cependant je suis obligé de me conformer à l'habitude en prévenant que je ne commets pas la sottise de prendre Marcile Ficinpourle Boissonnade de son époque, et de même, quand j'appelle Léonard de Vinci un Humaniste, il ne me vient pas à l'idée de prendre ce puissant génie pour un redresseur de virgules, mais pour un homme qui appliqua son intelligence aux plus hautes conceptions.
Somme toute, pour la Renaissance, au sommet de ridéologie se tient la Révélation primitive, Moïse en reste Tinterprète le plus ancien, les Sibylles et les Prophètes sont les annonciateurs du Messie ; Léonard alors représente Saint-Jean le Précurseur qui les résume tous et Bacchus, le plus jeune des deux helléniques, précurseur également, résumant tous les annonciateurs de la gentilité.
La Renaissance fut une époque d'organisation et de synthèse. C'était l'époque où l'architecte Alberti illustrait VÉnéide de commentaires platoniciens. Léonard-le- divin qui est la plus grandiose expression de ce siècle exprime son dogme à l'aide de l'instrument symbolique. Quoi d'étonnant 1 J'ai cité des textes en faveur de l'emploi fatal du symbolisme pour faire œuvre d'art; j'aurais pu donner, non plus des textes, mais des té-
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moignages esthétiques. En effet, un peu avant Léonard, Averulino l'architecte avait donné tous les plans d'une ville entière construite sur des bases symboliques, pensant avec raison : « que Tensemble d'une cité et d'une ville, pour me servir du langage de Ballanchc, est l'image de l'Univers ' » .
1. L'œuvre d'Avcrulino est restée ignorée dans les bibliothèques.
L'art du Vinci est donc symbolique et le symbolisme est une dépendance de la Théologie. Le peintre voulant exprimer sa pensée religieuse le fait par une forme en adéquation avec son concept. Lui reprocher alors de n'avoir pas dessiné un homme squelettique émacié par les privations, l'homme rude du désert, c'est lui reprocher de n'être pas resté dans une donnée historique. Penser avec l'honnête et timide A. -F. Rio qu'on chercherait en vain dans l'œuvre de Vinci « cet idéal ascétique réalisé plus ou moins heureusement parla peinture chrétienne mais auquel Léonard, avec tout son génie, ne put jamais atteindre » ce serait penser une... ingénuité.
— Telle n'était pas mon intention, aurait pu répondre l'Artiste ; je voulais représenter T Annonciateur du Verbe, le Verbe est beau, essentiellement beau, j'ai donc peint la forme la plus belle, et la forme la plus belle c'est l'androgync.
Ce n'est pas une moindre curiosité que de signaler ridentité de l'expression esthétique chez Léonard avec l'esthétique contenue dans le livre
de la doctrine ésotériquc des Hébreux, le Zohar. « Toute forme, dit ce livre, dans laquelle on ne trouve pas le principe mâle et le principe femelle, n'est pas une forme supérieure et complète. »
Ainsi Léonard n'a pas, à l'instar des esprits atrophiés, l'idée d'un Dieu couvert du manteau de l'esclave. Non son Dieu est celui de l'Évangile éternel. On se demande souvent quelle a été la religion des hommes de Génie et l'on tremble lorsque des biographes nous apprennent qu'ils ne mutilaient pas leur chair par d'austères disciplines.
Le Dieu qu'ont adoré Dante, Léonard ou Beethoven est un Dieu qui a traversé la Mort, avant tout c'est le Dieu qui a été, qui est, qui sera,c'est rÉternel, c'est le Dieu vivant, celui dont « la Beauté n'est autre que la splendeur de la gloire qui réside dans le Père des lumières * ».
Ballanche avait rêvé, sur la hn de sa vie, d'écrire une Esthétique = ; un conseil donné aux Artistes par ce génie encyclopédique nous a été conservé : l'Artiste doit s'efforcer à la recherche de la forme idéale que l'homme possédait avant