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2. On peut trouver dans l'Essin sur le Beau du fougueux Gioberti quelques données fondaraentalGS identiques à celles d'où Ballanche aurait tiré son Esthétique.
la chute. Précieuse pensée du pur prophète moderne! Cette forme antélapsaire, nous la connaissons, son type a été révélé par Jésus sur le Thabor, c'est l'homme cosmogonique ', on la nomme androgyne. Léonard l'a réalisée.
Il y aurait un livre superbe à écrire pour prouver que tous les esprits synthétiques ont été dominés par un perpétuel et unique système ; organes de l'Esprit ils ont formulé la môme doctrine. Ballanche est l'écho de Dante dans les temps modernes ; les principes esthétiques qu'on pourrait déduire de leurs principes métaphysiques trouvent leur origine dans Platon qui lui-même n'était que le disciple, comme ille dit, de la théosophie primitive, révélée. Qu'on lise le Sf/mposion, on écoute la pensée moïsiaque traduite en langage attique, qu'on s'extasie devant Léonard, on y voit plastiquemcnt formulé tel que le comprenait la philosophie platonicienne, le dogme cosmogonique: la création androgyniquc.
Cette théorie esthétique a été entrevue par Joseph de Maistre^ d'Orcet l'a plus profondément et plus diversement étudiée à travers les âges,
I. « Jésus transfiguré sur le Thabor : tel est riiomnic cosiiiogouique. » Ballanche, Vision, d'Héhal, p. 110.
elle a été reprise par un esthéticien éminent, M. Péladan.
En fait, si le Verbe humain est l'instrument du Verbe éternel, la forme androgynique est la représentation du divin incarné dans l'humain; l'homme ainsi représenté est réellement l'ancestral microthêc, créé à l'image et à la ressemblance de Téternité de Dieu.
Philosophiquement parlant, admettant que l'Humanité n'acquiert que successivement la connaissance rationnelle de Dieu, nous concluons, Léonard témoin, que la Renaissance eut plus particulièrement la notion de l'Absolu sous le rapport du second terme de la Divinité. Ce second terme est le Dieu rendu relativement accessible à Tintelligence humaine par sa manifestation dans le temps; ce second terme est la Raison, le VERBE.
A d'autres siècles était réservée la compréhension du troisième terme, celui de l'AMOUR. C'est pourquoi, j'ose le dire en donnant raison à Ruskin : l'art n'a pas encore tout dit; oui l'art a encore un cycle à parcourir et le plus beau et le plus sublime. Cette troisième période fermera le cercle de l'appréhension intellectuelle del'ÈTRE.
Ces déductions nées de l'œuvre de Vinci méditée n'offrent pas l'inconsistance du rêve, lanébu-
losité d'une vision en demi-teinte. Non; remarquons-le, Léonard n'a jamais ouvert les cieux comme les primitifs, il n'est jamais descendu aux enfers. Dans son œuvre, nul spectacle d'au-delà, nulle menace infernale ; il a voulu rester toujours dans un plan historique, dans un plan divinliumain. La matière est spiritualisée, Fesprit est corporisé ; ce mariage (dont l'ancolie est le symbole) se traduit : l'unité rendue sensible.
Le poème de la Douleur humaine s'énonce sur le poème de la Passion du dieu incarné; mais' nous poursuivons notre labeur, consolés par 1^ Saint- Jean du Vinci rythmant ses lèvres en sourire d'espérance, montrant, de son index impératif, le Ciel.
Le problème théologique se prolonge en problème social. Pour les Grecs, Bacchus est le dieu qui doit détrôner Jupiter, c'est le dieu de tous sans distinctiou; la Renaissance, par l'organe de Gémisthe Piéton, nous le confirme en célébrant le dieu du pain et du vin — Bacchus — sous le nom de Dieu du Progrès ; pour les Chrétiens, Saint-Jean annonce le dieu qui accordera à tous l'usage du pain et du vin, — Jésus-Christ — qui détrônera Jéhovah, le Dieu dont le prophète Moïse, garda toujours un voile sur le cœur.
Une dernière preuve pour montrer à quel point les hommes de la Renaissance furent guidés par le même idéal, m'est fournie par l'admirable tableau de Mantegna : le Parnasse.
En cette œuvre, l'artiste figure l'union, la réconciliation de Mars et de Vénus, de la Haine, de la Violence avec la Douceur, la Bonté.
L'amour qui protège ce mariage se tourne dans la direction de Vulcain, furieux, car les armes qu'il forgeait sont désormais inutiles, l'amour fait retentir au son de la trompette les accents de la Concorde, de l'Harmonie, symbolisée par la danse cyclique des neuf Muses, réglée par la lyre d'Apollon « l'impérissable hcptacorde qui règle le mélodieux concert du mouvement céleste ' ». Au premier plan du tableau. Mercure, dieu androgyne lui aussi, coiffé du pétase d'Arcadie, portant les talonnières ailées et tenant le Caducée avec la flûte de Pan. Je ne veux pas m'étendre trop longtemps sur cet ouvrage aux commentaires innombrables. Ce n'est pas non plus le lieu de s'enfoncer à nouveau dans l'étude de l'Antiquité. Qu'il soit suffisant de savoir qu'Orphée en sa 57° hymne assimile Bacchus à Mercure. En effet,