POSSÉDÉES
Masc.
FémT'
Formes des deux genres
mon
ma
mes
ton
ta
tes
son
sa
ses
notre
notre
nos
votre
votre
vos
leur
leur
leurs
le mot était, tonique, s'abrégeait en sts, d'où z ( = ts), suivant la loi générale: osts > oz. Dans certains dialectes, ces formes abrégées ont donné tout un développement ; en français, non. Elles sont spéciales aux adjectifs.
Quant à leur, c'est xm génitif latin (illorum) qui signifie rf'é-nx (1). Il était originairement invariable, puis il a été compris comme un adjectif de la série nostre, vosire. Ainsi que ses congénères, il a alors pris s au pluriel (XlIIe s.).
Au XVI« s., il a failli, avec les autres mots en eur, perdre r, qui a été ensuite rétabli ; leu est une forme du bas peuple et des dialectes. A l'époque grammaticale, on a distingué leur pronom, en décrétant qu'il ne prendrait pas d's (2).
Emploi des possessifs de pluralité. — Malgré la difïérence fondamentale entre possessifs de la pluralité et possessifs de l'unité, on emploie naturellement les prem.iers, quand, par politesse, on substitue le pluriel vous au singulier tu. en parlant à une seule personne : Vous avez laissé tomber votre mouchoir.
A la 1'"'^ personne, la substitution est moins fréquente ; on dit en effet moins communérpent nous au lieu de je. Au XVII" s., les éléganUs disaient : mon quartier ; les bourgeoises : notre quartier. Les religieuses aussi parlaient delà sorte, disant notre habit; cet usage, qui rappelait la comnmnauté, n'a pas complètement disparu du langage des ordres religieux. Mais peu à peu cet emploi de l'adjectif de la pluralité fut considéré comme propre au ]K'upIe, et bon pour les domestiques, qui disent : not' maître.
Substitution de mon à ma, etc., devant voyelle. — Les possessifs construits avec des noms précèdent toujours le nom, et s'accordent avec lui: nos chevaux, ma jument. Au cours du Moyen Age, le rapport de genre entre le possessif et le nom qu'il précède a été profondément troublé par la substitution des formes masculines mon, ton, son, aux formes régulières ma, ta, sa. devant un nom féminin commençant par une voyelle.
Dans ce cas, l'a. f. faisait l'élision avec ma, comme avec l'article la : ni'espée, l'espérance, et de cet ancien usage, il nous est resté deux expressions : m'amie (qu'on a incorrectement coupé en ma mie) et itC amour, qu'on traite comme un nom dans l'expression familière des mamours.
La substitution de mon à m' (ma) apparaît pour la première fois dans les Sermons de S* Bernard. On la trouve ensuite chez des écrivains champenois : Rutebeuf, Chrestien de Troyes ; cette bizarrerie semble avoir été originairement une particularité du français de l'Est, mais on ne peut la localiser avec précision à ses débuts. Elle passa ensuite dans le français de Paris, et dès le XIV^ s., fut admise partout. Les explications qu'on a données jusqu'ici de ce phénomène, d'abord purement dialectal, ne sont pas complètement satisfaisantes.
(1) et. Chandeleur (fesla vandelnnim, fête des chandelles)
(2) I>e peuple dit : lu leurs i] diras.
LAPPARTEXAXCE. LES POSSESSIFS 149
A la 3*^ personne, le rapport entre le nombre du possesseur et le possessif n'a jamais été aussi profondément troublé. On trouve quelquefois le possessif de l'unité après plusieurs noms de possesseurs : Li soleil e la lune perdirent ses clartés (Alex., Grand, B. B, 23, éd. P. Meyer) ; — Es vanifez dou siècle mettent s'entente toute (G. Muis., ii, 160). — Mais les exemples sont rares, el depuis le XVI^ s., dire, comme certains écrivains l'ont fait : avoir les vices en son extrémité est un pur gasconisme.
Autres expressions de l'appartenance. — A. Le rapport de possession pouvait s'exprimer en a. f. sans préposition ; le nom était mis au cas régime : l'ostel mon seignor mon père ; — la main Dieu.
B. On pouvait en outre se servir de à comme nous le faisons quand nous disons avec un verbe : Cette maison est à lui ; ce champ est resté à ma sœur. (Cf. sans verbe : A toi ci jouer !). Ce tour, qui paraît être d'origine celtique, était commun en a. f. : Tcmt vus avrai en curt a rei portée {Roi., 446). — Il s'est maintenu jusqu'au XVI^ s., Ronsard parle encore de : l'Eglise à Jesus-Christ (Po. ch., éd. B. de F., 367). — Desportes écrit : la fille à Galafron. — Mais Meigret trouvait déjà à redire à cette façon de parler. Malherbe et Oudin l'ont condamnée. Aujourd'hui elle est populaire : la vache à Colas, la fille au garde-barrière (h. l., m, 489, 644).
Maintien de ce tour. — 11 reste un cas où, dans la meilleure langue, le rapport de possession est traduit sinon par à et un nom, du moins par un nominal ou un représentant équivalent : la tête me fait mal. Me ne joue pas le même rôle exactement que dans : tu me fais mal. Ce n'est pas un objet. Il y a simplement expression du rapport personnel. Cf. la tête lui bourdonnait (uoNC, G. Lac, 79) ; - - la main lui tremble rarement (zol.\, Coni. Nin., 16) ; -- i)oiu- retarder ie moment où sa femme de chambre voudrait... lui lacer le corset (herv.. Flirt, 1).
C. On employait la préposition de : le cors de mi (Auc, 24, 54). — ^ Ce tour devint plus rare à partir du XV^ s. (h. i,., i. 229 ; ii, 418). On le rencontre pourtant encore au XYI" s. : tout le plaisir de ton Gorde, et de moy (du bei.t .. Regrets, lvii). Il a persisté jusqu'au XVIL s.
Aujourd'hui, il reparaît quand on ne peut guère s'exprimer autrement, par exemple, après un premier terme où déjà la possession est marquée : le jardin de ma sœur et de moi. A l'aide de ce tour, on peut distinguer s'il s'agit d'un bien unique possédé par plusieurs, par opposition à plusieurs Jbiens possédés par diverses personnes : La fortune de ton frère et la tienne indique qu'il s'agit de deux fortunes difïérentcs. La fortune de ton frère et de toi signifie qu'il s'agit d'un seul bien indivis.
Au reste, si on ne se sert plus guère de de suivi d'un nominal personnel, si on n'emploie plus de toi, de vous, on dit fort bien avec les noms : Le livre de Pierre. Ce tour a même eu un immense développement, dont nous aurons à reparler : Les liés du fermier, les colonies de l'Angleterre.
En. — Au complément par de, se substitue souvent en. On rencontre
150 INDÉTERMINATIOX ET DÉTERMINATION
cel en dès les origines de la langue : Li cors en gist en Rome ca citei (Al.. cix, 543, = son corps glt). Jusqu'au XVII^ s., on usa librement de en, quel que fût le nom : Colas est mort de maladie : tu veux que j'en plaigne le sort (gombauld, Épigr.. lvi).
Concurrence de en et des possessifs. — Vers 1660. les distinctions commencèrent. Port-Royal posa une règle : « Le pronom son, sa, ses, ne se doit dire ordinairement que des personnes. On ne peut pas dire en parlant d'une chose (une maison de campagne par exemple) : Sa situation me plaist; il faut dire : la situation m'en plaist. Exceptez :
10 les noms collectifs de personnes (une assemblée) ;
20 les noms de choses animées par prosopopée {la nature) ;
30 les noms des choses spirituelles (l'Église) ;
40 les cas où il est question de qualités propres et essentielles au sujet possesseur : une rivière est .<iortie de son lit. Dans un triangle, le plus grand costé est celuy qui soustient son plus grand angle » ( Gr., 63-5).
En fût devenu ainsi le possessif appliqué aux choses. Bouhours approuva (Rem., 157), et les exemples conformes à la règle sont extrêmement nombreux : Je talc votre habit^Vétoffe en est moelleuse (moi.., Tari., 917). Mais les exemples des possessifs abondent aussi, d'abord dans des phrases où en est impossible : Tous ceux qui étaient là doivent venir à sa première représentation (Id., Crit. Éc. des F., 6) ; — Et qu'il ne s'échauffât le sang à sa lecture (rac. Plaid., 479).
On en trouve ailleurs aussi : Mais quand vous avez fait ce charmant « quoi qu'on die », Avez-vous compris, vous, toute son énergie? (Mol., F. Sav., 794-795) ; — - Qui considéreroit bien le prix du temps, et combien sa perte est irréparable (lv bh., Car.. De la Ville, 20); — J'approche d'une petite ville... une rivière baigne ses murs... Je la vois dans un jour si favorable, que je compte ses tours et ses clochers. ( Id., Ib., Soc. et Conv., 49).
C'est au XVI 11" s. que la doctrine acheva de se préciser. « Quand il s'agit des choses qui ne sont pas personnifiées, dit Condillac, on doit se servir du pronom en toutes les fois qu'il peut entrer dans la construction de la phrase ; lorsqu'il est impossible do faire usage de ce pronom, on doit employer l'adjectif possessit son, sa, ses, leur, leurs. F.n effet, quoique ces adjectifs possessifs paraissent plus particulièrement destinés à marquer le rapport de propriété aux personnes, il est cependant naturel de les employer pour marquer ce- même rapport aux choses, lorscfu'on n'a pas. d'autre moyen ; en conséquence, on doit dire : l'Église a ses privilèges, le parlement a ses droits ; si la ville a S8S agréments, la campagne a les siens ; par la raison qu'il n'est pas possible de substituer ici le pronom en.
Mais on dira de la ville : les agréments en sont préférables à ceux de la campagne ; d'une république : les citoyens en sont vertueux ; d'un parlement : les magistrats en sont intègres ; de l'Église : les privilèges en sont grands : par cela seul que le pronom en entre très bien dans la construction de la