L'APPARTENANCE. LES POSSESSIFS VA
phrase. Par la nif^mc raison, on dira : ce tableau a ses beautés ; cette maison a ses commodités, ou les beautés en sont supérieures : les commodités en sont grandes )> (Gr. /r.. ch. xviij.
Aujourd'hui, on donne la même règle sous la forme suivante :
A. — Quand rab.j-et..pi)ssédc est dans la même proposition que le possesseur, son. sa. ses. est obligatoire : Le^__BlÙn a sa source dans les Alpes.
B. — Quand le possesseur figure dans une proposition précédente .
a) 1° si i"objet possédé est sujet d'un autre verbe que être, on emploie son, sa, ses : Ces arbres sont bien exposés, mais leurs fruits ne nmrissent pas.
20 si le nom de l'objet est précédé d'une préposition, il faut encore le possessif : Je connais bien la Suisse, je ne me lasse pas de ses paysages.
b) Au contraire, en est nécessaire 1° lorsque le nom de ciiose est sujet de être : Cette affaire est délicate, le SUCCès en est douteux.
30 si le nom à déterminer est objet direct d'un verbe transitif : I\'onrri dans le sérajl, j'en connais les détours.
Cette règle est très incomplète. En outre elle n'a jamais été imposée avec la rigueur de certaines autres. Littré (Dict., 1863) n'est pas afTirmatif : « La règle générale, dit-il, est d'employer l'adjectif son, sa, ses, lorsqu'on parle des personnes ou des choses personnifiées, c'est-à-dire auxquelles on attribue des vues et une volonté. Hors ce cas, il vaut mieux employer en. Au lieu de dire : le soin qu'on apporte au travail empêche de sentir sa fatigue, dites : rf'en sentir la fatigue. Cependant ce n'est point une loi grammaticale qui y oblige, c'est la clarté et l'élégance, et plus d'une fois les écrivains s'en sont départis ^ .
En efYet, certains auteurs, comme Lamartine, ne sachant pas où mettre en. le mettent partout: Elle avait suspendu une petite lampe à bec de cuivre contre le mur, la lueur en tombait sur le drap et sur le visage endormi (Raph., xi). Au contraire, ils ne l'emploient pas là où il le faudrait (1). On a cité des « fautes » dans Chateaubriand, Lamennais, G. Sand, etc. Il y en a partout. Une analogie invincible et heureuse ramène les possessifs : Elle faisait nommer les outils, les accessoires, indiquer leurs prix, leurs débitants (i;onc., G. Lac, 52) : — ce sujet si vaste... il fallait trouver sa forme, son drame, ses types individuels (lam.. .Joe, Avert.) (2).
PÉRIPHRASES. — il existe diverses périphrases pour exprimer la possession. On emploie des propositions possessives : Je trouve un peu bien prompt le dessin OÙ vous êtes (moi.., Mis., 1525) ; — à l'âge que vous avez (Id.. B. G., III, 3) ; -- jr ne veux point d'obstacle aux désirs que je montre (Id.. E. sav., 440) ; — Jxuis le siècle où nous sommes dd.. Mis.. 117).
(1) Cf. Gram. des g. d. monde, 71.
(2) Au contraire certains écrivains font sans scrupule le plus large usage de en : je vous en préférerais pour l'héroïne (de régniiïi;, La Flambée, 81 1.
152 INDÉTERiMINATION ET DÉTERMIXATIOX
Les possessifs comme signes. Adjectifs possessifs ou adjectifs personnels? — Le rapport marqué parles diverses expressions possessives, en particulier par les adjectifs possessifs, n'est pas toujours un rapport d'appartenance, tant s'en faut.
Quand un enfant dit : ma mère me l'a commande, ce n'est déjà plus la possession véritable qu'exprime ma; ce mot donne jjjntôt l'idée du rapport de filiation qui existe entre les deux personnes.
Quand je dis : mon pays, ce n'est pas le pays que je possède, mais le pays que j'habite, auquel je suis attaché, dont je suis citoyen, où je suis né, etc.
Autrefois, on usait très librement des possessifs : Vous et moi pour nos maux damnez aux plus bas lieux (c'est à-dire pour les maux que nous avons faits) ; — Encore eut-il pitié de ma fatalité (de la fatalité qui pèse sur moi). Malherbe fit semblant de ne pas comprendre.
On emploj^ait aussi le possessif devant un nom sui\ i ii'un participe passé : L'horreur de mon crime commis (mayn.\rd. ii, 12(S. Nous dirions aujourd'hui : l'horreur du crime conmiis par moi). — De même : pour mes maux soufferts (pour les maux que j'ai soufferts). Déjà rare au XV 1^' s., ce tour disparut avec la langue classique.
Pour comprendre les divers sens qui sont ainsi développés et que marquent les possessifs, qu'on pourrait nommer bien mieux des adjectifs personnels, il faut d'abord remarquer que la ])ersonne à laquelle se rattache l'adjectif possessif peut être sujet : mon travail, c'est le travail que je fais ; ou au contraire objet : à ma vue, le voleur s'enfuit, c'est le voleur qui m'a vu ; à ma vue veut dire : éi la vue de moi. L'adjectif a ainsi tantôt un sens subjeclif. tantôt un sens objectif. On trouve ])arfois les deux dans une même phrase: sa justification se trouve dans son péril (bai.z.. Pays., 301 ; = le péril qu'il court est la justification de lui. le justifie).
Nous ne traiterons ici que du sens subjectif (1 ).
Extension du sens des possessifs. -- 1<^ On se sert dn possessif- j)nuv accompagner le nom d'un être, d'une chose dont i! ;i été cjuestion, sur laquelle porte le récit, la conversation : Voilti mon homme pris, ri ma vieille attrapée {coRi<i., Veuve, 1 18,'}) ; — - // y tond)e, en danqer de mourir, Et mon chat de crier (ï..\ i-oxt.. FuIk. viii, 22>.
2° Le.possessif peut s'appliquer à un objet que l'on s'est i)our ainsi dire approprié par son travail, son étude, etc. : Cet élève n bien .sw/ -sa fabic^ il possède bien son arithmétique. On forme ainsi beaucoup de locutions avec les verbes connaître, savoir, posséder : Connaître son histoire : savoir son chemin : posséder son affaire. Une mention si)éciale est due à la locution savoir son monde : fille qui sçait Son monde a saison oportune (régniri!, Macette, 93). Elle était très classique, pour des raisons c[ue l'état de la société du XVIF s. explicpie facilement.
(1^ l'oiir le sens ohjccii', v. ;'i V Objet, \i\ . IX, secl. Il, cli. IF.