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L'ORDRE ET LE RANG. LES ORDINAUX

(•(inmencé à éliminer les formes concurrentes. Dans la première moitié du XVP s., on hésitait encore entre les anciens ordinaux et les nouveaux. A la fin du siècle, les vieux ordinaux sont définitivement battus et destinés à ne plus survivre que dans des coins du lexiciue.

Ordinaux et cardinaux. — I^^n même temps, on peut noter une tendance à substituer le nombre cardinal au nombre ordinal. On dit toujours : Charles second, Henri troisième ; mais on commence à dire : les quatre (i sixième livres de Virgile (pasquier, Rech., \ii, 6, 1. 1, 708 B.) : — le Caduc rstïe Sept des Aages le dernier (rons., vi, 406, M.-L.). — Il est intéressant (le voir Montaigne, au cours de ses éditions successives, se corriger et remplacer l'ordinal par le cardinal. Le même flottement se constate chez TEstoilc.

Au XVII *^ s., Vaugelas eût voulu que la langue résistât à la tendance nouvelle : « Quand on citejonjixre ou un chapitre, écrit-il, ou que l'on nomme im^Pa pfi au-««-Roy;-oxr quelque autre chose semblable, il faut se servir du nombre adjectif ou ordinand, et non pas du substantif ou primitif, qu'ils appellent » (i, 215). On rencontre d'ailleurs l'ordinal très fréquemment encore : J'ai rcceii vostre lettre du vingt septième du mois passé (balz., i, 200); — dès le règne rf' Henri quatrième (sgarr., Rom. Com., i, 176); — Philippe second ftt mourir son fils (la rochef., i, 280). Les successeurs de Vaugelas étaient indécis. Patru admet chapitre quatre dans un discours ; il tolère qu'on emploie le chiffre cardinal au lieu de l'ordinal pour désigner les rois de France (mais ceux de France seulement). Thomas Corneille, Bouhours et Ménage font des concessions analogues. A toutes ces discussions, il était visible que l'usage allait changer: dans la langue courante, on cinployait plutôt les adjectifs cardinaux que les adjectifs ordinaux. M^^^ de Sévigné écrit : // y a vingt trois jours que j'en suis malade ; depuis le quatorze, je suis scms fièvre et sans douleur (Lett., d) ; ■ — elle est dans son neuf (Lett., ccccxli = son neuvième mois de grossesse).

La Fontaine brouille anciennes et nouvelles formes : Puis souffre un covp^vec grande'constance ; Au deux, // dit : Donnez-moi patience. Mon doux Jésus, en tons ces accidens ; Le tiers est rude ; // en grince les dents, Se courbe tout, et saute de sa place. Au quart, il fait une horrible grimace ; Au cinq un cri (Cont., xi).

I^a substitution des adjectifs cardinaux aux ordinaux s'explique. On dit que l'usage suivi dans un cas particulier. — celui de deux nombres juxtaposés — • s'est jietit à petit généralisé. Parce qu'on disait : // est dans sa vingt ou vingt et unième année, on était amené à dire le 21 août. — Quoi que vaille cette raison, il paraît y en avoir une autre. C'est au moment où l'imprimerie a commencé à répandre les textes français que l'adjectif cardinal a commencé à prendre la place exclusivement occupée jusqu'alors par l'adjectif ordinaî, OTT^h'Ofdrhâr était écrit en chiffres : II, IV. Le chifîre est un idéogramme, où chacun a l'habitude de lire un groupe de sons qui forme

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le nombre cardinal. Il y a entre la figure et la chose un lien s^i constant que ce qu'on peut écrire près du nombre est tout à fait secondaire. Un point après II, III, quand il existe, est peu de chose. On fait comme s'il n'était pas.

Peut-être le changement eût-il été moins rapide, si dès lors la série des ordinaux eût été comme aujourd'hui très proche de forme de la série des cardinaux. Mais II. devait se lire second, III. tiers. Il dut se passer ce qui se passe quand nous lisons des chiffres dans un texte étranger. Nous les lisons dans notre langue, sous la forme par lacjuelle ils traduisent d'ordinaire l'idée. Dans Im lahre 1520, nous sommes tentés de lire : quinze cent vingt. De même à II, III, étaient attachés essentiellement les mots deux, trois, on n'tdlait pas chercher second et tiers.

Cette tendance est aujourd'hui arrivée à son maximum : nous disons, Boniface VIII, Henri II, Henri III, Alphonse XIII, Pie IX. Nous datons toujours avec l'adjectif cardinal : le 28 février. Les numéros des rues sont indiqués en chiffres cardinaux. Les receveuses des tram^Yays appellent, non le second... le troisième..., mais: le deux, le trois. On entend même te un. (Au contraire, le coiflour appelle : le premier de ces messieurs).

Syntaxe des ordinaux. — ■ Invariablement. doi)uis l'âge moderne, les cardinaux se placent avant le nom : le deuxiriin' rang, la vingt-huitième dynastie (1).

L'accord est normal : Le premier consul, la trente-deuxième demi-brigade.

Les cardinaux qui tiennent lieu des ordinaux viennent derrière le nom : le bâtiment 3, l'ordre n^ 22. Ils ne varient naliircllcnient pas.

Valeur déterminative des ordinaux. — Les ordinaux, nous l'avons dit, servent à classer un objet dans une série ; ils le mettent à son ordre, soit dans l'espace, soit dans le temp«. Et par là ils le distinguent souventAlcs autres/objets : C'est la trente-septième maison après le pont : — le Maire du quatorzième arrondissement : — Après un deuxième mensonge, je la renverrai.

De là leurs sens d'appréciatifs : premier signifie sui)érieur, excellent : De la viande première (qualité); -- (cf. seconde) il a fait cela en première, dit le peuple. On lui oppose dernier. Le peuple dit : c'est la dernière des dernières. Il ne s'agit plus là que de qualification.

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(1) 11 reste des traces de l'ancienne libellé : « lu pifiiiinc liciiir, it -on hriirc ilnnièrr.

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