FÉM
Neutre
Sirc.
i celui-ci \ celui-là
celle-ci celle-là
ceci, cela
Plur.
( ceux-ci 1 ceux-là
celles-ci celles-à
Nous avons vu plus haut les formes de l'a. f., et montré comment disparurent les cas, puis comment les formes de la série cest devinrent adjectives.
Dans la série celui, le cas sujet, cil, se maintint longtemps. Les poètes de la Pléiade l'affectionnaient, il était bref et commode. Mais il ne passa pas au XVII^ s. Au contraire, cestui survécut assez tard. Il n'est pas rare chez les écrivains du l^r tiers du XVII^ s. Dans la langue populaire, sti-là (cestui-là) resta longtemps en usage.
Celui, celle, furent longtemps adjectifs aussi bien que représentants : Si veit venir cele gent paienur. Jusqu'au XVI^ s. cet état de choses dura. Il n en reste que l'expression à seule fin (mal orthographiée pour : â celle fin). Aujourd'hui celui, celle et leur pluriel sont toujours représentants (2). Mais ils ne sont jamais plus représentants à eux tout seuls. La lutte avec leurs composés remonte naturellement à la date où ces composés ont été formés. Elle dura longtemps. Cele vient de visce et ceste de vertut ÇJob, 515); -~ Car de ceulx n'eschapoit nul ou bien peu (comm., i, 207, m.).
La disparition de cestuy, dans le premier tiers du XVII- s., rendit impossible la continuation de l'usage antérieur.
Valeur de celui-ci, celui-là. - Les démonstratifs distinguent les objets parleur situation dans l'espace: celui-ci marque la proximité, celui-là l'éloignement. Mais cette distinction primitive a souvent besoin pour être nette d'être renforcée : celui-là là-bas (3). Ailleurs la distinction est relative au temps, ou encore celui-ci et celui-là servent tout simplement à distinguer des objets comme le feraient l'un, l'autre. C'est aussi avec ces formes qu'on
'1) A côté de celai, etc.. existait en a. f. une forme complète icelui
2) On a vu paraître une forme avec l'article : les ceux, comme : les siens. Mais elle n'a vécu (jue dans le parler populaire de diverses provinces.
Là où les adjectifs ont disparu, on a fait un représentant à l'aide du mot autre : l'ant'ci, rauClà.
'3) On remarquera la confusion de ici et de là. On entend dire : celui-ci, là.
renvoie aux noms antérieurement prononcés, en se servant de celui-là pour le nom prononcé le premier : Vivotent le Cygne et l'Oison ; Celuî-là destiné pour les regards du maître ; Celui-ci, pour son goût (la font., Fab., m, 12) ; — Deux sortes de gens fleurissent dans les cours, et y dominent dans divers temps, les libertins et les hypocrites : ceux-là gaiement, ouvertement... ceux-ci finement, par des artifices (la bb., Car, Espr. forts. 26).
Concurrence des personnels et des démonstratifs. • — //, la, elle, etc. sont d'anciens démonstratifs. Ils ont été en concurrence avec les formes propres que le français s'était créées : cil, cet, icil.
En a. f., il n'est pas rare qu'un pronom d'une série remplace un pronom de l'autre : El cel munta par devant ceus (chrest., Ev. Nie, 1059). Longtemps, dans le complément des partitifs, il fut d'usage de se servir d'un démonstratif : Et H puisné qui sont de grant borné Chascuns de ceux porte un faucon ramé (Aymeri, 1596-7). ■ — Le démonstratif le plus usuel en pareil cas était icelui, employé après toutes les prépositions. En style administratif et judiciaire, il vécut longtemps. Mais les Salons du XYII^ s. le considéraient comme un mot de praticien. Vaugelas déclara que c'était le plus mauvais mot de la langue. Ce fut son arrêt de mort. On n'en trouve quelques rares traces que dans le langage judiciaire : Distraction d'objets saisis et détournement d'iceux.
Usage de ceci, cela. — Ces neutres ne peuvent théoriquement représenter des êtres ou des objets, puisqu'il n'y a point de noms neutres en français. Ces représentants renvoient à une idée contenue dans un groupe de mots. Nous les retrouverons employés en cette qualité : Rem,eitez-vous-en à votre médecin, cela vaudra mieux ; — Nous allons y mettre un entredeux, ce sera très bien. — Mais en outre ces démonstratifs peuvent remplacer des nominaux neutres : mettez quelque chose de chaud, cela vous fera du bien ; — quelque chose qui arrive du pays, c'est encore une foie ; — prenez cela, c'es/ pour votre bien, c'est bon.
En outre, les représentants, nous l'avons dit, représentent non seulement un mot, mais un mot avec ce qui l'accompagne. Inversement, quand ils représentent un groupe de mots, par une extension facile à comprendre, ils en arrivent à représenter seulement l'un d'entre eux. Évidemment, à la rigueur, il faudrait dire : buvez cette tisane, elle vous réchauffera, si on veut que le représentant renvoie à tisane ; mais quand on dit : buvez cette tisane, ça vous réchauffera, il serait téméraire de soutenir que ça représente tout le groupe : buvez cette tisane . C'est sur la valeur de la tisane qu'on insiste, c'est elle qu'on recommande. Pour bien dire, c'est surtout l'idée de tisane que ça représente dans la phrase : ça vous réchauffera, non point avec la précision de elle, mais tout de même.
Ça représente quelquefois des personnes, avec une nuance péjorative : Ces sales ouvriers ont encore choisi un jour où j'ai du monde. Allez donc faire du bien à ça ! (zola, Germ., v, ch. 5).
Ça peut être aussi un terme de tendresse : Les grand-mères, ça ne fouette