B. SUJETS DES INFINITIFS
Quand i'actio.i est exprimée dans un infinitif, malgré l'analogie enire infinitif et nom, le sujet ne doit pas être recherché là où il serait avec un nom, il n'est pas dans un nom en dépendance. Plusieurs cas se présentent :
1° L'infinitif n'a point de sujet propre. — Le sujet de l'infinitif est un terme contenu dans la phrase.
a) C'est le sujet du verbe principal : Je voudrais être mauvais prophète; —
Je rentre pour prévenir mon père : — le témoin a juré de dire la vérité ; — puisses-tu réussir ! — elle est laide à taire peur (1).
^) C'est l'objet premier ou secondaire du verbe principal : On nous défend de sortir ; — je lui ai donné deux heures pour me répondre ; — au XVI l*^ s., on condamnait une tragédie pour avoir manqué aux règles des trois unités. 2° L'infinitif a un sujet propre. — a) Le sujet n'est pas exprimé. C'est alors un sujet général, et l'infinitif a le même sens qu'aurait un verbe précédé de on : il faut toujours se méfier des sots équivaut à : il faut toujours qu'on, se méfie des sots.
Ce cas est extrêmement commun, quel que soit le rôle joué par l'infinitif dans la phrase : souffler n'est pas jouer (quand on souffle, ce n'est pas comme si on jouait) ; — se présenter ne veut pas dire être élu ; — à dire vrai, ce tableau ne vaut pas cher ; — voilà un conseil à suivre ; — cette poire est bonne à manger. Nous verrons ]^lus loin toutes sortes d'infinitifs ainsi construits derrière des adjectifs c! des noms et dé])ourvus de sujet : triste ■à pleurer, eau à boire.
Quand le verbe est réfléclii ou réciproque, si l'idée est générale, le pronom est le réfléchi de la 3« personne. J'ai été pris d'une tristesse à se faire sauter (a cervelle. Un personnel apparaît quand l'idée est appliquée particulièrement à un être : à me faire sauter la cervelle.
il arrive souvent qu'on rapporte ainsi une idée générale à un cas parti- -culier. Si, par exemple, on s'écrie en apprenant la misère d'un ami : Avoir tant travaillé et en être réduit là ! il est certain qu'on lui fait application d'une idée générale. Il n'y a pas de sujet exprimé, mais il y en a un par allusion.
Quand l'infinitif précédé de de est complément d'objet d'un nom, le sens peut être général, ainsi : le désir de paraître pousse à toutes sortes de sottises. Au contraire, si le désir est attribué à une personne en particulier, l'idée exprimée par l'infinitif se rapporte également à cette personne : son désir rfe paraître lui n fait faire des dépenses excessives. De sorte que pour attnl>uer l'action exprimée par l'infinitif à un sujet différent de la personne qui éprouve le désir, on a recours à une périphrase faite avec le verbe voir : le désir de voir réussir son fils. Cf. la crainte de la voir se compromettre. On arrive ainsi à ré([uivalent de véritables propositions comj)léments d'objet qu'on ])eut d'ailleurs employer : le désir que son fils réussît, la crainte qu'elle se compromît.
Des observations analogues trouvent ]Dlacc quand l'infinitif dépend d'un adjectif : une femme désireuse de plaire est une femme qui désire plaire en personne. Pour attribuer l'action à un autre sujet on se servira de voir. Cf. une femme désireuse de voir sa fille .se marier.
3) Le sujet est exprimé. — En ce cas il faut considérer si l'infinitif est dépen-
du S?iils les dialectes de l'Kst et Xord emploieiil un infinitif avec uii sujet, quand c'est la mcme personne qui fait l'action du verbe principal c Icelle de l'infinitif : Je n'ai plus rien pour moi vivre. Le tour est déjA dans .Toin ville.
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dauL ou non. Il esl dépendant dans la proposition dite > infinilive - : 'lu regardais aussi la Malibran mourir. Il est indépendant dans : Grenouilles aussitôt de sauter dans les ondes. Grenouilles de rentrer dans leurs grottes profondes (la font., Fab.. ii, 14).
Nous verrons, chacun à leur place, ces difïérents tours. Nous ne si -, alerons ici particulièrement que ces sortes de propositions qui expriment un sentiment d'indignation, de surprise, telles que : Lui. mourir ! — Elle, prendre la plaee d'une mère que j'ai tant aimée, jcmiais ! — Gaston épouser Fernande ! après tout ce ne serait pas si mal ! Il faut observer que souvent il y a une pause entre le sujet de l'infinitif et cet infinitif. Le sujet est comme détaché. Il n'y a pas lieu cependant d'en faire une règle, ainsi que le montre le dernier exemple.
On remarquera les phrases telles que la suivante : Son mari va me remporter, pour courir tous deux la j'orlune au paijs de Slangij ! (herv.. Cours, fl.. IV. 8).
L'infinitif est présenté par un présentatif. — 11 se peut qu'il n'y ait point de sujet : Voilà parler. Mais souvent l'infinitif est accompagné de son sujet. Les écrivains du XVI"^ s. et les classiques ont employé les noms et les personnels en pareil cas, ce qui s'explique peut-être par le fait que voici et voilcï n'étaient pas encore devenus tout à fait des mots indécomposables et abstraits : Voicy le Dieu venir (du bell., i, .397) ; — Voicij derechef les friandes Harpies Tourner dessus la table (rons., iv, 171).
En langue moderne, il s'est formé des locutions où l'infinitif suit immédiatement le présentatif. Le sujet vient derrière, si c'est un nom : Voici venir le jour ; — Mais les voici venir (mol.. Et., 202;-5). C'est un tour peu développé: Ft voici resplendir l'aurorr du retour (lec. te l.. Po. Ir.. 177. Eryn.).