CHAPITRE XI L'IDÉE DE RÉCIPROCITÉ. — LES VERBES RÉCIPROQUES
Il arrive que laclion attribuée à plusieurs êtres va d'un des auteurs de cette action à l'autre, et aussi, de celui-ci, retourne au premier. On dit qu'il y a réciprocité.
L'idée de réciprocité s'attache à des noms, à des adjectifs, à des verbes : nos devoirs les uns envers les autres ; — indulgent l'un pour l'autre ; - Deux frères doivent s'entr'aider l'un l'autre. — Tout le développement de 1(1 nuitualilé est dû (m senlinient de la solidarité des hommes les uns envers les autres.
Moyens d'expression. — Certains noms ou verbes renferment en euxmêmes ridée de réciprocité. Ce sont ceux qui sont composés avec entre. Les écrivains du XVjc s. les ont fort aimés et en avaient accru le nombre: s' entière pondre, s'entrenuire. s'entrepoasser, s'enivepiller. s'enUeeroiser. (CF. entreparleurs) (ii. i... ii. lUi).
De[)uis le XVII'' s., ces composés ont beaucoup diminué de nombre ; mais la particule entre est toujours vivante et féconde, et il est fâcheux qu'on lui substitue inter, pris tout cru à des composés latins: les eomjnissions 'inteTministérielles. les entrevues inieTpci.rlementaires. On em])loyait aussi eontre : contverespondre. COniT'aborder. contv' <unour.
Il y a lieu de tenir compte également du préfixe re. (pii signifie rendre à i/uelqu'un l'équivalent de ce ([ui vous vient de lui : // m'a offert une tournée, je lui en ai roffert une. dit -on dans le peuple.
La forme ordinaire des verbes réciproques esl la même qur celle des lélléciiis : ,s/ vous voyez deu.v chiens qui s'aboient, <jui s'aSrontent, qui se mordent et se déchirent, vous dites : « Voilà de sots animaux >> (la br.. Car., Des jug.. 119). Cf. leurs regards se croisèrent ; — les deux façades se correspondent (1).
Mais on remarquera qu'une phrase comme : ces deux /jo/nmes s'observent peut signifier que chacun d'eux s'observe lui-même dans son attitude, et aussi que l'un observe l'autre et réciproquement. Ceci ne va pas sans incon- N énient. Ex. : Les deux jeunes gens se sont mariés le 12 juillet. Pour faire cesser l'équivoque, s'il s'agit d'un même mariage, il faut ajouter l'adverbe
(1) Cf. Toiil ■■<? qtif la haine la plus implacable at>uil inuenlé cnnire iiutis, nuits nous l'appliquions naturellement, et ces dini.v êtres malhenreu.r, qui seuls se connaissaient sur la terre, qui seuls pouvaient se rendre justice, se comprendre et se consoler, semblaient deux ennemis irréconciliables, acharnes à se déchirer (n. const.. .4d., ch. V).