CHAPITRE XVI DÉCOMPOSITION DE LA PHRASE CONJONCTIONNELLE
Les incises. — Il est très important de noter que, comme nous l'avons fait prévoir plus haut, les phrases que nous venons d'étudier se décomposent fréquemment pour les besoins de la pensée ou du style. A : vous dites qu'ils reviendront, on substitue : ils reviendront, dites-vous. De même : ;7.s reviendront, je pense ; —j'irais hien, pensais-je ; — ils accepteront, j'espère. On remarquera ([ue. lorsqu'il n'est pas fait usage de formules faites, un représentant neutre le rappelle l'idée. Ce sont en somme de ces phrases à Feprises. dont nous avons parlé aux Généralités : Ils reviendront, je le sais. Les verl)es dont on use ainsi sont ceux que commande le sens : dit-on, reprit-il. repartit-il. ajoiita-t-il, questionna-t-il, concéda-t-il. remarqua-t-il, objecta-t-il. grommela-t-il : Vous êtes donc décidée à rester ? ajoute-t-il. — Oui, dit-elle, et j'ai eu tort (flaub., Hov.. m, 257).
La langue populaire, rebelle à l'inversion, remi)lacc ce tour, par une proposition où l'ordre ordinaire des mots est gardé : Bien sûr. qu'il m'a fait. — Je n'ai pas le temps, qu'elle se disait ; — // est mort ce matin, qu'on m'a dit(l).
Le style indirect. - La langue possède divers moyens de ra])porler, ou ses propres paroles et pensées, ou les paroles et les pensées d'autrui :
1° On les exprime à la personne convenable du \erbe, en les mettant dans la bouche de celui qui pense ou qui parle : Je lui disais : « Reste encore un njomeni « ,■ ^7/^- me dit : > Quelque chose nie tourmente » (v. n.. Cont., Aur., ' XV) ; - - Elle répondit : i Madame s'Jiabille ». — Marc fit la moue attrapée de l'enfant qui sort sa huigiir. puis jeta : « Oh ! (dors ! >> avec un .sourire gouailleur indiquant qu'il g en aurait pour longtemps (p. ^\ \iu;.. Sur le Ret., 29).
Diins l'écriture, les guillemets indiquent qu'on cite textuellement des [)aroles (2) : L'aïeule regarde déshatyiller l'enfant Disant : « Comme il est blaiu-. approchez donc la Icunpe ! (v. h.. Chût.. Nuit du 4).
2" On se sert du style indirect. A) l'n mol, ayant le sens de dire, penser, verbe ou nom, est suivi de phrases non rattachées par conjonction, où sont rapportées les ])aroles ou les pensées.
La fable de La l*'ontaine Le Coche et la Mouche montre un cxemi^le, où
( 1 ) Vous dis-je insiste sur r;i(liiinalion ; (i'autros propositions de ce fîenre exprimenl au contiairo des resserves : il csl reiif. à ce que je crois. Nous en parlerons donc aux ModaHlâs.
(2) Les guillemets fourniront au professeur l'occasion de donner aux élèves une leçon de probité intellectuelle et une leçon de prudence : le respect de la parole d'autrui doit être absolu. On ne doit mettre entre guillemets cpie des paroles text\ielles.
DÊCOMPOSITIOX DE LA PHRASE COXJoXCTlOX XELLE 343
Ton n'en vient qu\-ii second lieu à cette construction : La Mouche, en ce commun besoin. Se plaint qu'elle agit seule et qu'elle a tout le soin. Qu'aucun n'aide aux chevaux à se tirer d'affaire : Le moine disoit son bréviaire : Il prenoit birn son ienips .' Une jemme chantoit : C'étoit bien de chansons qu'alors il s'agissoit .' A ])artir de : le moine disoit son bréviaire, les paroles de la mouche cessenl d'être des subordonnées.
B) Ailleurs, poinl de subordonnées préparatoires d"abord ; on commence tout de suite par une indéiiendante : bien qu'elle exécrât Tellier, elle blâmait Lheureux. C'était un enjôleur, un rampant (flaub.. Bov.. 118); — Maurice ne disait rien : mais il était de l'inns de Choutecai et de Loubet. qui blaguaient, débordants de mépris. A hue. à dia ! va. conmie je te pousse !... Est-ce que le mieux n'était pas d'aller se coucher, quand on avait des chefs pareils.... Non, vrai, c'était à ficher en colère (zoi.a. Déb.. 2 17).
Ce tour servant au style indirect est déjà usuel en a. f. : D'une raisun oï Rolant parler : Ja ne murreit en estr(mge regnet (Roi., 2803); - - Deus chastiaus lor (nu)it promis. Les mellors et les miauz assis... Qiuint an son reaume vcmdroienf. Cez deus chastiaus lor liverroienf. Et les ranies et la /i/s/Zcc (chrest., Er., 1877 ; h. i... i. 251).
Il importe de faire ici deux remarques.
10 Le mot qui renferme l'idée de dire, et que les phrases rapportées dévelojipent, peut être un nom : Le Département... rendit un règlement fort sage pour assurer la police des sections. On devait // entrer s(nis armes ni bâtons, et donner... (mîchel.. Rév.. vu. 122).
2° Ces constructions ne sont pas bornées au cas où il s'agit de paroles. Il s'étend aux phrases où il s'agit de pensées, de volontés : // prit avec moi les mêmes engagements que Montigmj. J'étais reçu d'avance: je ne passerais pas (ui coniité : on me donnerait des primes équivalentes (a. dtmas, Demimond.. Av. pr.).
Par une analogie naturelle, cette construction s'est étendue à des phrases où aucun mot n'annonce que des paroles vont suivre : Le domestique revint : ( .Madame allait recevoir monsieur '> (flaub., Édnc, u, 24).
L'imparfait est le temps employé le plus ordinairement dans cette forme du style indirect : f '/? jour, au dévot personnage Des députés du peuple rat S'en vinrent demander quelque aumône légère : Ils alloient en terre étrangère Chercher quelque secours contre le peuple chat ; Ratopolis était bloquée : On les avoil contraints de partir sans argent. Attendu l'état indigent De la république attaquée. Ils demandoient fort peu. certains que le secours Seroit ])rét dans quatre ou cinq jours (i.a font., Eabl.. vu. .3).
, Mais l'imparfait n'est, bien entendu, ])oint seul en ce rôle. Si la cliose énoncée est antérieui-e. on trouve le plus-c[ue-parfait ; si elle est postérieure, le futur dans le passé : // était d'ailleurs plus sombre, malveillant et irascible que jamais. Dans un cm, si la fortune ne changeait pas. il s 'embarquerait ponr l' Amérique (flaub., Éduc, ii, 31). Nous en reparlerons à propos des Temps.
La syntaxe ici repose en somme sur le transfert dans des temps relalils
(les jjropos qu'on rai^porle. On les rattache ainsi au récit et on les en fait dépendre, ce qui n"empêchc pas du reste les temps aljsolus de reparaître : Frédéric... se lança dans une longue période sur l'affinité des âmes. Une force existait qui peut ci travers les espaces, mettre en rapport deux personnes. (flaub.. Édiic, I, 341). Cette force agit de tout temps, d'où le présent.
Il ne faut pas s'étonner si parfois on ne sait plus au juste qui parle, le personnage ou l'auteur : Tout à coup, ils virent entrer, par la barrière M. Lheureu.r. le marchand d'étoffes. Il venait offrir ses services, eu égard à la fatalr circonstcmce (flaub., Bov.. 280). Ce sont les mots « fatale circonstance » qui en font un propos de M. Lheureux. Prenons un autre exemple : Le lendemain. 3/me Moreau... énuméra les bois, les fermes qu'elle (Louise) posséderait. Lu fortune de M. Roque était considérable. Il l'avait acquise en faisant des placements pour M. Dambreuse. Cette dernière phrase pourrait être la suite du discours de M^^e Morcau. Kn fait, c'est l'auteur qui parle. On le voit grâce à un arlifice d'écrilure. L'alinéa se termine après considérable.
Passage du style direct à l'indirect et inversement. — L'a. f. passait avec une extrême facililé du style direct au style indirecl. et inversement. II reste des traces de cette liberté chez La Fontaine : Un octogénaire [)lanloit. « Passe encore de bâtir : mais planter à cet âge ! Disoient trois fouvenceaux, enfants du voisinage. Assurément il radotoit. Car, au nom des Dieux, je vous prie, Quel fruit de ce labeur pouvez-vous recueillir ? Quelques auteurs modernes ont imité cette liberté : // feulait une sainte ligue, que tous les honnêtes gens se serrassent autour de la Reine. Le Roi sera emporté dans l'élan de leur amour... Le parti révolutionnaire ne peut faire qu'une campagne (.AircHEL.. Rév.. i. .381).
Sans forcer en aucune façon la syntaxe, on passe encore aisément du style indirect au direct : Un employé... répondit que Monsieur ne ^serait pas '.' au magasin » avant cinq heures. Mais si la commission pouvait .se Irtmsmelln ,.. — « A'o/j .' je reviendrai» . répliqua doucement Frédéric (flaib.. Èduc. I. 37),