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CONCURRENCE AVEC LA PROPOSITION CON JONCTIONNELLE

Origines. — La construction conjonctionnelle de l'objel est de])uis longtemps en concurrence avec la construction latine, où l'objet est exprimé par l'infinitil : je le vois venir, je l'entends courir.

Très étendue en latin, cette construction infinitive n'est pas une construction commune en tout ancien français, sauf avec des verbes comme faire, voir : En Sarraguce fait suner se.s taburs (Roi.. 852) ; — Caries verrat sun grant orgoill cadeir (Ib.. 578). Elle ne se développa qu'ensuite, avec un certain nombre de verbes, tels que laissier. esteveir. deveir. saveir, etc. (H. L., I. 249 et II. 453).

En m. f.. l'influence du latin contribua singulièrement à l'étendre. Quand les Anglois apperceurent les Françoijs estre desia entrez dedans icelle ville... (j. chartier, Chron., ii. 132) ; — il entendoit et connoissoit beaucoup de choses aller contre poil (g. chastel., Chron., i. 14).

Au XVI^' s., on la trouve partout. Le sujet est tantôt un nom : Et d'autant plus que Mars, belliqueux dieu, On dict traiter quelque amour en ce lieu : — tantôt un personnel : Monseigneur, vostre gracieux langage, qui VOUS monstre avoir quelque compassion de moij (s^ gel., m. 179).

Le sujet est. soit un démonstratif : J'estime celuy dire le mieux qui me loue le plus (reine marg.. Mém.. i) ; — soit un conjonctif : M. de la Noue qu'on disait avoir quitté le parti et religion des huguenots (lest., Journ. de H. III, 36, 2).

En langue moderne, l'emploi de l'infinitif avec un sujet nominal s'est beaucoup réduit. Il reste fréquent avec les verbes tels que faire, laisser, voir, regarder, sentir : je ne puis voir deux amants soupirer l'un pour l'autre, qu'il ne me prenne une tendresse charitable (mol., Am. méd., m, 3).

On est un peu surpris quand on trouve cet infinitif en dépendance avec des verbes synonymes ou approchants de ceux-là : quand elles apercevaient venir de loin les (lequéreurs (ren.. Souv. Enf.. 36 ).

Progrès de l'infinitive. — Déjà Oudin trouvait lourdes des constructions comme celle-ci : Pleust à Dieu qu'on m'eust conseillé que j'eusse poursuivi mon affaire; pleust à Dieu qu'on m'eust deffendu que j'eusse pris cette resolution. Il vaudroit mieux dire, remarque-t-il : qu'on m'eust conseillé de poursuivre... qu'on m'eu.<it deffendu de prendre (1632. 203). Des expressions

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telles que commander de faire, prier de nenir, charger d'écrire, éliiieiil tiéjà d'usage. Dire de lut longtemps rejeté par les grammairiens. Il a été employé par jNIolière : Vous m'avez dit d'aller là dehors (Escarb.. 6). et il est devenu usuel.

Choix entre l'infinitif et une proposition introduite par un conjonctif. — Il arrive très souvent que le verbe dont dépend l'objet est inclus dans une proposition conjonctive : Cet enfant scms parents. qu'eUe dit qu'elle a vu (rac, Ath., 978). C'est là un tour très usuel dès le Moyen-Age.

A la fin du XVI F s., les grammairiens l'ont attaqué, et depuis il est peu en faveur ; il est du reste lourd. Toutefois il se rencontre fréquemment encore en langue moderne : tout l'amour que vous voulez que je sacrifie aux devoirs que vous nr imposez (a. karr. Tilleuls. 122). Il est particulièrement répandu dans la langue vulgaire : mes effets, qu'on savait que j'avais transportés d'un endroit dans un autre (vidocq. Mém.. i, 91). L'accord se fait normalement dans la phrase dépendante.

Pour éviter cette accumulation de que, on est obligé de se servir de périphrases tout aussi lourdes et peu heureuses : les h(dyits qu'on dit m'avoir vu porter peut passer, j)uisque voir a ici quelque chose de son sens propre, mais ces effets qu'on dit m'avoir vu transporter d'un endroit à un autre ferait presque un contresens. On jieut avoir vu le transfert, mais on peut aussi savoir qu'il a eu lieu, sans l'avoir vu.

D'autre part, les tours par l'infinitif sont |)arfois vrainu-nt i)arl)ares : le champ de pommes de terre, qu'elle répéta ne s'être jamais représentées sous cet aspect (heuv.. Flirt, 7A)) ; — chez eux qu'il avait crus le comprendre (flaxtb.. Ed. Sent.. 301).

Parfois, pour garder la conjonctionnelle, on remplace le relatif que par dont : vous ne voudrez pas m'avoir infligé deces émotions dont je sens qu'elles me tuent (bourgkt et basset, Un cas de conscience, i. 4). On comprend le rôle de ce dont. Il signifie au sujet duquel, et ne jieut dès lors convenir que dans certains cas (V. au Complément de propos, p. 103).

11 se présente encore une difficulté j)articulière de construction, lorsque l'objet représenté par un conjonctif est l'objet d'un infinitif construit avec préposition. On trouve des phrases comme les suivantes : Je ne savais que répondre à mes connaissances, lorsqu'on me proposait quelque partie, que, dans une situation naturelle, je n'aurais point eu de motif pour refuser (n. const., Ad., IV. 32) ; — // // a des choses qu'on est long-temps sans se dire (Id., //;.. 37).

Ces constructions ont (iuel(iue chose de forcé. \a\ langue populaire ferait du que une ligature, et mettrait un pronom complément : // // a des choses qu'on est longtemps sans se les dire. Pour vulgaire (pie ce tour puisse paraître, il est bien sujiérieur à l'autre.

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