CHAPITRE XVIII SYNTAXE DE LA PROPOSITION INFINITIVE
Constructions directe et indirecte de la phrase infinitive. — Il
arrive que riiifinilif est employé en constriiclion indirecte. Cf. // le somwn de partir ; — il a empêché ses enfants de devenir jamais ce qu'ils pouvaient être ; ■ — plusieurs portaient au bas de leur vêtement une déchirure arrêtée par un galon de pourpre... et ce téw.oicjnage d'affliction empêchait la fente de s'agrandir (flavb.. P. Chois., 185. Sal.).
C'est très soment le cas derrière les verlu-s impersonnels. Si on dil : il faut le recevoir, comme : il f(nit du courage, on dit : il suffit de le recevoir, comme : // suffit d'un coup de chance : — Il restait ci Paul Astier de rejoindre sa mère (a. uaud.. Imm.. 72).
On hésite souvent entre la construction directe et l'indirecte : // /(/// bon vivre et : il fait bon de vivre. — // ne fait pas bien .sûr,... D'épouser une fille en dépit qu'elle en ait (moi... /' . sav.. I.ô.''i9).
Cette tournure par de n'est pas connue du très vieux français, où Ton construit avec à : Tei convient a porter : — // lui plaisi a veoir. ^Nlais elle s'est développée depuis le XH'*' s., et elle est courante depuis le XVI'" s.
Place de l'infinitif et de son sujet. — Quand l'infinitif appartient à un verbe suljjectif. il est souvent placé avant son sujet : Écoute: parler le juste et le saint. J'ai vu tomber ton temple et périr ta mémoire (volt.. Zaïre). La construction ne prêle à aucune équivoque, l'infinitif étant ici un veri)e toujours construit sans complément.
Mais quand le \ erhe est objectif, cette transposition du sujet n'a pas lieu. car sujet et objet i)ourraient être confondus. J'ai vu saigner le malade pourrait signifier : J'ai vu qu'on saignait le malade et : j'ai vu que le nmlade saignait. Le sujet reprend donc la place ordinaire qui lui est assignée par la langue moderne. Cf. J'ai vu avec étonnement votre ami donner de l'argent à ce misérable.
Derrière le verbe faire. — Il y a lieu de considérer à part la construction avec le verbe faire. Dans son développement, cette construction est allée jusqu'au point que l'infinitif fait corps avec le verbe principal. Il semble que l'objet soit l'objet commun aux deux verbes réunis, plutôt que le sujet de l'infinitif : // fait venir sa volaille de sa ferme; — Et que par eux son sort de splendeur revêtu Fait gronder le mérite et rougir la vertu (mol.. Mis.. l'M).
348 PORTÉE DE L'ACTIOX
En rénlité. le français s'esl fait là, à l'aide d'un auxiliaire, une forme factitive périphrastique : // faisait valoir une terre en Poitou : — Le soleil fait mûrir les moissons. On ne peut plus dire : le soleil fetit les moissons mûrir: de même : le retour de l' Alsace à la France fait naître les plus belles espérances, mais non : jait les plus belles espérances naître.
A\ ec le \'erl)e laisser, la fusion du verbe principal et de l'infinitif est beaucoup moins complète. Les deux constructions coexistent : a) Laissez venir à moi les petits enfants : h) Laissez les petits enfants venir à moi.
Jusqu'au XVIJI'' s., lorsque deux impératifs se suivaient, le complément d'objet du deuxième se jjlaçait avant lui : Faites-le asseoir et le laissez parler (1 ).
Réflexion dans le verbe à l'infinitif. — Quand le verbe principal est un verbe comme : faire, laisser, voir. etc.. qui forme avec un infinitif une sorte de \ erbe composé, la réflexion se fait naturellement sur le sujet de faire, laisser. Soit la phrase : // a laissé accuser son frère sans protester. Que l'action, au iieu de j)orter sur un frère, se retourne sur !e sujet, on a : il s'est laissé accuser sans protester.
Il laiil bien distinguer ces phrases de celles où l'action exprimée [)ai' lintinitif se retourne sur son auteur, c'est-à-dire sur le sujet de l'infinitil : // (/ laissé ce malheureux inconscient saccuser lui-même.
La lan<iue a fait de grands progrès dans ces distinctions depuis deux siècles.
( i ) Pour l'objcl secondaire flans la phrase infinitivo. .Je Ini ai conseillé de futrli secniiddire. liv. X. cli. V.