CHAPITRE XIX SUFPRESSIOX DU SE DES IXFINITIFS PRONr)MIXAUX
Dans les verbes pronominaux, de quelque nature qu'ils fussent, un ancien usage, qui subsistait encore à l'époque classique, faisait que l'infinitifobjet perdait son se caractéristique, quand le verbe principal était sentir, Doir, laisser, faire, etc. Faire arrêter pouvait signifier aussi bien : faire qu'il s'arrêtât que : faire qu'on l'arrêtât: — Ces paroles Firent arrêter l'autre (l.A FONT., Fat)., 1. X. 1).
Voici quelques exemples :
Sentir : Mais je sens affaiblir ma force et mes esprits (uac. Milhr., 1693) ; — ./'ai senti ranimer ma force languissante (voi/r.. Orph. de la Chine, i, 2).
Voir : Un ccu-actère d'équité qu'on voit évanouir dans la discussion (noiss., Contr. soc, ii. 4).
Laisser : Pour moi, fe suis d'avis ([ue vous les laissiez battre (cor.x.. ///. !'>V)0) ; — il n'est pas honnête de me laisser morfondre (volt., L'Ing., cli. iv).
En langue moderne, cette |)articulai'ité a cessé. Le se demeure : Son mari lui écrivait... qu'il se sentait s'affaiblir (i.am., Raph., 162) ; — elle l'avait r;u'' S 'arrêter (zola, Cont. Xin.. 3S) ; — ic l'ai senti s'éteindre peu à peu (loti, Pitié, 238) (1).
Faire est le seul verbe avec lequel l'usage ancien ait persisté, .l'ai donné plus haut des exemples classiques : Voyez a quoi/ l'amour la faisoit abaisser (d'urfé, Astr., I. 12). On pourrait en ajouter en foule : Ceux (/uc l'ojyinion fait plaire aux vanités (malh.. Poés., cviii. 37); — car (jucuul ils sont aveugles... ils se perdent, et font perdre aussi le troupeau dont ils sont les conducteurs (furet., Parab. de l'Évcmg., 96) ; — quelques auJres. dont la plupcu-t avaient vu la bataille de Xarva, faisaient tous souvenir les officiers subalternes de cette journée (voli., Ch. XI f. i, 4).
Voici des phrases modernes toutes semblables : Ce raijon (jui nous fit ensemble épanouir (lam.. Joc. (î août 1795. soir) ; — Sa forte voix sonnait. faisait retourner /(' monde tout le long du (piai (a. daud., Inun.. 40).
Faire forme une sorte de composé factitif avec certains \eri:)es pronominaux très usuels, par exem2)le : faire a.sseoir. Vous auriez bien pu le faire asseoir (2) ; cela ferait évanouir le plus hrcwe : — vous me feriez repentir
(1) Le Malheur, ri> vieillard à lu main (Icsséchér, Voil s'incliner leur Icic uvanl <iu' il l'a>i touchée Cmuss., Le .Saule, VII> ; — .1/. de Varandfuil ne la laissaii se \w.Taoec personne (dOM .. G. Lac, 14).
(2) Il y a lieu (i.^ rapprocher des verbes subjectifs tels que aller. D'où aller proniencr, aller coucher.
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(flaub.. Édnc. ii. 57). 3ilais on voit se reparaître : Celle-ci l'injaut fait s'engager « n'en parler jamais (s^'^'-beuve, Poés.. 316) (1).
Accord du participe passé d'un verbe suivi d'un infinitif. — Dès le X^'II^■ s., en règle générale, le participe des verbes avec auxiliaire avoir s'accordait : // Va laissée trop vivre (corn., v, 149). Mais, depuis longtemps, une tendance se manifestait de joindre intimement verbe et infinitif, et l'accord, pour des raisons de phonétique syntaxique, ne se faisait pas régulièrement : Je les ay veu tenir trois conseils (co;\im.. i. 82, ■NI.).
Malherbe, puis Vaugclas, se prononcèrent pour : Je Yai fait venir el non faite. Les classiques laissaient ainsi invariables, non seulement fait, mais divers autres participes: Les a-t-on vu souvent se parler, se chercher? (rac. Fhèd., 1235, éd. orig.) ; — Je l'ai laissé (Junie) passer dans son appartement (Id.. Brit., 598) (2).
Au XVIII*^ s., on a distingué les cas. La règle a été définitivement étal^lie, que le participe devait rester invariable, quand le complément d'objet, placé devant le participe passé, est celui de l'infinitif : La sévérité qu'elle a cru montrer ; — les maisons que j'ai vu bâtir ; — Les ennemis que la France a eu à combattre (h. i.., m, 605).
Aujourd'hui encore, le verbe principal employé aux formes composées n'accorde, s'il y a lieu, son participe, que si le complément d'objet est le sien : L'actrice que j'ai entendue chanter hier à l'Opéra est peu connue ; — ■ loulcs les ri /ormes qu'/7 avait vueS échouer. Mais on écrit : la cantate que j'ai entendu chanter, les sottises que j'ai laissé dire en mon nom.
Vno difficulté a cependant troublé les législateurs. Puisqu'on dit : On l'a crue morte, ne faut-il pas dire aussi cette femme qu'on avait crue être morte ? On y inclinerait volontiers. Plusieurs accepteraient : la solution qu'on m'a assurée être la meilleure. La règle n'a pourtant pas passé, les « maîtres de la langue» ayant eu plus ou moins vaguement conscience que le complément n'est pas seulement que comme dans : la maison que j'avais assurée a brûlé.
Hn outre, on n'a pas pu méconnaître que faire suivi de son infinitif est
(1) Cf. Qu'il a fait se retirer à la campagne (zoi. \, Romane, 20.3) ; — lui qui n'était rien près d'eu.v, qui ne faisait pas se tourner les têies el se fixer tes i/eux quand son nom passait dans une foule ou dans un salon (maupass., .\olre cœur, r>H).
(2) Citons d'abord des exemples où le complémont esl aussi le coiiipiénu'iit di' l'infinitif : ...cependant on doit avertir le lecteur, que ceux qui ne l'ont joniaif: vue représenter ne doivent pas s'attendre d'être autant divertis en la lisant (pai.aprat. Grondeur, Prcfnce.8) ; — ils connuissenl.. ces défauts, sans les avoir jamais ouis nommer (Sentiments rrilinues s. les caract., p. 373) ; — ...des plantes rares et de belles fleurs qu'il auroit envoyées rechercher dans des lieux fort éloignés. (i-UHET., Facliuns, I, 213).
En voici d'aulres : ...(les) autres Poètes Italiens et Espagnols, qui se sont laissez gâter l'esprit aux Fiumains Uiéfl. s. la poél. d'Arts!. , 55-56) : — On ne les a famais vus assis... qui même les a VUS 7narcher ? (la brlyèrfî, I, 304 et note 1). Dans ce dernier exemple, le participe VU est au singulier dans toutes les éditions (à la ligne précédente devant assis, les éditions 5 et 6 sont les seules qui le fassent accorder).
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clans un cas particulier. Donc point d'accord : On les a fait mourir; — cette femme passait, une peau d'orange Va fait tomber.
Accord du participe passé d'iin verbe pronominal suivi de l'infmitif. — Lorsque rinlinilif suit un verbe pronominal, la règle est que le participe passé de ce dernier fasse l'accord comme dans le cas des verbes objectifs : Cette personne s'est laissée aller à des expressions déplacées. Mais on lui en a fait l'observcdion, et elle S'est laissé convaincre. — // était venu un moment où elle s'était méprisée de S'être laissé si grossièrement tromper (g. sand, Elle et /.. ch. viin.