CHAPITRE XXI LE TOUR DIT a IXTERROGATION INDIRECTE
Sur l'existence de ce tour. — On peul se demander sil existe vraiment en français une interrogation indirecte, ou du moins un lour ])articulier auquel on puisse donner ce nom. Il est incontestable que, dans certaines phrases, au lieu d'être une affirmation ou une négation, l'objet du verbe peut être une question : Je demande si vous viendrez ; — j'examine si, en augmentant le salaire, on n'augmenterait pas la production; — regarde s'il ne manque rien dans le paquet ; — voyez-moi ça, si c'est beau ; — • Je voudrais bien vous demander qui a fait ces arbres-là... et si tout cela s'est bâti de lui-même (mol., D. Juan, m, l) : — Nous verrons si c'est moi tjuc vous voudrez qui sorte ( Id.. Mis., 742) ; — Godefroid s'enquit si la maison était habitée par des gens tranquilles (balz., Env. de l'h. cont., 140).
Mais, même dans ce cas, le si qui introduit l'objet est la même conjonction qui figure dans des jjln-ases affirmatives et négatives : Je te demande si tu iras est construit coiniuc : /;/ ne me dis jjas si tu iras, que nous avons mentionné plus haut.
11 en est de même lorsqu'on questionne sur le lieu, le temps, la manière : Je demande où tu as trouvé cet objet ; — Laurence... Me demande pourquoi je pleure, à qui je pense (lam.. Joe., 28 oct. 1703) ; — A/me Aubain, au bout de l'herbage, cwec ses deux petits, cherchait éperdue comment franchir le haut bord (flaub.. Un cœur simp., 10). La construction serait la même après le xerhe j'apprends.
Tous les interrogatil's : que, quoi, où, comment, à quel litre, pourquoi, à qui, etc., pourraient figurer dans des jjhrases positives : Elle allait et elle venait... et elle ne savait qu'imaginer, quoi faire, quoi dire, pour se donner (muss., Con/., IV, 1), pourrait se changer en une phrase positive : tu sais bien quoi faire, quoi dire en pareil cas.
Il y a pourtant quelques différences. 1" On entend et on trouve dans les textes des phrases comme : je me demande comment est-ce qu'zZ en est arrivé là; je cherche où est-ce qu'/Z a pris cela; elle lui demanda qu'est-ce qui l'avait rendu malade. Or jamais, sauf en langue populaire, ces périphrases ne se rencontrent dans des phrases positives : je sais qu'est-ce qui t'a rendu malade. Ces formules, créées pour suppléer à des interrogations affaiblies, gardent leur caractère. D'autre part, le simple que est rare dans les phrases positives : elle savait désormais que penser de lui. On lui substitue quoi. Il n'en reste pas moins vrai qu'une poussée irrésistible entraîne
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à refïacement des différences. Là où qui subsiste, c'est-à-dire lorsqu'il s'agit de personnes, il s'emploie indifféremment dans les phrases positives et dans les questions : Cette jeune fille est bien difficile, je me demande qui elle épousera; — Rassurez-vous ! elle sait fort bien qui elle épousera.
Depuis le XYI^ s., ce que, ce qui se sont substitués au qui interrogatif. On dit : demandez-leur ce qu'zZs ont, et non plus : qu'i/s ont ; je cherche ce que c'est et non : que c'est. Cette substitution a été générale, et s'est étendue aux phrases positives comme aux autres...
Construction de ces objets derrière des noms. — En langue classique, on trouvait des « interrogations indirectes" après des noms : Notre dispute fut... comme les biens peuvent être égaux (malh., ii, 511) ; on dirait aujourd'hui : fut de savoir...
Quelquefois la question dépend d'une locution verbale : aussi ne faut-il pas avoir moins d'égard qui sont C('u.v à qui nous donnons (malh., ii, 28). Le Père Bouhours blâmait déjà ces constructions : Mon fils, gardez-vous bien de vous embarrasser dans des disputes sur les secrets jugements de Dieu, pourquoi il abandonne l'un... Mal construit, dit le grammairien, qui voudrait : recherchant pourquoi {Imit., 45; rosset, o. c, 153) (1). Si nous avons moins de liberté, il nous est resté du passé une expression générale à qui : Deux Taureaux combattaient à qui posscderoit Une génisse avec l'empire (la font., Fabl., ii. 1).
( 1 I \'oici une |)lirase hardie encore, mais où la question est rallachéc à nn verbe : i7 .•i'cnquârait de quelle personne avail sonné (RÉoxinn, Flamb., 51).