MOYEXS D'EXPRESSION DES DATES
Les formes composées : ayant augmenté, devant augmenter, marquent un temps relatif.
Participe passé. — Le participe dit « passé» a si peu une valeur temporelle fixe que l'étiquette qui porte vendu peut avoir deux significations bien distinctes. On la met sur un tableau du Salon. C'est la mention qu'il a été acquis déjà par quelque amateur. La chose a eu lieu. Ailleurs : marchandise vendue au prix coûtant, signifie qui se vend, qu'on vendra à ce prix au client, s'il s'en présente. Assis présente les valeurs temporelles les plus diverses, suivant qu'on dit :
Assis dans un fauteuil, je lisais :
» « je lis :
» )' je lirai (1).
Il faut bien constater aussi qu'on n'éprouve pas toujours le besoin de spécifier expressément la date d'une action. L'action se trouve par le contexte placée avec assez de netteté dans le présent, le futur, etc. Et dés oirs on se servira pour l'exprimer, d'une forme non temporelle: Que faire? Comment la prévenir? sont des futurs, si je viens de dire: je suis bien embarrassé ! Mais il n'en est pas de même. si je viens de dire: j'étais bien embarrassé. Les infinitifs se rapportent alors au passé.
Formes temporelles simples et composées du verbe. — Dans les formes temporelles elles-mêmes, il y a lieu de distinguer entre les simples et les composées. Les simples ont en général une valeur temporelle plus fixe et plus nette. D'abord en a. f., pendant que les formes passaient à l'état de composés, et se constituaient réellement, le sens variait et la valeur temporelle était souvent simplement dans l'auxiliaire. Aujourd'hui encore, il y a incertitude dans bien des cas. Soit la phrase : la maison est vendue. Il ne s'agit pas là d'une action qui se fait, mais d'une action terminée. Le« présent « marque qu'au moment où l'on parle, elle est finie. La vente a eu lieu. On en présente le résultat. Ce n'est pas du tout le sens de la même forme dans une phrase comme : cette maison est habitée peu- des gens tranquilles. Même à l'actif, on retrouve de ces doubles valeurs : ils ont véGVL heureux, est un j)assé ordinaire. Si, au contraire, je dis : il n'est plus question d'elle, elle a vécu, je signifie qu'elle est morte. Je considère seulement le résultat, l'aboutissement.
Ces réserves faites, on peut dire cjue les formes verbales placent l'action dans une portion du temps, souvent même en indiquant quel est à ce moment-là son développement, elles marquent donc date et aspect.
(1) Dans quelques cas. il peut avoir une \-aleur de passé ; on dirait encore très bien : Et monté sur te faite, il aspire à descendre. Il faut toutefois prendre garde que monté peut aussi bien exprimer l'état que l'action ; il correspond à : quand il est monté comme à : après qu'il a monté. C'est un parfait aussi bien qu'un passé.
C'est de là que viennent les constructions des verbes d'action-point et ligne limitée avec à peine, sitôt: Sitôt BTiivé, il a l'ouln repartir : — à peine Sorti, i7 a demandé à rentrer. Mais ces participes ne marquent pas im passé absolu ; on peut transporter la phrase dans le futur. Ce sont des temps relatifs.
Moyens extrinsèques. — Toutes les formes de compléments que nous avons déjà vues employées à d'autres usages servent aux indications de temps : adjectifs, noms, adverbes, compléments, prépositionnels ou non, propositions conjonctives, conjonctionnelles. ou de construction directe : L'épuisement actuel du Trésor : — les querelles d'hier ; — // m'a quitté à huit heures ; — je l'ai revu tous les jours ; — l'éelipse qui suivit ; — unr intervention quand le malade est si faible... ; - j'y suis allé, il y a trois semaines.
Adverbes à valeur générale. — De plus en plus, dans le mondimoderne, l'habitude des calculs mathématiques amène des précisions dans le langage. L'usage des montres portatives y a également contribué. Des expressions telles que : « aux foins » . « au temps des cerises » . ont cédé la place aux dates du calendrier. On laïcise aussi : au lieu de se reporter aux fêtes des saints, on donne des mois et des jours: le 23 avril et non plus : à la S^ Georges ; le 24 juin, et non plus : à la S^ Jean. Le soir, le matin, au soleil couchant resteront toujours d'usage, mais en concurrence avec des indications telles que : à A h., à \1 h. 25. Nous verrons, à propos des portions de la durée auxquelles ils se rapportent, les divers adverl)es de temps. Quelques-uns ont une valeur générale.
Alors. • — Quand tout est fini et que nous ne savons plus que faire de notre loisir, alors nous consacrons à quelques pratiques languissantes de religion ces moments de rebut (mass., Car., Emploi du temps, L.).
Bientôt. — (CA. tôt). Sans moi. vous passeriez bientôt sous d'autres lois. Et vous auriez bientôt vos ennenïis pour rois (cohn., Cid. 199) ; — Elle a feint de passer chez la triste Octavie, Mais bientôt elle a pris des chemins écartés (rac, Brit.. 172-4).
TorjofRs. — ((pii a remplacé le vieux tousdis) : lié tjuoi ? souffrir toujours un tourment qu'elle ignore '.' Toujours verser des pleurs qu' il finit que je dévore? (rac, Bérén., 3ô); — Je l'ai voulu sans doute. El je le veu.i toujours, quelque prix qu'il m en coûte (Id., Baj.. 833).
.Ia.mais. — Vit-on jamais en deux hommes (Condé et Turenne) les mêmes vertus avec des caractères si divers, pour ne pas dire si contraires ? (boss.. Condé) ; — Jamais on ne vaincra l(% Romains que dans Rome (rac. Mithr., 836) (1).
(î) Au lieu de jamais, l'a. f. se sci\;iil de onr, onques. qui a m'cu jusfiu'iUl W II' -. : Que nulle sorle de péril \c lui pûl oncques /aire brèche (M.M.ii.. l'oès.. x ir. 1 77, var. ) ; — One, // ne fui une fAus forte dupe Que ce vieillard (la ]"<>nt., m. 89, Conl., note 3). (^f. : // eut, en ce lemps-là. mille imsxau.v en Irouxse, Serfs et soudards, handits de lu plaine et du lihin, .Son cri de (juerre étant : Sus '. Oncques ne rebrousse '. (Lkc. dk I.isi.k, I^o. traq., Lévr. de -Mag., 11. 5).
MOYEXS DEXPRESSIOX DES DATES 449
Compléments. — -lo Compléments sans préposition. — Les coniplcmenls sans préposiLion sont 1res communs dans l'expression du temps : ce matin ; — j'ai mal la nuit ; — un jour il m'a écrit : — ■ j'y étais ailé la veille ; -- j'y serai le lendemain ; — le 8 décembre // y a grande fête à Lyon.
2" Compléments prépositionnels. — On construit les complémen'ts de temps avec diverses prépositions.
A : à dix heures ; — au lever : — • Aux journées fatales, aux journées d'insurrection et d'émeute... elle essuie l'outrage avec fierté, avec noblesse (s*" beuve, Lundis, iv, 259) ; — Naguère, aux jOUrs d'orgie où l'homme joyeux brille. Et croit peu (v. h.. Chût., Au mom. d. rent. en France).
De — de nos jours ; — de tout temps : — de bonne lieure.
Sua, vers — Sur les dix heures : — vers la mi-juin.
Dans — Je m'y mettrai dans huit jours.
Pau — L'emploi de cette préposition a été très général jusqu'au XYII^s. : ce fut par un lundi (Berte, 1266, G.; h. l., ii, 477). On s'en sert encore : C'était, il m'en souvient, par une nuit d'(aitomne (muss.. Nuit d'Oct.).
En. durant, pendant. — Quand une action se place au cours d'une période, nous nous servons jjeaucoup de en: en été, en automne. Nous avons aussi durant et pendant. On a voulu les distinguer. Théoriquement durant s'emploierait seulement avec une indication précise de la durée : Durant trois heures, ils se battirent connue des lions; — Qucdre heures durant... Mais on dit fort bien: durant (//?r partie de la nuit. Il suffît, pour qu'on [puisse employer diu-ant que les limites de l'action coïncident avec la durée exprimée : durant une infinité de siècles, la Terre a existé s(u-is l'iwnune.
Sous. — Les règnes et gouvernemenis constituent des éi)oques : d'où l'emploi de .sous : SOUS le Consulat : — sous Louis-Philippe.
Il faut ajouter diverses locutions : cm temps de, au monwnt de, au cours de.
La date peut être indiquée comme comprise entre deux limites : d'ici à huit jours, d'ici à peu de temps : d'hoi cest jur en un mais {Roi., 2751); — // faudra d'ailleurs, d'ici à peu de temps, que je retourne à Bescmçon (muss., Fréd. et Bern., ch. v). Cf. dans l'intervalle.
L'addition des compléments de temps précise les dates marquées par le verbe, dont les formes spéciales vont être étudiées plus loin.