CHAPITRE VI MOYENS D'EXPRESSION DES ASPECTS
Entrée dans l'action. — Nous n'avons point de forme spéciale du verbe qui indique que l'action commence, qu'on entre dans l'état (1). Nous nous servons de périphrases telles que : se mettre à, commencer ci. Le XYIPs. disait prendre le train de, qui signifiait à peu près tourner à. se disposer à. menacer de : Ses mcdheurs prennent le train de ne finir jamais (sÉv.. Lett..
DCCCC).
Durée de l'action. — Une observation préalable est nécessaire. L'action qui se prolonge peut être continue ou discontinue. Autrement dit elle dure ou elle se répète.
Moyens intrinsèques de marquer cet aspect. — L'idée de continuation est quelquefois introduite dans le verbe lui-même, au moyen du préfixe pour : poUTsuivre, pouTchasser.
Mais en général les verbes et les formes verbales servent indifféremment aux actions ordinaires et aux actions qu'on présente sous l'aspect duratif ou itératif : il a crié s'emploie pour un seul cri comme pour : il a crié deux heures durant.
De même pour la répétition. On peut dire, en racontant un enterrement : on descend le cercueil, te prêtre dit les prières, etc.. I^es mêmes formes s'emploient, quand il s'agit de ce qui se passe à la mort de chaque homme. I-c poète a écrit : Puis, rien. La terre s'ouvre, un peu de chair ij tombe ; Et l'herbe de l'oubli, cachant bientôt la tombe. Sur tant de vanité croît éternellement (lec. de lisi.e, Po. barb.. Le Vent fr.).
Périphrases duratives. — Mais il existe des formes qui ont une valeur durative. En a. f., on se servait de être avec un participe présent. Si l'orrat Caries, ki est as porz passanz (Rot., 1703). Cette forme n'a pas atteint le développement qu'elle a pris en anglais. Elle y a tendu. Perdant son sens primitif (2), elle en arrivait à se substituer à de simples présents. Desportes écrivait r Sans qui rien ici-bas ne peut être naissant. Sévèrement blâmée par Malherbe et ensuite par Balzac, elle disparut au seuil de l'âge classique.
(1) C'est par abus étymologique qu'on parle dune conjugaison inclioative. Elle l'était en latin, elle ne l'a jamais été en français : pourrir n'est pas plus inchoatif que obéir.
(2) Déjà dans Roi., 1 473 : Pur Deu vus pri que ne seiez fuyant. (Cf. ii. l., m, 3.36, et brunot, Docir., 116).