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EXPRESSION DES ASPECTS

Nous usons en place de diverses périphrases de durée, être en train de, être à, être après : Je suis en train de corriger les épreuves ; — Madame est à s'habiller ; — Que pouvez-vous donc donner pour régie à ce grand nombre d'ignorans ? la multitude ? Qu'ils voyent croistre tous les fours, et en train de se grossir beaucoup davantage,? {boss.. Avert. aux Prot., vi», 3e part., §47) ; — Je suis après à m'équiper (mol., Fourb., ii, 5) (1).

Moyens extrinsèques. — Pour marquer longueur ou hrièveté, on se serl :

10 DES ADVERBES ET LOCUTIONS ADVERBIALES: longtemps et longuement, qui ont été enfin distingués ; brièvement, rapidement (2).

2° DES COMPLÉMENTS : en quelques fours, minutes, mois ; — en un clin d'œil. en rien de temps : Damon, le raisonneur, qui m'a, ne vous déplaise, Une heure, au grand soleil, tenu hors de ma chaise (mol., Mis., 577) : — Les chagrins qu'il me cause M'occuperont assez tout le temps qu'il repose (rac, Brit.. 7).

Aspect de progression. — L'action peut être considérée dans sa progression. La langue possède pour l'expression de cet aspect une forme spéciale : elle emploie le verbe aller avec le participe présent ou le gérondif: les vivres vont augmentant de prix chaque four ; — /(' mur va s'écroulant.

Cette forme verbale a failli mourir en même temps que la périphrase faite du verbe être. Elle avait à peu près le même sens en a. f . : Car prenez famé, n'alez plus atandant (Aymer. de N., 1336; h. l., m, 337). Malgré Vaugelas, elle reprit vie, et fut sauvée dès la deuxième moitié du XVIle s. Elle a joui de nos jours d'une véritable faveur. // faut convenir que les mœurs vont se dépravant de four en four (v. h., Dern. f. d'un Cond., 310) ; — J'ai depuis hier un rhumatisme qui ne va t/u'en empirant d'heure en heure (flaub., Corr., 2e sér., 88).

On insiste sur la progression à l'aide de compléments : de four en four, de plus en plus : elle va s'affaiblisscmt d'iieure en heure.

Répétition. — Nous n'avons pas de formes d'itératif. Nous composons bien des verbes avec re : recharger ; — il redîna. Mais nous prenons aussi constamment des verbes ordinaires pour exprimer des actions qui se répètent : Je le crois bien ! vous les contrariez dès leur naissance (rousseau, Emile, I. 1790, p. 15).

10 En certains cas, on se sert de la périphrase ne faire que : Il ne fait que tousser : — il ne fait que gémir.

(1) En pusse de, avec certains verbes, sigaifle être en train de finir l'action : avec d'autres être sur le point de la faire : être en passe de devenir académicien.

(2) Compendieusement a eu une aventure curieuse. La longueur du mot l'a fait prendre à contre sens. Au lieu de brièvement il a signifié longuement.

452 CIRCOXSTAXCES

2° Ou compte avec précision ou non, le nombre de fois que l'action a eu lieu : Je l'ai vu deux fois, dix fois.

RÉPÉTITION PÉRIODIQUE. Ou sc sert des distrilnitifs : Chaque matin, chaque fois, tous les soirs, tous les ans : J'observe, comme vous, cent choses tOUS les jours, Qui pourraient mieux aller, prenant un autre cours (mol., Mis., 159). La langue courante dit : chaque trois semaines, chaque cinq minutes. ( f. Le samedi, vers midi, dans la belle saison, vous n'obtiendrez pas pour un sou de marchandise chez ces braves induslriels (b.kï.z., Grcmdet. 4).

Habitude. — ■ On se sert de ordinairement, d'habitude, d'ordinaire, communément : il sort ordinairement à neuf heures.

Rareté, fréquence. Pour marquer la rareté ou la fréquence, la langue possède divers adverbes ou locutions adverbiales, telles que souvent, fréquemment ; pour l'idée contraire on emploie : rarement, de temps c) autre, de loin en loin, parfois, des fois.

Le nombre des mots servant à former des locutions de ce genre, si grand en a. f., s'est singulièrement réduit. On se sert surtout de fois: Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage : — je vous l'ai dit cent fois ; — Cent fois, depuis si.v mois que ton regard m'évite (v. h.. Ruy Blas, m, 3).

A noter les expressions composées : parfois, quelquefois, bien des fois, maintefois. souventes fois. La dernière est vieillie comme quantes fois : elle était encore usuelle du temps de Malherbe. Le des fois de la langue populaire tend à pénétrer dans la langue écrite (1). Cf. à diverses reprises, à de rares intervalles.

De plus en plus, ici aussi, la multiplication des machines amène l'emploi des expressions mathématiques, telles que tourner à 1200 tours, etc.... Elles sont si fréquentes qu'on ne se donne plus la peine d'ajouter en combien de temps se font ces tours : heure, minute, etc. ?

Accomplissement. — Pendant longtemps, r^'/jrfre suivi d'un participe présent ou d'un parlicipe passé, comme il est aujourd'hui suivi d'un adjectif, signifiait mettre dans l'état marqué parle participe : Rendre le cuidet o mort 0 recréant {Roi., 2733). Le tour fut blâmé et supprimé au cours du XVI I« s. (H. L., III, 339). Il faisait encore bonne figure dans Malherbe : Et rendra les desseins qu'ils feront pour lui nuire Aussitôt confondus comme délibérés {Poés., xviii, 53).

Soit à l'actif, soit au passif, on construisait le participe passé avec la périphrase s'en aller, pour exprimer que l'action était sur le point d'être accomplie : mes foibles yeux, Dont les clartez s'en vont esteintes (racan,

(1) Des fois je m'en vais le soir, des fois je ne rentre pas (v. h., Mi.%.. Marins, 1. 8, chap. ivf

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