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CHAPITRE III MOYEXS D'EXPRESSION DE LA MODALITÉ

10 Le ton. — Deux mots, mon ami, peuvent exprimer la prière, ou le mépris, suivant le ton sur lequel on les prononce. Une simple phrase comme vous y allez, peut être une question, ou une affirmation, ou une exclamat'on de surprise, etc. Qu'il entre dit, ou l'impatience joN'euse de revoir quelqu'un ou au contraire la résignation de ne pouvoir échapper à un importun. D'où sortez-oous ? peut être une question sur le lieu d'où l'on vient, ou Ijien une expression d'étonnement, etc.

Qu'on considère quelques phrases, dont la forme ne présente absolument rien de particulier. Voici des questions. Dites sur un ton spécial, elles changent de caractère, et marquent toutes sortes d'impressions :

a) la surprise : cette fortune... retournera à ta fille, quand ton gendre t'aura ruiné. — Quand mon gendre m'aura ruiné ? (auc, G. de yj. Poir.. i. 4).

b) l'indignation : Pradel. concevez-vous ce garçon qui plante là son rôle... et va se suicider comme une gourde ? (a. frange. Hist. com., 190).

c) un léger dédain : Croyez-vous que c'est spirituel de répondre par des imbécillités à une question sérieuse ? (Id.. III., 18) (1).

2° Les temps. — Nous verrons la probabilité exprimée ])ar un futur composé : il aura manqué le train : — Pardieu ! c'est l'habit... de mon grand père... l'héodore /'aura trouvé dans quelque coin (a.^ur.. .Jeun. F., 259).

3° Les auxiliaires de modes. — On dira : // doit être bien ennuyé à cette heure-ci : — la solitude lui pesant, elle dut m 'observer de son berceau de charmille.... ccu- elle vint bientôt... me demcmder la permission de s'asseoir près de mo/ (michel.. Ma Jeun.. 214).

40 Les compléments modaux. — Ces compléments sont des advei'bes, des locutions adverbiales, des compléments prépositionnels, des propositions coordonnées ou su!)ordonnées : il arrivera peut-être ; // acceptera, vous pouvez en être sûr; — ■ // en est probablement a tout confondre.

50 L'ordre des mots. — // a vécu heureusement, signifie simplement

(1) Il y aurait à faire une étude scientifique complète des intonations, à l'aide de la phonétique expérimentale. En attendant, se reporter à gram.md.nt, o. c, 1S4-5.

que sa vie s'est passée sans infortune. Heureusement il a vécu ! exprime la joie que cause la prolongation d'une vie pour laquelle on craignait. (1).

60 Les modes. — On les considère généralement comme seuls en possession d'exprimer les modalités. Ce qui précède suffît déjà à montrer qu'il y a là une grave erreur. Mais les modes n'en jouent pas moins un rôle essentiel, que nous allons avoir à montrer.

Ce rôle est du reste, différent suivant chaque modalité. Ainsi, dans les réalités, il n'y a point de forme modale exprimant l'inexistence de la chose énoncée. Il faut avoir recours à une négation : l'offensive ira pas réussi. La même chose se produit bien entendu avec les éventualités : la jeune fille ne voudrait pas de lui. Mais à la différence du réel, l'éventuel qui est sorti du système hypothétique a conservé la faculté de distinguer les éventualités en possibles et en irréelles, sans le secours d'aucune expression négative : l'accord que j'aurais désiré ci'd été celui-ci... implique que cet accord n'a pas été conclu. Cf. ce //,s\s// conviendrait bienel : ce tissu eût bien convenu pour une robe du soir.

Voici quelques exemi)les de l'irréel : Je voudrais seulement qu'on vous /'eût fait connoître, Et que la renommée eût voulu par pitié, De ses exploits au moins vous conter la moitié (rac, Alex.. 554) ; — ainsi point de fête, point de bal... C'est dommage... vous auriez vu danser nos Catalanes (mérimée, Vénus d'Jlle, 251) ; — j'aurais bien voulu nfen aller (a.daud., Cont., Monol. à bord) ; — Il eût voulu que la longue bergère de tapisserie où elle s'asseyait dans la journée eût été faite exprès pour elle... que toute sa vie, en un mo/,eÛt été comme une mélodie (flaub.. Éd. Sent.. 166) ; — Je vous le disais par antiphrase, par ironie, d'une façon que VOUS eussiez dû comprendre (a. karr, La Com. de la réf., i) ; — Si c'était vrai, pourtant, que j'eusse pu épouser Suzanne ! (maupass.. Bel-Am.. 280). Voici quelques exemples du possible : j'ai le sentiment que je pourrais l'être davantage (a. cap., Ange, i, 11) ; — elle dort, elle a tant souffert, il serait inhumain de la réveiller (a. karr, A bas les Masques, p. 20).

(1) Heureusement que /> fie m'en soucie guère, et que s(i Irahison ne tue fuit plus rien du Uml, Je les tiens donc enfin ! (Bi:.vf.M., Eig., v, 8).

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