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CHAPITRE IV LES MODES

Les modes à modalités. — Les modes qui expriment des modalités sont Vindicatif, V impératif , te subjonctif, le conditionnel, et, dans quelques cas, l'infinitif. Tous sont héréditaires, sauf le conditionnel, qui est une formation française.

Formation du conditionnel. — La forme du conditionnel a été constituée dans la période de transformation où la langue latine vulgaire est devenue le français. Elle est commune à ce mode et au futur dans le passé (1).

I/avenir, même considéré comme certain, est dans un rapport étroit avec l'éventuel, puisque la chose n'est pas arrivée, et c'est ainsi que s'expliquent dans les langues anciennes les rapports entre le futur et le subjonctif, mode de l'éventuel.

Le futur dans le pa!-sé,créé dès les origines, sitôt qu'on ajoutait l'idée accessoire d'une condition, d'une circonstance, qu'on présentait comme nécessaire pour l'accomplissement de l'action, devait prendre un caractère modal bien net. Elle disait qu'elle accepterait l'enfant en pension, où accepterait est un futur, devient modal, sitôt qu'on ajoute une conditionnelle : elle disait qu'elle accepterait l'enfant, si on lui payait un franc par jour. Cf. il viendra, et z7 viendra si on lui donne un salaire suffisant.

Aujourd'hui encore, il y a des phrases où la forme commune tient à la fois du sens du futur et du sens de l'éventuel: La Lorraine en termes touchants, dit qu'elle ne regretterait pas la domination de ses souverains... si elle avait le bonheur de se réunir à ses frères (michel., Rév., i, 331) ; — le président déploya toute sa majesté maritale... en déclarant à ses gens qu'ils seraient chassés... si, désormais, son cousin Pon>< et tous ceux qui lui faisaient l'honneur de venir chez lui n'étaient pas traités comme lui-même (balz., Cous. Pons, 31).

Il importe de remarquer que souvent, sans être exprimée positivement dans une proposition hypothétique ou dans un complément, l'idée de la circonstance où l'éventualité se réaliserait, se trouve dans le contexte : Ne bois point : — oh ! tu souffrirais trop ! (v. h., Hern., v, 6) ; — Mais ils vont me déchirer le tapis... — Le mal ne serait pas grand... VOUS en achèteriez

(t) On trouvera au liv. xix, ch. v, l'indication des moyens par lesquels on distingue le futur dans le passé de l'éventuel.

un autre (flaub., Bov., 81) ; — nous ne pouvons accepter cet héritage dans ces conditions. Ce serait d'un effet déplorable. Tout le monde croirait la chose, tout le monde en jaserait et rirait de moi (maupass.. Bel-Am., 359).

Puis peu à peu on en arrive à des phrases où vraiment aucune condition n'apparaît plus, comme dans : D'un mensonge si noir justement irrité. Je devrois /a/rr ici parler la vérité (rac. Phèd.. 1087); — Pourra-t-il contenir l'horreur qu'il a pour moi ! Il se tairait en vain. Je sais mes perfidies (Id., Ib., 848) ; — ' charmante » m'a paru faible : « adorable » conviendrait mieu.x. (dur,. Uniss., 26). Évidemment, en forçant, on peut ajouter : si on employait ce mot. ]Mais en réalité, cette hypothèse n'est nullement présente à l'esprit (1).

^ Décadence du subjonctif. — Anciennement l'imparfait et le plus-queparfait du subjonctif servaient de mode éventuel, et concouraient avec le conditionnel à exprimer l'éventualité; Je m'en allasse volontiers signifiait : je m'en irais ou : je m'en serais allé. Le plus-que-parfait du subjonctif joue encore ce rôle : Cette femme lui avait paru belle... il n'eût pas fait un pas pour savoir son nom (boysl.. Iles Borr.. 7) ; — // fallait un homme à la maison, c'était indiscutable, mais encore eût-elle désiré le choisir de pâte tendre, malléable... C'eût été sa chose (df.scav.. Calv., 11).

\j 1)kf.\illance DU suBJONcrn- ÉVEXTUKL. — Nous avons vu plus haut qu'une irrémédiable décadence atteint l'imparfait du subjonctif et aussi le plus-que-parfait. Dès le XVIF s., le subjonctif imparfait cessa peu à peu de servir de conditionnel à la proposition principale, comme il le faisait encore au XVI" s. Oudin ne veut plus qu'on se serve de phrases comme celles-ci : si j'cu^ois des enfans, je leur désirasse {Gr., 198). Une seule exception est à signaler, c'est celle du verbe devoir. On employa longtemps encore il dût au lieu de // devrait dans des conjonctives ou des principales : Ceux qui dussent rougir d'entrer en triomphe en la ville (malh., ii, 153) (2). Le conditionnel a remplacé le subjonctif en ce cas. 11 n'y a plus qu'une forme au lieu de deux, voilà tout.

Dansles subordonnées, le subjonctif jouait fort souvent ce rôle d'éventuel, bien que les théoriciens aient ])arlé toujours de correspondance temporelle.

Cî(l) Voici d'autres exemples : Ma foi, je me sustenterais anec plaisir ! (FL.\ru.. liuu., 370) ; — Ordinairement le réfraclaire esl un homme de constriiclion aihlélique, qui broierait il'un coup de point r Hercule de marbre des Tuileries (g\ut., .Jeun. Fr., .'^15) ; — Tout le monde s'inclina vers le Ptiirnn qui souriait ; et Daroij. r/ris de triomphe, bul d'un Irait. Il aurait vidé de même une barrique entière, lui semblail-il, il aurait mangé un bœuf (maupass., Bel-Am., 34) ; — voire soirée se serait bien passée de cet intermède (don., La Pair., i, 1). .Je ne donne ici que des exemples de f. m. pour qu'on puisse sentir plus facilement le sens du mode employé. Aïais cette transformation n'est nullement luoderne.

(2) CL On Ole la vie à ceux pour qui on la dût perdre ( Id., ib.). Ce dût se construit souvent avec un infinitif passé et correspond alors à un plus-que-parfait, c'est-à-dire qu'il prend la valeur d'un irréel : Après que nos exploits l'ont si bien méritée. Un mol seul, un souhitil dût l'avoîr emportée (CORN., La Tois. d'or, 585) ; — La chalouppi qui suit à ta poiippe attachée. Dès le dol recogneu, deust estre despesehée (j. hf. schel., Tur el S., 192).

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