CHAPITRE II LES COMMANDEMENTS DE STYLE INDIRECT
Les verbes dans le commandement indirect. — A côté ('es propositions personnelles, dont le verbe exprime une volonté proprement dite : je veux, on exige, il faut ranger des impersonnelles exprimant nécessité, urgence, convenance : Il est nécessaire, urgent, il est temps que tu prennes cette affaire en main. En examinant les phrases construites avec il faut, on aperçoit la relation entre les deux catégories.
La série des verbes signifiant /^erme//r^. pnîpêc/îéT, est aussi assimilabUaux verlies de volonté : Autorisez que je fréquente souvent votre maison (hf.hv.. Cours. //.. r, 5).
La forme de l'objet. — l^errière les verbes de volonté et leurs assimilés, on place soit une con.jonctionnelle : yV' veux, il faut que tu acceptes, soit un infinitif, il faut partir (1).
Quand l'auteur de l'action-objeL est le même que le sujet qui exprime sa volonté, on se sert toujours de l'infinitif : je veux partir. Il en est de même si l'action-objet doit être subie par le sujet du verbe principal : je veux être payé. De même encore c[uand l'auteur de l'action-objet est complément du premier verbe : yc VOUS prie de sortir, je VOUS défends d'y aller.
En cas contraire, on se sert de la conjonctionnelle introduite par que : Je veux qu'on soit sincère, et qu'en homme d'honneur. On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur (mol., Mis., '^')) ; — .Approchez-vous Néron,et prenez votre place. On veut .sur vos soupçons que je vous satisfasse (rac, ^rt7.,1115).
L'ancienne langue usait plus volontiers de la conjonctionnelle : Je lui ai dit qu'il y allât ; — Je vous dis que vous m'alliez quérir une soucoupe (MOL., Escarb., 2). L'infinitif gagne peu à peu du terrain. Cependant on emploie encore indifféremment : Dites-lui de venir, dites-lui qu'il vienne.
Le mode dans l'objet, — Le mode emplo\''é^ l'objet est le subjonctif : /(• ne veux pas qu'elle me ctoié^ scT'dupe (m.\ixt., Lett., i, 93). Avec des verbes qui ont un double sens, comme vouloir, sitôt que la volonté apparaît, le subjonctif prend la place de l'indicatif. Comparez : Je veux bien qu'il est déjà âgé (où je veux bien signifie: y> reconnais), et je veux bien que cela SOit essayé (j'y consens) ; — le principal est qu'il gardera le secret
Ici convient besogne à porter.
ij-:s C()Mma\i)I':mi:\ts de stylh ixnnificr 559
(c'est un fait, on a l'iiulicalif) : le principal esl qu'il garde If secret (c'est ' l'objet de la volonté, on a le subjonctil) (1).
Mais c'est là un état de clioses tout moderne. Les verbes vouloir, exiger, commander, etc., ont longtemps régi l'indicatif dans la subordonnée avec que, ce n'est que depuis le XYT^ s. qu'ils sont régulièrement suivis du subjonctif (h. l., ii. 446-7). Au XYII^ s., Maupas et Oudin déclarent qu'il faut les construire toujours avec ce mode (Ib., ni. 570-571). Malgré cela, les auteurs employaient encore souvent le futur ou le futur dans le passé : Vous avez ordonné que les Maîtres de vô're École suivroient votre Méthode (iRSON. Gram.. Épitre). L'indicatif se rencontre encore aujourd'hui après les verbes mander, ordonner, siipuler. mais dans les actes officiels; c'est un archa'isme administratif : Ordonnons qu'il sera fait rapport à la Cour.
Les verl)es qui expriment une idée contraire : empêcher, défendre, interdire, se sont aussi construits longtemps avec l'indicatif ; cet usage n'avait pa disparu. même au XVIF s. (h. l.. ii. 447 et m, 571): Cela a empêché que le siège de Meurs ne s'est pas encore fait (malh.. Lett.. vi) ; — cette condition... le garde que jamais il ne peut choir que sur ses pieds (id.. Tr. des B. Sénèq.) (2).
Il faut prêter attention aux cas de subordination apparente. Le malheur veut, le Ciel permit sont de vraies formules, après lesquelles la proposition qui vient a le sens d'une phrase indépendante. Aussi trouve-t-on souvent l'indicatif après ces locutions : Le Ciel permit qu'un saule se trouva (la font.. Fabl., I, 19) ; — la fortune... permit que Belcar... survient au point de l'exécution, et la fait retarder par sa présence (j. de schel.. Tyr et S., Argum.); — Dieu a permis que Madcune la Dauphine... s'est transportée d'une telle colère (sÉv., Lett., cmlxxxviii). De même aujourd'hui: Le malheur veut qu'il y est tous les fours : ça n'empêche pas qu'il y va etc.. La subordination n'est qu'apparente : Le malheur veut comme le Ciel permit ne sont plus des principales véritables (3).
Ne dans les commandements négatifs. — Défendre, empêcher sont aujourd'hui suivis d'infinitifs sans ne : Défense d'entrer ; — je vous interdis d'y aller ; — empêche-la de sortir. Toutefois, on pense bien que la négation ne avait une tendance à s'introduire là, puisque l'idée était que la chose défendue ne se produisît pas. Les grammairiens du XVIL- s. ne surent que prescrire, et l'usage resta indécis (h. l.,iii, 624-5): Je ne puis comprendre ce qui empêche que je n'aie des lettres comme j'ai accoutumé (sÉv., Lett., GLXXVi) ; — la pluie presque continuelle empêche qu'on ne se pro-
(1) Cf. Minna au premier mot rm'.iil arrôlée, refusant auec une délicatesse affectueuse... Qu'elle conservât sa dot ! Hélas. elh> en aurait besoin (p. et v. m vas., Feni. nouo., 26). D'abord une volonté, puis une pensée.
(2) Gepandant, on trouve déjà le subjonctif avec les mêmes verbes dans le même auteur : Mais qui /n'empêchera qu'en dépit des fahnur, Avecque le penser mon âme ne la voie (Poés., cxrii, 27).
(3) Voir p. 31 .
ôtiO LES FAITS l'Ali RAPPORT A NOS OPÉRATIONS PSYCHOLOGIQUES
mène (n\c., Ldl., clvi^ ; — voilà l'adresse dont elle se sert pour unir les mères avec leurs enfants, et empêcher qu'elles s'en détachent (boss., Compass., 1658, l^ep.).
Avecprendre garde, qui eut une des locutions les plus usitées, les nuances méritent attention. Théoriquement :
10 Avec que et le subjonctif, le verJje signifie avoir soin que telle chose soit : Prenez garde, mon fils, que vous entendiez tout ce que vous faites. Cet emploi est aujourd'hui archaïque.
2^ Avec que et ne, l'expression signifie avoir soin que la chose ne soit pas : On m'a enchargé de prendre garde que personne ne me vît (mol.. G. Dand., I, 2) ; — Prends garde que jamais l'astre qui nous éclaire Ne te voie en ces lieux mettre un pied téméraire (rac, Phèd., 1061).
y>^ Avec un infinitif, sans ne, il signifie s'efforcer d'évilrr : Prends garde de tomber (le iH;u])le dit de ne pas tomber).
\*> Avec ne pas, le sens est avoir soin de ne pas : Prends garde de ne t'enfler pas (boss.. Ilist.. n, 1. L.).
11 y a dans toutes ces règles qui concerneiil ne lu-aiicou]) d'arbitraire. Ainsi, alors qu'empêcher est nié, la volonté n'est i)iiis négali\e; ne devrait disparaître. Néanmoins, on le trouve : \ous n'empêcherez pas que ma gloire offensée N'e/J punisse aussitôt la coupable pensée (rac, Mithr..~:>-'>\ : — // marche, dort, mange et boit tout comme les autres ; mais cela n'empêche pas qu'il ne soit fort malade (mol., Mal. Im., n, 2).
Il est visible ([ue là ne n'était jjoint logi([ue, nuiis analogic|ue. On est du reste aujourd'hui libre de le reli-ancher.
Décomposition de ces phrases. - Naturellemenl, les phrases de Nolonté. coinnie loulcs les analogui-s. |)euvent être décomposées : Tu le feras, je le veux ; Fais le, il le faut ; — Pour la dernière fois, qu'il s'éloigne, qu'il parte : Je le veux, je l'ordonne ; ri que la fin du jour Ne le rdroiwc pas dans Rome ou drms ma cour ! (ww... Prit.. .'K)8); — l'rcincc ! être sur ta claie à l'heure où l'on le traîne Aux cheveux, O ma mère ! Ht porter mon anneau de la chaîne... Je le veux ! (v. u., Chût., Au niom. de renlr. en 1-".).
'îf'