CHAPITRE IV REXFORCEMEXTS ET ATTÉNUATIONS
Renforcements. — Pour insister sur un ordre, au style indirect ou au style direct :
10 On le répète : Je veux que vous essayiez, je le veux ; — Taisez-vous, encore une fois, taisez- VOUS.
20 On ajoute des adverbes, ou des mots quelconques, qui quelquefois sont des fragments de commandements indirects décomposés : là, voyons ! hein ! à la fin ! donc ! je vous dis ! — Sortez, n'est-ce pas ; — voulez-vous bien replacer ça : — Asseyez-vous donc, et trinquez avec le cardinal (muss., Lorenz., iv. 10).
Les jurons jouent là un très grand rôle: Laissez-nous donc, nom d'un chien ! — Appelez-moi Gaston, que diable ! (.^ug., G. de M. Pair., n, 1); — Longuemarrc et Boudet ! sac à papier ! voulez-vous bien finir! (flaub., Bov., 121).
Atténuations. — Par politesse, par devoir moral aussi, nous devons presque toujours adoucir le commandement. A cet cfïet :
10 On ajoute diverses formules, dont la plus commune est s'il vous plaît : Brossez donc ma robe, s'il vous plaît.
20 L'a. f. se sert de vouloir, comme auxiliaire de Timpératif, pour subordonner plus poliment la volonté de celui qui parle à celle d'autrui : Amis, veilles toy conforter, Ja n'avras mal pour nous, mais veillez nous conter Le nom de ton seigneur, je le te veil rouver (brun de la montag., 180) ; — veuillez vous retirer ; — veuillez m'expédier...
30 En outre, on a recours à quantité de formules : ayez la bonté, l'obligeance, l'amabilité de..., prenez la peine de..., faites-moi le plaisir de.... soyez assez bon pour .' Ayez la bonté, monsieur, de vous asseoir un moment dans cette salle (makiv., Fauss. con/id., i. 1).
jo On dit aussi au futur ou à l'éventuel : Vous serez bien aimable ; — Vous seriez bien aimable de... parler un peu plus bas (a. capus, Ange, i, 1).
.')0 On donne à l'ordre la forme d'une question : Ma petite Marie-Jeanne, veux-tu bien dire qu'on prépare le mcmteau de Béatrice? (herv.. Cours, fi.. I, 7).
L'éventuel est souvent sous cette forme inlerrogative : Voudriez-vous apporter une chaise ?
Tous ces tours constituent une forme ancienne et essentielle de civilité :
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« Il faut éviter d'user de mots de commandement, pour tout ce cju'on veut « dire à cjuelqu'un en s'adressant à lui ; mais s'accoutumer à tourner la « plirase par circonlocution, ou par quelque mode indéfini, comme au « lieu de dire : allez, venez, faites ceci, dites cela, etc.. il faut dire par circon- " locution, vous feriez bien d'aller : ne troiiveriez-vous pas à propos de renir. etc. » ( Tr. de la Civ., 28). — Je ne vous dis pas, observe un personnage de Court eline '■^ Prenez la porte ^^ , je vous dis : <> Vous pouvez la prendre '< . Ce n'est pas du tout la même chose (Ronds de cuir, iv" tab., 3). Mais ce ne sont pas, à vrai dire, ces formules qui atténuent, c'est le ton. Chrysale commande à sa servante à l'impératif: Va, ne l'irrite point ; retire-toi, Martine. El cependant il y a si peu de rudesse dans ses paroles que sa femme proteste : Comment ? vous avez peur d'offenser la coquine ? Vous lui parle: d'un ton tout à fait obligecmt ! Alors le bonhomme change de ton : Moi ! point. Allons, sortez. Puis il reprend d'une voix adoucie : Va-t'en, ma pauvre enfant (mol., F. Sav., 507).
Au contraire, un faites-moi le plaisir rfc sortir ou ayez l'obligeance de vous expliquer peut être tout à fait sec et insolent. Il n'empêche que l'abondance de ces tours entre lesquels on choisit est une caractéristique de la politesse française.