LES ÉLÉMENTS DE LAXGUE SERVANT DE CARACTÉRLSTIQUES
présence de la lettre c dans l'écriture, le féminin est semblable au masculin : cgaL égale ; sûr. sûre ; amer, amère (1); meilleur, meilleure.
Le redoublement de la consonne dans certains adjectifs n'est qu'un abus ortliographique ; l'on écrivait, dans l'ancienne langue, régulièrement nu\e, etc. (2).
S*' Adjectifs terminés par une voyelle. — Lorsque l'adjectif est terminé par une voyelle, il se produit souvent au féminin, pour cette voj^elle. ce qu'on pourrait appeler un allongement compensatoire: joli (jolï), /o/z> (joli). L'i prend dans la prononciation une partie de la portion de temps qui appartenait kVe. Cette différence était parfaitement sensible à l'époque classique. C'est par elle que s'expliquent certaines particularités de l'accord, soit des adjectifs, soit des participes, devant une pause : tête nû(e), au contraire nû-tcte : les divinités que les anciens ont adorë(es), qu'ont adore les anciens. Nous avons déjà eu à parler de cette particularité (3).
40 Adjectifs terminés p.\r une consonne muette au masculin. ■ — Une foule d'adjectifs sont, dans l'écriture, terminés par une consonne qui ne s'entend plus au masculin : vert, bavard, dernier. Il n'est donc pas possible d'applic{uer la règle des grammaires, d'après laquelle le féminin se forme en ajoutant c muet. La prononciation de gris est gri. gri + <' donnerait grie et non grize.
En gardant le principe traditionnel, on voit surgir une foule d'autres formes inexplicables : gros (gro) > gros.'ie. bavard (bavar) > bavarde. La vérité est qu'aujourd'hui la lorme du féminin se termine par une consonne, tandis que cette consonne a disparu du masculin gran{d). grand{e), gro{$), groS{sc). Il ne serait cependant pas exact de dire simplement que la consonne reparaît au féminin, car, au masculin, les consonnes sonores qui n'étaient pas appuyées sur des voyelles, ont, conformément aux lois ])honétiques, passé aux sourdes correspondantes, et souvent ce sont ces sourdes qui figurent dans l'écriture ; ce n'est qu'exceptionnellement que l'orthographe a remis là une sonore comme dans grcm(d), bavar(d).
Mais il suffira de rapprocher le féminin des mots dérivés. Comme les suffixes cur, aille, etc., commencent par voyelles, la consonne sonore est demeurée telle quelle devant la voyelle de ces sufïixes. ainsi que devant la voyelle e du féminin. Donc, pour trouver la consonne du féminin, il n'est que de considérer les dérivés avec suffixe vocalique : Grande, . comme grandeur ; grise comme grisaille, grisonner : grosse comme grosseur ; bavarde comme bavardage (1).
(1) Les adjectifs terminés en cr, dans lescjucls la consonne r se fait entendre nu masculin s'écrivent au féminin par un (' : fier, fière. (imci; amère.
(2) Dans d'antres, au contraire, le redoublement de la consonne est utilisé pour marquer le son mouillé, aujourd'hui réduit à Paris à ij : gentille, pareille.
De même, c'est pour pouvoir figurer la palatale sourde qu'on a dû changer le c en q dans caduque, turque, publique. Avec un e, on aurait lu caduce comme puce. L'adjectif grec conserve avec que le c du masculin ffrccque.
(3) Dans la vallée de la Loire, vers le Nivernais et le Bourbonnais, l'é du féminin est encore aujourd'hui plus long : m. dor^. f. doré.
(4> Dans nert, l'ancien féminin était verde (cf. verdeur) : il a été refait sur le masculin.
GEXRES ET XOMBRES DE L'ADJECTIF 591
50 Adjectifs or la consoxxr sourde devient sonore. — Parmi les adjectifs terminés par une sourde, où la consonne sourde, en présence de le final, passe à la sonore, on peut ciier particulièrement les adjectifs en / ; neuf, neuve; passif, passive; vif, vive (autrefois : apprentif, apprentive).
Certains d'entre eux (joli, apprenti) ayant perdu la consonne qui les terminait, ont pris un féminin calqué sur leur nouvelle forme. Au lieu de apprentive. on dit aujourd'hui apprentie.
60 Adjectifs ov ex même temps le timbre de la voyelle antérieure SE trouve chan(;é. — Dans dernier, dernière, é fermé passe à è ouvert. Ce changement est récent. Il s'est terminé depuis le XVIIe s. Tant que ïe du féminin a eu quelque valeur véritable, é est resté fermé : pé-rœ{ père). C'était la prononciation de Corneille. Quand l'e terminal s'est trouvé diminué au point d'être aboli, r ne s'articulant plus avec cet e, s'est articulé avec Vé précédent, et peu à peu cet é s'est ouvert. Il faut noter que le phénomène n'a pas atteint l'Est, où l'on dit encore mon pé{re), ni le Nord où l'on dit Liéch (Liège). Quant à l'accent grave, signe de la prononciation, il n'a pas été employé à cette notation avant le XYIIP s. De la même façon s'explique le changement de prononciation de eu dans malheureux et malheureuse.
Caprices d'orthographe. — Par là s'explique aussi, en dernière analyse, l'orthographe, en apparence irrégulière, de divers féminins :
a) Des' adjectifs en et. ol doublent la consonne pour noter que la voyelle devient ouverte : so-tte, coque-tte.
b) D'autres adjectifs en et notent la voyelle ouverte par un accent grave : complète, discrète, concrète, inquiète, secrète, replète.
c) Les adjectifs en eux, ou l'.r a par erreur remplacé l'.s ont naturellement le féminin en euse : tunireuse, peureuse, curieuse (1).
70 Adjectifs où la voyelle se dénasalise. — Dans le masculin bon. on n'entend pas de consonne après o nasal. Au féminin. la consonne se fait entendre, et, dans la langue moderne, la voyelle perd sa nasalisation : bon bo-nn(e) (2).
De même an passe à a-n : paysan, paijsa-nne ; un (œn) à u-n : brun, bru-ne.
L'e nasal est écrit de différentes façons : il correspond à des féminins bien diiïérents.
in au féminin i-ne : fin, fi-ne ;
en — e-ne : ancien, ancie-nne ;
ain - ai-ne (ène) : vain, vai-ne (3).
Dans les deux adjectifs malin et bénin, la dénasalisation de la voyelle s'accompagne d'un mouillement de la consonne nasale (écrite gn) : bénin,
(1) Pour les adjectifs en eur, voir aux Noms, p. 89.
(2) Ce phénomène se remarque au masculin devant voyelle : un bon ami (bo-n ami).
(3) On écrit la nasale par une lettre double après un e ou un o ; bonne, mitoyenne ; par une lettre simple partout ailleurs : anglicane, vaine, sereine, divine, commune. Toutefois, on écrit aussi paysanne, ^yranne.
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bénigne : malin, nmligne. La langue populaire dit d'ailleurs mali-ne. comme fine (avec le sens cV adroite).
Exceptions apparentes. — !« Beau, nouveau, fou. vieux, mou. jumeau ont leur féminin formé sur le masculin primitif : Bel, bêle, belle : nouvel, nouvelle : fol, folle ; vieil, vieille ; mol, molle : jumeau, jumelle.
Bel. devant consonne, en particulier devant s du cas sujet singulier ou du cas régime pluriel devenait beals (d'où, après vocalisation de /, 6e«u, successivement réduit à beaus, beôs, puis aujourd'hui à bô). Cette forme a prévalu et la langue n'utilise plus la forme bel que devant voyelle : un bel{h)omme. La forme beau se trouve devant consonne : un beau geste, ou devant voyelle, quand il y a une pause après l'adjectif': cela était beau à voir.
20 Frais, blanc, franc font fraîche, blanche, franche. Le k. écrit c. devient phonétiquement ch devant Ve final. Or. frais avait autrefois la forme fresc, qui donnait fresche, comme blanc, blanche. Tandis que le masculin passait à frais, le féminin est demeuré.
De même grièche, qui n'existe que dans l'expression pie-grièche. est le féminin d'un adjectif disparu au XVI^ s., griec, qui a été remplacé par l'adjectif savant grec. On a formé sur celui-ci le féminin savant grecque, (|ui a remplacé grièche.
Caprices d'orthographe. — Des féminins j)résentent des particularités d'orthographe que l'on ne s'explique guère. Pourquoi faux s'écrit-il fausse et doux, douce 7 Favori fait fiworite. C'esl l'inlluence de l'italien : javorita (Cf. bénite, à côté de bénie).
Quelques pauticularités. — Dans divers adjectifs, il s'est développé deux formes parallèles : exclue à côté de incluse. Chose plus curieuse, par analogie, le masculin perclus, sans aller jusqu'à perdu, a pris un féminin perdue. L'adjectif hébreu a pour féminin hébraïque : les livres hébreux, /(/ Itmgue hébraïque ; c'est un autre mot.
F*our les autres types de féminin, voir aux Xoms, p. SS.
Adjectifs sans jfforme féminine en a. f. — Dans l'a. f., certains adjectifs avaient une forme commune pour le masculin et le féminin, ainsi que nous l'avons vu : grand, fort. De même les adjectifs en ois : une livre tournois ; en e/ et al : une cruel dame, une maison royal.
>Liis le type petit, petite devait exercer une action analogique très forte sur cette catégorie des adjectifs à forme unique. Les adjectifs en ois ont pris la forme analogue oise à partir du XII^ s., les adjectifs en et et al à partir du XIII»^ ; fort fait toujours forte au XV^ s. (1).
(1) Lu viiilU- forme de : fort, se retrouve dans lioche/ort. On disait aussi : les leur es royaux les fonts baptismaux (font = fontaine, est féminin).