CHAPITRE V LES ADJECTIFS, LES ADVERBES ET LA MODE
Les adjectifs au XV!*^ siècle. — Les divers siècles ont varié, en ce qui concerne le goût des qualifications. Les siècles descriptifs sont ceux qui en ont naturellement fait le plus grand usage. Le désir d'enrichir la langue, le besoin de rivaliser avec le grec avaient suggéré aux poètes de La Pléiade des recherches de toutes sortes (h. l., ii, 409). Attrayable, géantal, sourdastre, serpentier. goiirmeux, crespelu, humble-doux, large-viste, en sont des témoins, parmi beaucoup. C'était le temps où les satyres étaient front-cornus, les flûtes doux-soufflanles, et les oiseaux nuit-volans. Ces mots n'étaient pas viables.
La plus malencontreuse des idées de Ronsard et des siens lut d'adjectiver les noms composés, tels que porte-manteau et d'écrire : Atlas porte-ciel, les vents rase-terre, le bœuf tirasse-coutre. C'était violenter la langue.
Los novateurs n'étaient pas plus heureux quand, malgré le génie du français, ils essayaient de types tels que cuisse-né (né de la cuisse) qui, faute de cas. ne marquent |)as de façon sensible le rapport de leurs éléments.
L'âge classique. — A la suite de Malherbe, on apprit à se contenter de la pauvreté, et même à la cultiver. Xon seulement les « drôleries » du XVIe s. disparurent, mais on « donna congé » à de bons et beaux mots, et surtout on se défia de l'esprit de création. La littérature, tournée vers l'homme et non vers la nature, ne se soucia guère de l'aspect des choses. Les adjectifs d'analyse étaient précieux, les adjectifs pittoresques étaient peu appréciés. La langue s'habitua dés lors à des épithètes très ordinaires : braves troupes, valeureux guerriers, aimable douceur. Tragique avait régné cinquante ans, fatal lui succéda. Pis encore, on se contenta des adjectifs qui disaient, même vaguement, l'impression au lieu de peindre l'objet : festons magnifiques, beauté à nulle autre seconde, vallées délicieuses.
Tbéophile (laulier, au monuMit des combats romantiques, disait, pour s'amuser, qu'il faudrait donner comme sujet de prix de Honu' aux i)eintres : « Hippolyte étendu, sans forme et sans couleur > . Le vers est authentique, c'est le 1579<^ de Phèdre, et voilà ce que Racine a jugé suffisant ])our décrire « l'objet » qui se présentait aux yeux d'une amante. Les visions d'Andromaque ne sont pas plus concrètes. Il y a un moment où elle innie de Troie : « Des murs que la cendre a couverts , dit -elle, et c'est tout.
Le romemtisme et l'âge moderne. - Le XVIIIe s. continua dans