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LES ADJECTIFS, LES ADVEIŒES ET LA MODE

cette voie, malgré certaines protestations, et ce n'est qu'avec Chateaubriand et les romantiques que revint l'amour du pittoresque, et que les beaux jours de l'adjectif recommencèrent. Les romantiques, qui en avaient fait un des moyens principaux du style, furent vivement attaqués. On se souvient des railleries de Musset.

S'il y a eu abus, en revanche d'innombrables exemples montreraient quelle puissance plastique cette réforme a donnée au style des poètes et même des prosateurs depuis lors. Même avec des adjectifs usés, ils ont fait des phrases jusque-là inconnues : L'ombre était nuptiale, auguste el solennelle. Ailleurs, c'a été une résurrecl ion d'adjectifs rares, endormis dans l'omljre : Les temps antérieurs, l'ère immémoriale (v. ii.. Lég., L'an neuf de l'H.). Tout cela sans aucune des nouveautés qui, au temps de La Pléiade, forçaient la langue. Pour être moins empanachées, les qualifications, chez les réalistes et les naturalistes, ne sont pas moins al)ondantes. Dans les œuvres des Goncourt, elles sont le style même.

Certaines catégories d'adjectifs ont eu ainsi de nos jours une faveur Ijarticulière, ceux en é d'abord. Style imagé a été créé par Mercier, dans sa Néologie, 1801. Cf. bouqueté : des pentes roses ou bouquetées de cépées de hêtres (chat., Mém.. xi. 217); — banderole : Les mâts banderoles (lec. de LisLE. Po. tr.. Rom. de D. Fad.) ; — cosmétique : sa forte moustache blonde, très cosmétiquée (a. dwd., Jack, 44) (1).

Eux, euse (très répandu genreux, soireux, seizemayeux), est l'un des suflixes qui a servi le plus, tant aux impressionnistes qu'aux romantiques. A. Daudet s'en est escrimé : la parole d' Argentan non plus terne et geigneuse comme à l'ordinaire (Jack, 232). Des impressionnistes ont prétendu lui faire traduire de subtiles nuances de pensée. C/est ainsi que, à côté de insinuant, qui existait déjà, on a créé insinueux : la vie insinueuse (id.. Rois, 4()). Cf. une nwquerie sourieuse (gon'court, Journ., 12 mars 1874). En outre, au lieu d'êlre réservé surtout aux adjectifs exprimant des qualités morales, eux s'est étendu rapidement dans la langue avec le sens de pourini de. composé de : algueux. coquillageux ; — Elle roulait au gré de tous les courants marins, luisante, algueuse, coquillageuse (a. daud.. Port- Tarascon, 247-248).

Parfois l'adjectif prend de la valeur du fait qu'il est rapporté par image à un mot auquel il ne convient pas directement. A propos d'enfants, on parlera de leur sommeil tiède et rose. Lamartine disait déjà: La tiède attraction des rayons d'un ciel chaud (Joe.. 16 mai 1801). C'est devenu un des procédés du style moderne : elle reporta sur lui seul la haine nombreuse qui résultait de ses ennuis (flaub., Bov., 119).

Il ne faudrait pas croire que la langue littéraire soit seule à « affectionner» les adjectifs. La langue politique n'en est pas moins gorgée. Il y en a dont les plus hauts personnages de l'État ne nous font pas grâce. iVctuellement

(1) Cf. ceux en esqiie, ier, iti. éen, dont le développement avait été assez lent jusquc-Ui nesque, troubadouresqiie ; uprilin ; céniléen, hyménéen.

(iUU LES ÉLÉMEXrS DE LANGAGE SERVAXT DE CARACTERISTIQUES

la vogue est à inlassdblc (infatigable étant démodé) : Votre inlassable activité... Quand on parle de l'alliance ou de ramitic avec les puissances étrangères, on ne saurait se passer d'indéfectible. Les épithètcs ne sont pas moins flamboyanles chez les orateurs populaires. C'est un des pires abus du style actuel.

Les adjectifs verbaux en langue moderne. — Les écrivains du XIX<^^ s. ont usé cl abusé des adjectifs verbaux : ces narines larges, reniflantes, aspirantes (flaxb.. Par les champs. 74) ; — un ruban rose dans SCS clieueux bouclantS (m.. Éduc. ii. 208) ; — Toute heureuse, toute gaie, toute espérante (coxc. G. Lacert.. 64) : — es-tu bousculante. Germinie! (ID.. //).. 38) ; — dans la poussière craquante des routes (zola. /)■" Pasc. 212).

Usage des adverbes. — (Chaque éj)oque a eu des adverbes à la modo (h. l.. III. HT*. On se souvient des échantillons du sonnet de Trissotin : Votre prudence est endormie. De traiter magnifiquement Ht de loger superbement Votre plus cruelle ennemie (moi... Fent. Scv.. 7(il). Il faut être Bélise pour se récrier là-dessus. Les ad\erbcs en nient, si lourds, n'ont jamais passé pour des l)eaulés littéraires.

Quelques grands écrivains du XIX'' s. sont cependant arrivés à en tirer fiarti, par la place cpi'ils leur ont donnée : Et. tnmciuille au milieu de l'épouvantement. Vient, passe, et disparait majestueusement (lec. de l., Po. tr., Albatros), l-'hinljcrl a souvent, lui aussi, de semblables trouvailles: la tente de coutil formait un large dais sur sa tête, et les petits glands rouges de la bordure tremblaient à la brise, perpétuellement (Éduc. i. !.")).

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