CHAPITRE X LES COMPLÉMENTS PRÉPOSITIONNELS
Rappoï*ts et différences entre adjectifs et compléments. — Il y
a (les cas où on peul indifféremniciit se servir d"un adjectit ou d'un complément : travaux des champs = travaux champêtres. Cf. Une figure géométrique et une figure de géométrie : — le virus pesteux elle virus de la peste. Mais souvent adjectif et complément ont des sens bien divers. Ainsi dans un mot historique et une page d'histoire. Le premier signifie un mot (pii a le caractère de véracité qu'on reconnaît à l'histoire. Une journée historique, c'est une journée qui compte dans l'histoire.
Les grammairiens s'efforcent en vain de lutter contre la confusion c^ui tente ici de s'établir. Nous avons vu des compléments subjectifs contenus dans des adjectifs : une victoire démocratique, la force ouvrière. Des compléments objectifs aussi ont la même forme : élection présidentielle. Toutes ces façons de parler gagnent par analogie. On dit aujourd'hui couramment : un critique musical, le fauteuil présidentiel (1). Convention postale, l'union monétaire, sont des expressions officielles.
11 ne serait pas difïicile de citer des textes d'écrivains : Des groupes de bourgeois locaux... se désignèrent par leurs chapeaux de paille (p. adam, Mysl. d. /., II, 10) ; — la clameur ouvrière enjoignit le silence (id.. Ib., II. 2:^).
La construction : Le roi de gloire. — De l'héhrcu et du grec, celle consiruction avait passé dans les textes bibliques latins, particulièrement dans les écrits des Pères. Elle apparaît en français dès le XII" s. : couronne de gloire, f)ieu de majesté. D'où en a. fr. les analogues : veie de felunie, œuvres d'iniquité, esprit de sapience, paradis de délices, parole de vie.
Au XVI'' s., certains poètes. |)leins de souvenirs bijjliques. en particulier d'Aubigné, ont aimé ce tour : De ces bouches d'erreur les orgueilleux blasphèmes (Trag., 136) : — Cf. homme de sang, ministre d'injustice, bouche de louange, yeux de feu, banquet d'horreur, etc.; — 0 céleste Beauté. Blanche fille du Ciel, flambeau d'éternité (2|.
Les ciassicpies se bornèrent en général à celles de ces exjjressions qui
(1) Les Suisses disent la question ferrugineuse. Il y a des emploiiés ferroviaires.
(2) Voir TiŒXKL, L'anc. Tesl. et la l. fr. du M.-.Age. Paris, Cerf, 1902, p. <).5,el L'élément biblique dans rdùinre poétique ir A (iripft'i d' A ubigné, Ib., 1901.
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étaient usuelles. Cf. cependant : Aucun chemin de fleurs ne conduit à la gloire (la font., Fabl., x, 13).
Les romantiques se sont beaucoup servis du même procédé, que les écrivains depuis eux n'ont jamais abandonné. Ils disaient: Électeurs de drap d'or, cardinaux d'écarlate ; des yeux de caresse. Les prosateurs ont suivi. Ainsi Renan, tout plein d'hébreu : Mes vieux prêtres... m' apparaissaient comme des mages ayant les paroles Ae l'éternité (ren., Souu. d'Enf., m, 133). Cf. des mains de travail (gonc, G. Lacert., 115) ; — tous les êtres de naïveté et de spontanéité (a. daudet, Imm., ii, 18) ; — son regard de prière (loti, Pitié, fuS) ; — • sa calme figure de docilité et de courage (zola, Déb., 169) ; — on n'apercevait, par intervalles, qu'une bête rampante on quelque hulotte sur ses ailes de silence (rosny, G. du Feu. m, 20).